A MADAME DE SAINTOT
(En lai envoyant le Roland fîtrieux d'Arioste, traduit en fran^is
par de Rosset ^].
[Antérieure à 1625'.]
Madame, voici, sans doute, la plus belle aventure que Roland ait jamais eue, et lorsqu'il défendoit seul la couronne de Charlemagne, et qu'il arrachoit les sceptres des mains des rois, il ne faisoit rien de si glorieux pour lui qu'à cette heure qu'il a l'honneur de baiser les vôtres. Le titre de furieux, sous lequel il a couru jusqu'ici toute la terre, ne doit pas empê-
* Mss. de Conrart, in-4o, t. X , p. 690. — Elle s'appelolt Vioo, ditTallemant^ et son mari étoit trésorier de l'épargne. Noas la retrouverons plus tard, mais poar quelques moments seulement. Cette femme, dans la vie de laquelle Voiture joue un si grand rôle, tient peu de place dans ses ouvrages.
' François de Rosset : on a de lui un volume d'histoires tragiques, des poésies de divers auteurs, la traduction de la deuxième partie de Don Quichotu, etc. (Voyez les notes de Brossette sur la xv« saUre de fioileau.)
^ Nous ne saurions fixer exactement la date de cette Lettre, qui est placée la quatrième dans les anciennes éditions ; nous voyons seulementpar un passage deTallemant qu'elle est antérieure à l'entrée de Voiture à l'hôtel de Rambouillet {Historiettes, t. IV, p. 28). Or, la Lettre 3, adressée au cardinal de la Valette en 1625, nous montre qu'à cette époqueVoiture était déjà en pied chez l'illustre marquise.
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cher que vous ne lui accordiez cette grâce , ni vous faire craindre sa rencontre. Car je suis assuré qu'il deviendras^ gè au|)frès de vous ^ et qu'il otlblierà Angélique, sitôt qu'il vous aura vue. Au moins, je sais par expérience que vous avez déjà fait de plus grands miracles que celui-là , et que d'un seul mot vous avez su guérir autrefois une plus dangereuse folie que la sienne '. Et certes elle seroit au delà de tout ce qu'Arioste nous en a jamais dit , s'il ne reconfioissoit l'avantage que vous avez sur cette dame , et n'avouoit que si elle étoit mise auprès de vous, elle auroit recours, avec plus de besoin que jamais, à la forcd de son anneau. Cette beauté, qui de tous les chevaliers du monde n'en trouva pas un armé à l'épreuve, qui ne frappa jamais les yeux de personne dont elle ne blessât le cœur, et qui brûla de son amour autant de parties du monde que le soleil en éclaire, ne fut qu'un portrait mal tiré des merveilles que nous de« vons admirer en vous. Toutes les couleurs, et le fard de la poésie, ne l'ont su peindre si belle que nous vous voyons , et l'imagination même des poètes n'a pu monter jusque-là. Aussi , à dire le vrai, les chambres de cristal et les palais de diamant sont bien plus aisés à imaginer , et tous les enchantements des Amadis, qui vous semblent si incroyables, ne le sont pas tant, à beaucoup près , que les tôtr^. Dès la première vue, arrêter les âmes les plus résohies et les moins nées à la servitude ; faire naître en elles une
> C'est de fui vrai»omb)ablemeni qu'il veut parler. M ataHtoirfei eoartiser M""» do Saintof ; mais elle était engagée en ee tdin^fà arec 16 comte d'Avaiïx.
A MkvkMÈ fit ÈAi^i(n (i625). iit
sorte é'tiûïom ([m connàiine k f aison et qui rie sache ce que c'est que du désir, ni de respérance; ôbtiihlëf de plaisir et de gloire les esprits à qui vous ôtez le repos et la liberté , et rendre parfaitement content de voue cerix à qui vous ne faites point du tout de bien ; ce sont (tes effets plus étrangers et plus éloignés de la vrâisemMane^ que les hippogriffes et les chariots vo* lants ni que tout ce que nos Romains nous content de plus merveilleux. Jeferois un livre plus gros que celui que je vous envoie, si je voulais con|inuèi' ce discoorsi Mais ce chevalier qui u*a pas accoutumé de quitter le premier rang à personne se fâche de me laisser si longtemps auprès de vous, et s'avance pour tous faiire ouïr Thistoire de ses amours. C'est une faveur que vous m'avez beaucoup de fois refusée. Et pourtant je souffrirai sans jalousie qu'il soit en cela plus heureux que moi, puisqu'il me promet, en récompense, de vous présenter ce mot de ma part, et de vous le faire lire avant toute autre chose. Il ne falloit pas un cœur moins hardi que le sien pour cette entreprise, et je ne sais encore comment elle lui réussira. Néanmoins, il est, ce me semble, bien juste, puisque je lui donne moyen de vous entretenir de ses passions, qu'il vous raconte quelque chose des miennes; et que parmi tant de fables , il vous dise quelques vérités. Je sais bien que vous ne les voulez pas toujours entendre. Mais puisque vous n'en pouvez être touchée , et que cela est trop peu de chose poiu' vous obliger à quelque ressentiment , il n'y a pas de danger que vous sachiez que je vous estime phis seule que tout le reste du monde , et que je tirerois moins de vanité de le cdm*
mander \ que de vous obéir et d'être, madame, ▼olre, etc.