‹ Œuvres: lettres et poésies (volume 2)Chapitre 40 sur 131 · A MONSIEUR »E CHAUDBBONNB · texte numérisé non relu

A MONSIEUR »E CHAUDBBONNB

[De Madrid, février ou mars 1633.]

Monsieur, je vous écrivis il y a douze jours % et vous remerciai de deux lettres qu'enfin j'ai reçues de vous. Si vous saviez le contentement qu'elles m'ont apporté, vous auriez regret de ne m'avoir pas écrit davantage, et de ne m'avoir pas donné cette consolation en un temps où j'en avois tant besoin. Madrid, qui est le plus agréable lieu du monde pour les sains et les débauchés, est le plus ennuyeux pour les gens de bien et pour les malades; et à cette heure que le carême empêche les comédies, je ne sache pas qu'il y ait un seul plaisir dont on puisse jouir en conscience, L'ennui et la solitude où je me suis trouvé ont fait au moins en moi un bon effet : car ils m'ont réconcilié avec les livres que j'avois quittés depuis quelque

' Mss. de Conrart^ p. 906.

* Celte IcUfe manque, de même que beaucoup d'autre?.

A M. »B sBMjmmmsm (f633). fl

temps, et ne trouvant point ici d'autres plaisirs, j'ai été contraint de choisir celui de fa lecture. Préparezvous donc, monsieur, à me voir quasi aussi philosophe que vous, et imaginez-vous comibien doit atoir profité un homnrie qui , durant sept mois, n'» fait autre chose que d'étudier ou d'être malade. Que s'il est vrai qtt'one des principales fins de la philosophie est le mépris de la vie, i! n'y ai potfnl de si bon maître que la colique^ et Socrate ni Platon ne persuadent pa« si puissamment; elle m'a donné depuis une leçon de dix-sept jours dont il me souviendra longtemps, et m'a fait- considérer beaucoup de fois combien nous sommes foibles, puisqu'il ne faut que trois grains de sable pour nous abattre. Que si elle me fait être de quelque secte, ce ne sera pas de celle qui maintient que la douleur n'est point un mal, et que le sage est toujours heureux. Mais quoi qu'il arrive, monsieur, je ne saorois être ni l'un ni l'autre sans être auprès de vous; et rien ne me peut tant aider pour tous les deux que votre exemple et votre présence. Je ne saurois pourtant dire quand je SOTtwai d'ici, et, attendant de l'argent, et des hommes qui viennent par la mer, j'ai peur d'y demeurer plus que je ne voudrois : car ce sont deux choses qui ne viennent pas toujours h point nommé. Je vous supplie donc très-humblement de ne me pas oublier si longtemps que vous avez fait, et de me témoigner, en me faisant l'honneur de m'écrire, que vows reconnoissez la vraie affection avec laquelle je suis, monsieur, votre, etc.

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