‹ Œuvres: lettres et poésies (volume 2)Chapitre 122 sur 131 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

A Paris, le 1" avril 1644*.

Monseigneur, quoique je ne reçoive point de vos lettres, c'est assez que je reçoive de vos bienfaits pour être obligé à vous écrire; et il me semble que le moins que je puisse faire est de vous rendre des paroles pour de l'argent. S'il étoit à mon choix, je connois si bien le prix des choses, que j'aimerois mieux vous donner de l'argent pour avoir de vos paroles ; mais puisque vous voulez qu'il soit autrement , je crois qu'il est mieux pour vous et pour moi qu'il soit ainsi :

Permiltoque ipsis expendere Numinièus, quid Cûwceniat nobis, rebuique til utile noitrii.

Quand je vous aurai rendu les très-humbles grâces que je vous dois, je crois, monseigneur, qu'il me restera peu de chose à vous dire : neque enim te credo in stomacho rider e posse: et dans les soins et les chagrins où vous êtes, je ne crois pas qu'il y ait lieu à cette

' Les éditions portent à toit 1G45.

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sorte de lettres que j*avois accoutumé de vous écrire. Or, de vous parler de votre division ' , il me semble qu'il n'est pas non plus à propos. Quid enim aut me ostenteMf qui si vitam pro tua dignitate profundam^ nullam partem videar meritorum tuorum assecutus 't aut de aliorum injuriis querar, quod sine summo d<h lore facere non possum. Quand je saurai que vous aurez plus de gaieté, que vous m'aurez mandé que l'orage est passé, que le temps est plus serein, et qu'il ne pleut, pla, pie, pli, plo, plus, alors je retournerai à cette façon d'écrire, que Cicéron appelle genvs Utterarum jocosum. Cependant, je vous dirai une chose qui ne doit pas être de médiocre consolation pour vous : c'est que, dans les différends que vous avez eus avec M. [Servien], hors quelques personnes qui ont un attachement à lui, le reste du monde est de votre parti, et que cette étoile de bienveillance qui vous a toujours fait aimer partout, vous donne en cette rencontre toute la cour et toute la ville. J'espère que par la présence de M. de Longueville ' toutes choses changeront en mieux à Munster. Au moins, la scène va changer, et il y va monter de nouveaux personnages et assez beaux :

Aller ab înlegro teclorwn mueilwr orào, Jam Xienil et Virgo,,,

N'étoit que vous m'avez assuré que je n'entends rien en astrologie, et que je ne connois point les astres, je

' Avec Servien : la dispute alla assez loin ; des factums furent publiés de pari et d'autres, et l'on fut obligé d'envoyer M. de Longueville pour les accommoder. Voyez Hisioriituxt t. VI, p. 104.

3 M. de Longueville arriva à Munster le 30 juin 1G45. I. 35

VOUS ferois des prédictions : car je vois une étoile chevelue qui promet beaucoup de choses et qui doit causer de grands événements. Au moins» monseigneur, vous ne vous plaindrez plus de la Westphalie* comme d*un pays barbare, et où les Grâces et les Muses ne peuvent aller. N'est-ce pas à cette heure qu'il faut dire:

Quoquo tettigià figit, Componit ^tim, fubief^ilurf im Yemu ' f

Que ce furUm est beau, si vous le considérez bien! Mais comment vous accommodez-vous du Père de Chavaroche? n*est-ce pas un vrai bonhomme et bon religieux , de bonnes mœurs , de bon esprit et de bon sens? Il écrit ici des merveilles de vous avec des passions étranges, et le curé de Saint-Nicolas ne vous aime pas plus qu'il fait. Cependant je loue Dieu que parmi tant de sujets de déplaisir, votre santé ne vous ait pas abandonné, tii même, à ce que j'entends dire, tout à fait votre bonne humeur. Je souhaite de tout mon cœur, que Tune et l'autre augmente tous les jours, et que je puisse vous témoigner combien je suis, monseigneur, votre, etc.

Ce 15 mai 1644.

Mademoiselle, je ne savois guère ce que je faisois, quand après avoir eu laforce de gronder si longtemps je m'accommodai avec vous la veille de votre départ, et cela me fait bien voir ce que vous m'avez dit beau-

* Il fait allusion à la prochaine arrivée à Munster de la duchesse de LongiievUle, qui devait j rejoindre son mari. Voyez 1. 11, p. 44.

coup de fois , que je n*ai guère de jugement. Vous ne sauries croire combien cette paix*là me coûte de trouble et de désordre, et quel bien ce me seroit que d*ètre encore mal avec vous. Jamais absence ne m^a paru si longue que celle-ci qui ne fait que commencer. Je sens à cette heure toutes les choses que je vous écrivois autrefois, et il me semble que Paris et la France et tout le monde sont allés à Rouen avec vous ^ Considérez, je vous supplie, mademoiselle, vous qui vous êtes moquée de moi toutes les fois que je vous ai dit que rien ne m^étoit si contraire que de veiller, combien d'inquiétudes, de déplaisirs et de peines j'aurois évités , si le vendredi , septième d'avril , je me fusse couché à minuit, et combien je devrois souhaiter d'avoir été bien endormi les deux dernières heures que j*ai passées avec vous. C'est, sans mentir, une bizarre destinée que celle qui veut, que ni loin ni près de vous, je ne sois jamais en repos :

Ni Hn tij ni eontiguot Puede VfOfr el fnwndo»

Ayant pourtant essayé beaucoup de fois de l'un et de l'autre, je trouve que la douleur de ne vous point voir est la plus sensible de toutes, et que vous ne me faites jamais tant de mal que lorsque vous n'y êtes pas.

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