A MONSIEUR DE BALZAC
Monsieur, s*il est vrai que j*ai toujours tenu dans votre mémoire le rang que vous me dites, vous n'avez pas eu, ce me semble, assez de soin de mon contentement d'avoir tant tardé à me donner une si bonne nouvelle, et souffert si longtemps que je fusse le plus heureux homme du monde sans le savoir. Mais peut-être que vous avez jugé que cette fortune étoit tellement au delà de ce que je devois espérer, qu'il vous falloit avec loisir chercher des termes pour me la rendre croyable, et qu'il étoit besoin que toute la rhétorique fût employée, pour me persuader que vous ne m'aviez pas oublié. Et certes, en cela au moins êtes-vous bien juste, que ne voulant me donner pour toute l'affection que vous me devez , que des paroles, vous les avez choisies si riches et si belles que , sans mentir, je suis en doute si les effets valent beaucoup mieux. Je crois certainement que toute autre amitié que h mienne en seroit bien payée. Il me déplaît seulement que tant d* artifice et d'éloquence ne me puis* sent déguiser la vérité, et qu'en cela je ressemble à vos bergères, qui sont trop grossières pour être trom*
' Le p. Bouhours, Remarques nouvelles sur la Langue françoUe, p. 145, blâme celte expression comme incorrecte.
^ Mss. de Conrart, p. 625.
^ En réponse à une lettre de BalEac du 7 octobre 1625 (Ut. IV, Leit. 14).