‹ Œuvres: lettres et poésies (volume 2)Chapitre 4 sur 131 · DE VOITURE. V · texte numérisé non relu

DE VOITURE. V

goûts et d'études avait lié les deux jeunes gens dès le collège : ils se retrouvèrent avec plaisir. Esprit cultivé^ causeur agréable, ami du plaisir^ mais dans une sage mesure^ d'Avaux était très-répandu dans les cercles des beaux esprits et des écrivains en renom. Il y poussa son ancien camarade^ et^ pour achever de le mettre en réputation, il lui donna sa msitresse.

C'était la jolie M«e de Saintot^ Par malheur^ le mari jaloux mourut : la veuve se mit en tête de se faire épouser. Voiture (it tout ce qu'il put pour la guérir de cette fantaisie; il la rebuta; il refusa de recevoir de ses lettres; il fut des années sans la voir : rien n'y faisait. Lors du départ de la nouvelle reine de Pologne (1645), elle le suivit jusqu'à Péronne, craignant qu'il n'allât jusqu'à Hambourg, seule, à pieds, logeant dans de méchantes hôtelleries, sans autre lit parfois qu'un carrosse de louage, « elle qui avoit été la femme la plus propre de Paris. » On rit beaucoup de cette incartade. Dès qu'elle voyait deux personnes ensemble ^ die s'approchait d'elles et leur disait : « N'est-ce pas que c'est un ingrat? » Cependant lorsque. Voiture fut atteint de la maladie qui l'emporta, la fidèle M°>e de Saintot accourut et ne quitta plus son chevet. Il y avait vingt-quatre ans que leur liaison avait commencé. C'était une affection véritable et comme il s'en voyait peu en ce temps-là '.

' EUe B*appeloit Vion ; son mari étoit trésorier de France {Noie de TalUmam) . — Le môme, dans ses Historiettes (t. IX, p. 27 et sniv.}, raconte au long cette aventure.

' Ce fut le seul malheur dont elle ne put jamais se consoler. Dans son portrait, tracé par elle-même en 1658, et qui nous a été conservé par Conrart (Mm. in-folio, t. IX, p. 775), elle fait allusion au coup cruel qui l'avait frappée dix ans auparavant : « La perte que j'ai faite depuis est le seul malheur qui ne parUra jamais de ma mémoire. C'est une personne si parfaite et si accomplie, que les mérites en sont connus et estimés de tout le monde. Depuis cette infortune-là, ma vie est toujours languissante, et js trouve partout à dire [sic) cette chère personne. Ses conseils me manquent dans mes desseins, la force de son esprit dans mes résoluUons et sa consolation dans mes déplaisirs. Je tais trop bien que

YI DE LA VIE ET DKS OUVKAGES

Ce fut dHn? leç commenceiTients de cette liaison, vers 16^ ûu 16^5, que Ghaudeboque rencontra Voiture dans le mopde : « Monsieur^ lui dit-il, vous êtes trop galant homme pour demeurer dans la bourgeoisie : il faut que je vous en tire. » 11 le conduisit à l'hôtçl de H^mibouillet, et le signala aiqsi à la renommée : ^de monstra^us fytt^ Vetturius.

Cette célèbrQ compagnie brillait alors de tout son éclat. 11 n'y avait pas encore bien longtemps que 1q vieux Malherbe, malgré les glaces de l'âge, avait composé pour Tillustre marquise cet anagramme d'Arthénice (Catherine], sous lequel e)le (ut célébrée par tous les beaux esprits du temps, à commen-* cer par lui, et qu'elle-niême rappelle dan^ son épitaphe :

Ici gît Arthénice, exempte des rigueurs Dont la rigueur du sort Pa toujours poursuivie. Et si tu veux, passant, compter tous ses malbeura. Tu ii*aura» qv*à «ompter les instaats de sa viei.

Ce quatrain, qu'on aurait t«rt de prendre trop à la lettre, n'est pas pire que beaucoup d'autres de la même espèce. Elle n'était pas, d'ailleurs, coutumière du fait. Elle courtisait peu les Muses, <c elle qui toute sa vie sacrifia aux Grâces, y» Elle avait retenu des Espagnols, ses auteurs favoris, cette sentence qu'elle traduisit dans la suite à Saint* Évremond : « 11 faut être sot pour ne pas faire quatre vers dans sa vie; il faut être fou pour en faire six. »

Lorsque M™e de Rambouillet composa cette épitaphe pour elle-même, quelques amiées seulement avant sa mort, rage et les infirmités , joints aux malheurs des temps, avaient créé le vide autour d'elle. Mais à l'époque où Voiture lui fut présenté, rayonnant du triple éclat de la beauté, de l'esprit et de la vertu, elle voyait affluer autour d'elle tout ce qu'il y avait de considérable à la cour et dans les lettres. Jl'ai nommé Chaudebonne, « le plus intime

ma vie sera trop courte pour réparer une semblable perte, et qu'elle me semblera trop longue après Ta voir soufferte. »

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