DE VOITURE. VU
des amis de Mp»« de Rambouillet, i» dit Tallenaaqt, et Malherbe , son plus ancien adorateur, non moins raisonnable çn an[iour qu'en poésie*. C'étaient, çn outre, en fait de grands seigneurs, le cardinal de La Valette, de l'illustre liaison d'Épernon , et avec lequel Voiture contracta tout d'abord certaines habitudes de familiarité; le comte de Guiche, devenu plus tard le duc de Gramont; le marquis de Montausier, et son frère pumé, le mourant de la belle Julie, dont il devint Tépouî^ Arnauld de CQrbeville, que la marquise appelait $on^ poële<arubin , parce qu'il était mestre-de-camp général des carabins de France; enfin, plus tard, le jeune duc d'Epgbien, avec la Moussaye, Coiigny et tout |e reste de la cabale : et parmi les beaux esprits, séparés les uns des autres par une dizaine d'années au plus, Racan, Chapelain , Balzac, Godeau, le rMin de Ifi princesse Julie, Vaugelas, tous, à l'exception du dernier, depuis longtemps sur le retour, dans la fleur de l'âge et de la renommée, et continuateurs de cette école française qui, reconnaissant Malherbe pour sop maître,, s'éloignait de plus en plus de la tradition de Ronsard et de ses disciples.
La société Q'était guère moins bien choisie en femmes. Les plus distinguées par le rang et la naiss^ce briguaient la faveur d'en faire partie. La chambre blei^e^ nous ne devons pas Foublier^ n'était pas seulement le temple de la politesse et du bon goût, c'était un sanctuaire d'honneur. Y être
1 ^itôt quB j^ la vis, je )ai fqihIU Ifia urines,
Kl de tout mon pouvoir essayai de lui plaire» Tant que ma servitude espéra du salaire ; Mais comme j*aperçus rinfoilfibie danger .
Où, 8} je poqrsuivois, i« m'allpis engager, Le soin de mon salut m'ôta cette pensée ; J'eus honte de brûler pour une âme glacée, Et, sans me travailler à me faire pitié, Restreignis mon amour aux termes d'amitié.
(Malherbe, Fragment pour M^' la marquise de Ramàouiflct, 1624 ou 1625.)
vin DE LA VIE ET DES OUVRAGES
admis, constituait un brevet d'honnêteté^ dans la double acception du mot : d'où vient que Voilure compare quelque part M<"<' de Rambouillet à la rose « qui met en bonne odeur tout ce qu'elle accompagne. »
C'étaient, en première ligne, pour le rang, l'esprit et la beauté, et sans parler de M^^"'de Rambouillet, la reine du logis. M"** la Princesse et sa tille M"* de Bourbon (depuis la duchesse de Longueville) , Marie de Gonzague, la future reine de Pologne^ et sa sœur, célèbre sous le nom de princesse Palatine, M">* de Gombalet (duchesse d'Aiguillon)^ nièce du cardinal-duc , puis M"*^ de Clermont et de Vigean et leurs filles, enfin M"«Paulet, inférieure pour le rang à celles que je viens de citer; mais non pour le cœur, et que la fierté de ses sentiments, autant que la couleur de ses cheveux, avait fait surnommer la lionne.
Voiture, quoiqu'il ne fût pas encore en réputation — pourtant, une lettre qu'il avait fait imprimer en une nuit au devant d'un exemplaire de YArioste, adressé à M"*^ de Saintot , avait occasionné naguère un grand bruit -^ et malgré son origine plus que bourgeoise, ne fut nullement embarrassé parmi cette société de marquis et de beaux esprits. Il n'y avait rien en lui qui sentît le cabaret de son père. Outre qu'il s'abstint toute sa vie de boire de vin, j'ai dit qu'il était né pour la cour. Il ne fallait pas trop se fier à cette mine « entre douce et niaise n qui lui donnait à ses heures de digestion y comme disait le marquis de Rambouillet, l'air d'un mouton qui rêve. C'était bien le plus coquet des humains, prenant son avantage en toute chose, avec une façon de dire que vous eussiez juré qu'il se moquait des gens en leur parlant. Beau joueur, perdant galamment ses écus et les prêtant de même; d*ailleurs, bon pour un coup d'épée *. Bref, rien ne lui manquait, et, dit Martin Pinchêne, « il approchoit fort près, au jugement de toutes les danies, des perfections qu'elles se sont proposées
* Voyez, dans Tul|en3ai)l^ 1. |Y, p. \^ et euiv., le récit de i>e8
duels.