A MONSIEUR DE CHAUDEBONNE
giner avec quelle impatience je désire ce bonhear. Je vous puis au moins assurer qui je ne laisserai jamais de maltresse avec tant de plaisir que quand je vous irai revoir; et moi qui m^étois défendu toute ma vie des tristesses, des langueurs et des inquiétudes de l'amour, je trouve à cette heure tout cela dans l'amitié. Je pense, monsieur, que vous me croirez, et que vous vous persuaderez aisément qu'un homme, auquel vous avez fait tant de biens et à qui vous en avez enseigné encore davantage, ne peut manquer d*en avoir le ressentiment qu'il doit. La fermeté et la reconnoissance sont deux vertus que vous m'avez apprises, que je ne saurois mieux employer qu'en vous; et quand, avec toute sorte de générosité, je vous aurois payé au double tout ce que je vous dois, après cela je ne serois pas encore quitte, et je vous devrois cette générosité là même, puisque ce seroit auprès de vous que je l'auroîs acquise. Aussi n'est*ce pas mon intention de m'acquitter envers une personne à qui je prends tant de plaisir d*ôtre redevable, et outre que mon inclination et ma raison me donnent à vous, je suis bien aise d'avoir encore des obligations infinies d'être toujours, monsieur, votre, etc.
PosUscriptum inédit. — [Ayant tant besoin de me procurer toutes les choses avantageuses, je suis assuré que, quand je ne vous en parlerois point, vous ne laisseriez pas de me faire l'honneur de faire mes trèshumbles baise-mains à M^® la comtesse de Barlemont ; mais je ne laisse pas de vous en supplier encore et je ne saurois fermer cette lettre sans vous parler d'elle.
188 LËTTHËS DE VOITURE.
En vérité) elle a une si grande part en mon eœur qu'il me semble que vous vous en pourriez plaindre, si vous prêtiez le premier qui Ty avez mise, et selon le plaisir que j'ai à me souvenir d'elle» je crains que, quand je la verrai, je ne vienne à Taimer autant que vous] ^
61. — A MONSIEUR LE MARQUIS DE MONTAUSIER (qui fut taé depuis en la Valteline^).
A Lisbonne, le 22 octobre 1633.
Monsieur, j'ai lu votre lettre avec tout le contentement et la satisfaction ^ que {sic) Ton doit recevoir cet honneur d'un des plus [laresseux et des plus honnêtes hommes du monde. 11 me semble qu1l n'y a plus rien que je ne doive attendre de votre amitié, puisque pour l'amour de moi vous avez pu prendre un peu de peine, et vous ne sauriez faire voir de meilleure preuve des paroles que vous me donnez, que de les avoir écrites* Il me déplaît seulement de penser, qu'avec toute cette tendresse que vous me témoignez, il y a quelque occasion pour laquelle vous voudriez que je fusse pendu ^ A dire le vrai, monsieur, il me semble que c'est quelque défaut dans l'affection que vous me portez, et je crois que, sans être trop pointilleux, je le pourrois
* Ms8. Conrart, p* 918.
^ A TaUaque des bains de Bormio» le 19 jaillel 1635. — Hector de Sainte-Maure, frère aÎDé de Charles, marquis, puis duc de Montausier et gouverneur du Dauphin.
^ Voyez Doutes sur la langue française^ p. 242.
* On disoit à feu M. de Montausier qu*ll n'y avoit rien qu'il ne fit pour être roi, el il Tavouoit. C'est ce que Voiture veut dire ici, que pour devenir roi il laisseroit pendre ses amis, et ne se soucieroit pas d'acheter la couronne k ce prix ( T.).