‹ Œuvres: lettres et poésies (volume 2)Chapitre 13 sur 131 · PE VOILURE, XIX · texte numérisé non relu

PE VOILURE, XIX

jeu, » Il était joueur, mais joueur incorrigible ; c'était l'unique chose qu'il tînt de son père. «Vous youlez que je youçi dise de mes pouvelles. Eh bien ! je perdis à trois dés, il y ^ troigi ipois^ quinze cents écu9| je dis bien payés. Voilà une dangereuse mousquetade ! » Une autre fois, au rapport de Pel-? lisson^ il perdit quinze cents pistoles en une seule nuit. Là dessus il feit vçbu de ue plus toucher de dés. Mais au bout d'un mois, ij n'y tieot pçis, ^t il va trouver le coadjuteur pour être relevé de ^on serment. On lui dit que S|i Grandeur était sortie; m^is il trouve dans le cabinet Laigues^ capitaine des gardes de Monsieur, qui lui dit : a Moquezvous de cela^ jouons. » Il s'çtttablQ^ et perd trois cents pistoles,

11 ne guérit pas davantage de sa passion pour les femmes. En 1646, comme il avait déjà passé §on neuvième lustre ^ étant à la veille de partir pour rejoindre son ami d'Avaux à Munster, il lui écrit pour s'excuser^ alléguant une affaire qui lui e^t survenue : « non pa§ précisément une affaire, maiç

Una motorum quw amor euro» htiAeL »

J'aime à lire la réponse de d^Avaux, empreinte d'une gravité que tempère une pointe de raillerie amicale : « Oh ! le piteux spectacle qu'un amoureux de cinquante ans, qui noircit ses cheveux et ça barbe, afln qu'une rieuse lui réponde : Filio negavi jam tuo! J'ai peine que je ne vous die en cet endroit toutes les injures que nos comiques mettent à la bouche d'une femme qui surprend son mari en débauche. Tout de bon, cela m'étonne et me choque pour l'amour de vous. Dix lustres que vous confessez, et quelque olympiade qui court, devroient vous avoir racheté il y a longtemps ^ » D'Avaux voyait avec peine son ami gaspiller son temps et son esprit» Il le sentait, et avec raison, capable de meilleures choses que celles qu'il a faites. Philosophe et chrétien, il eût voulu préserver en même

' Lettre manuscrite de d'Avaux, du 6 décembre 1046, dans l$i copie de Gonrard, in-4, t. X, p. G61.

XXU DE LA VIE BT Q£S OUVRAGES

rois OU fils de rois ; ou ai I'uq d'eux se cache, en commeii'' çanty 80US quelque nom bourgeois, loyea sûr qu'avant \à fia du douzième vcjume, m évéoeineot uiattendu viendra \m développer une naissance plus illustre. Mais la meilleure preuve, c^'est ia réponse même que fit M^^ de Ra^mhouiUQt ^ M. de Blir^meourt, un jour que eelui-qi lui disMt d'un ton de découverte ; « Savej-vous que ce M. de Voiture ne manque pas d'esprit?^ Mais, monsieur, ré.pliqui^-t-eUe, pensies-voMs que ee tût pour sa noblesse ou pour sa belle Mtille qu'on le* recevait partout comme vous avez vu? a

C'était dcme sim esprit plutôt que sa personne que l'on recevait à l'bôtel de Rambouillet. Il ue l'ign(^e pas ; aussi se tirat-il sur ses gardes. Si la marquise fronce le sourcil à une plaisanterie un peu hasardée, si une expression trop familière a mal sonné aux oreilles du comte de Guicbe, il se sauve par un tour d'adresse. Si l'on en croit Tallemant, il s'en fallut d'une scapinade qu'il ne fût traité un jour comme le chevalier de Rohan-Chabot traita Voltaire; le bâton était déjà levé : a Monseigneur^ dit le poëte au gentilhomme qu'il avait offensé, la partie n'est pas égale ; vous êtes grand et je suis petit) vous êtes brave et je suis poltron 3 vous voulez me tuer; eh bien, je me tiens pour n^ort. » J'ai peine, je l'avoue, à croire l'anecdote vraie. Voiture n'était pas à cela près d'un coup d'épée. S'il n'était pas noble par sa naissance, il rétait par sa ehatge, et je ne pense pas qu'aucun gentilhomme, à l'bdtel de Rambouillet et ailleurs, Teùt dénié pour adversaire. D'ailleurs, une telle arlequinade répugnait à la iieirté de son caractère, attestée par ses écrits et par Tallemant |ui«même. f aime mieux supposer que la toléra rance dont on usait à son égard était un privilège de son esprit, ou, si Ton veut, de sa position, différente de celle des autres beaux -esprits ses confrères* Voiture n'était point un auteur à gages, comme Sarrazin, qui était à M*^^ la prin« cesse de Conti; Eispriti l'académicien, à M^^ de Longueville, et plus tard au chancelier Séguier; Bois^Rohert àM. le car-' dinal ; la Menardière, à M'»^ de Sablé ; Costar, à l'atoé die Uvardip i Vaugelas lui-même ^ le sévère et généreux Vau^

DE ¥0lî1î!l6» XXllf

gelas, à M**» de Carignan ; il ne recevait de pmteioti qiie de la cour ; par là, il se tirait de pair d'avec les autres écrivains à la suite, et marchait de niveau avec le« graàdâ seigneurs, sans qu'il se crût pour cela leur égal. Cette situation comportait une foule de nuances délicates, dont il se démêla toujours avec un tact et une adresse infinie. Dans toutes; les occasions où il croit sa dignité blessée. Il ise tient mt la réserve. Mais, partout ailleurs, quelle souplesse merveilleux^ quelle grâce coquette, quelle courtisanerie il déploie dâm ses lettres au due d'Eughien^ au cardinal de I^ Valette > au comte de Guiche, à Chavigny^ à Ghaudeboune, au marquis éè Pfsani lui^mémé, don plus intime ami. On ne prend pas tant de précaution avee ses ^lut. C'est pour eut qu'il ftùt briller les mille facettas de 96U esprit, pour eux qu'il mèteii réserve ses coquetteries les plus féminines, sies tours l«s plus inattei^uS) toute la quintes^ sence de son génie^ Jamais il n'a fait aute^t pour la femme qu'il a le plus tajolée» Yoiiatre cite t^omme un modèle de goût et de délicatesse tett^ lettré au président de Maisons, dont le début semble mnprunté à Horace :

S^imiut^ CtaHài^ ftAfiirffm intelligit ttniM, etc.

N'est-cè pas bien joii aussi ce commencement de lettre à M^* de Rambouillet :

« Mademoiselle, il fkut avouer que je suis de bonne amitié; j'ai regret de ne vous point voir, comme si j'y perdois quelque cbose, et je m*imagitte que je ne passe pas si bien le temps ici que lorsque j'avois l'honneur d'être auprès de vous. »

Il est vrai qu'une fois ^habitude prise, il semble ne plus pouvoir s'en départir^ iï écrit à tous du même style, voire à Esprit, à Costar, à Godeau, mais pourtant avec une légère pointe tle raillerie. Toute sa correspondance fourmille de traits fins et délicats; il est vrai qu'on y compterait en nombï^e presque égal les phrases alâmbiquèes, les pointes frivoles, les équivoques grossières. Est-ce bien la même plume , qui a tracé la lettre au président de Maisons, qui écrit à Chapelain :

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