AU MARQUIS DE MONTAUSIER
156. — A MONSIEUR LE MARQUIS DE MONTAUSIER, prisonnier en Allemagne' .
[A Paris, .... décembre 1643.]
Monsieur, vous ne seriez pas fâché d^être pris, si vous saviez combien vous ôtes plaint. Il y a, sans men* tir, moins de plaisir d^être à Paris, que d^y être regretté comme vous êtes, et les plaintes que font pour vous tant d'honnêtes gens valent mieux que la plus belle liberté du monde. Si vous ne pouvez, à cette heure, demeurer d'accord de cela (car, en Tétat où vous êtes, vous avez bien la mine de ne pouvoir entendre raison), je vous le ferai comprendre ici quelque jour, et avouer que vous ne devez pas mettre entre vos malheurs, un accident qui vous a fait recevoir des témoignages de TafTection de tout ce qu'il y a d'aimables personnes en France. Dans ce sentiment général de tout le monde, il n'est pas, ce me semble, à propos, monsieur, que je vous dise à cette heure les miens : car, quelle apparence y a-t-il que vous me dussiez considérer parmi des princesses, des princes, des ministres, des dames, et parmi des demoiselles qui valent mieux que les dames, les ministres, les princes et les princesses? Quand vous aurez songé assez long* temps à toutes ces personnes-là, je vous supplierai très-humblement de croire qu'il n'y a qui que ce soit au monde qui prenne plus de part à toutes vos bonnes
* Mss. de Conrari, p. 665. — Le marquis, depuis duc de Montausier. fut fait prisonnier à la journée de Dutlingen, le 21 novembre 1643.
406 LETTRES DE VOliURE.
et mauvaises fortunes, que moi, ni qui soit avec plus de passion, votre, etc.
157. — A MONSEIGNEUR LE COMTE d'aYAUX, loriiiltnduit d« Bnasoes, et plénipotentiaire pour la paix ' .
A Paris, le IS décembre 1643.
Monseigneur, vous seriez ravi d*ètre parti d*ici, si vous saviez combien vous y êtes regretté. 11 y a, sans mentir, moins de plaisir d'être à Paris que d'y être désiré comme vous êtes, et quand vous l'aimeriez autant que vous avez fait autrefois, les plaintes que tant d'honnêtes gens y font pour vous devroient faire que vous fussiez bien aise de n'y être pas. Quand je jette les yeux sur votre vie, monseigneur, il me semble que cet homme du temps passé, que son bonheur Gt surnommer Preneur de villes^ ne méritoit pas ce titre avec plus de raison que vous le méritez : car, s'il est vrai qu'il n'y a pas de meilleur moyen de s'en faire maître que de prendre le cœur des citoyens, il n'y eut jamais au monde un Poliorcète comme vous, et l'on peut mettre Hambourg,Copenhague, Stockholm, Paris, Venise et Rome, au nombre de vos conquêtes. Vous ne sauriez croire le déplaisir qu'a ici causé votre éloignement. Pour moi, monseigneur, je vous jure que j'en suis au désespoir et que rien ne m'en peut consoler.
' Glande de Mesmes, comte d'Avaux, né en 1595, mort à Paris en 1650 : « l'homme de la robe qui avoit le plus bel esprit, et qui écrivoit le mieux en françois, » dit Tallemant. Voyez plus haut, page 332. 11 fut nommé conjointement avec le duc de Longueville et Servien pour représenter la France aux conférences de Munster. Voyei une lettre écrite de Cambrai à Philippe IV, par don Diego Saavedra, aux Archives de Simcncas,