‹ Œuvres: lettres et poésies (volume 2)Chapitre 16 sur 131 · XXVIII UE LA VIE ET DES OUVRAGES · texte numérisé non relu

XXVIII UE LA VIE ET DES OUVRAGES

il aiguise sa phrase^ taille son style à facettes comme lui^ et se donne une peine infinie pour ressembler toujours à lui-même : Nunguam ipsa, semper alla, etsi semper ipsa, quando alia, comme dit TertuUien de la queue du paon. De plus^ il s'était nourri des Italiens et des Espagnols^ nos maîtres à cette époque : il avait connu Lope de Véga» dans sa vieillesse^ à Madrid ^ et le Marin! lorsqu'il vint en France avec la reine Marie de Médicis. Ainsi l'Espagne^ ritalie, un peu l'antiquité^ un peu le moyen âge^ voilà les sources littéraires où il a puisé '.

C'en est assez pour qu'il se pique d'érudition; mais c'est seulement quand il écrit à Gostar : à pédant^ pédant et demi. Cette partie de sa correspondance, que j'ai cru devoir détacher du reste, parce qu*elle forme comme une œuvre à part, est curieuse à étudier comme indice des préoccupations littéraires de l'époque. On ne se rend pas suffisamment compte, de notre temps, de ce qu'ont été, dans le développement de notre littérature, les Balzac, les Chapelain, les Conrart, les Ménage, et toute cette société qui donna naissance à l'Académie. On a trop vu leurs ridicules, et pas assez leurs travaux et les services qu'ils rendirent à la langue. Voiture, quoique jeté dans un monde à part, ne les perdit pas de vue entièrement. Il était le trait d'union entre l'érudition et le bel esprit.

La fin de cette correspondance présente un intérêt d'un genre tout différent : c'est une série de billets adressés à Costar, qui n'ont point été imprimés dans les œuvres de Voiture, et qui nous le montrent dans le cercle de la vie bourgeoise et familière. C'est là véritablement qu'il faut

' C'est ce qu'exprime parraitement Tépitaphe latine que Ménage composa pour notre auteur :

Elruteœ Charités^ Camœnœ Iberœ, Bermet Gallicus et Latina 5tren, Atfuf , Deliciœ, DicacUate$^ Lututf Ingenium^ Joei^ Leporet<, Et quidquid fuit Eleganiiarum, Quo VETTvnius, hoc jacent tepukro*

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