A MONSIEUR LE MARQUIS DU FABGIS
Madrid, ce 18 mars 1633.
Monsieur» j'ai une extrême satisfaction de mon jugement, d'avoir toujours cru que vous ne m'aviez pas oublié, quelque apparence que je visse du contraire, et de ce que ma mauvaise fortune ne m'a pu obliger à avoir seulement un soupçon de vous. J'ai toujours rejeté sur elle les manquements que l'on pouvoit croire venir d'ailleurs ; et en un temps où elle sembloit me vouloir priver de toutes les choses qui m'étoient les plus chères, je pouvois bien croire qu'elle m'empêcheroit de recevoir de vos lettres. De sorte, monsieur, que je n'ai point usé de cette rigoureuse justice avec laquelle vous dites que je vous pouvois condamner ; et je serois bien fâché d'avoir si légèrement fait le procès à une personne iqui a partout tant.de témoins de sa générosité et de sa vertu , et contre qui il n'y a dans le monde que le cardinal de Richelieu qui puisse avoir cette volonté. Je vous avoue pourtant que, quelque foi que j'eusse en vous, j'ai été extrêmement aise de voir des preuves de ce que je croyois , et quoique l'honneur que vous m'avez fait de m'écrire, et le témoignage que vous me donnez de votre amitié, ne m'ait pas rendu plus assuré, il m'a rendu plus content. Si cette joie pouvoit être augmen*
* Charles d'Angennes, seigneur du Fargis, comte de la Roche- I)ot, cousin-germain du marquis de Rambouillet, homme de cœur, d'esprit et de savoir, dit Tallemant, muis d'une légèreté étrange. Il était à Monsieur, et le suivit. Sa femme était dame d'atours de la reine (1629), et remplit constamment auprès d'elle le rôle de conciliatrice. Voyez Tallemant, BisiorieiieSy t. Il, p. 237.