‹ Œuvres: lettres et poésies (volume 2)Chapitre 62 sur 131 · A MONSIEUR LE MARQUIS DE PISANI · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE MARQUIS DE PISANI

IiBb«ime, \e %% octobre 1633.

Monsieur, si j'estime en quelque chose les deux lettres que vous avez louées, c'est pour m'avoir procuré l'honneur d'en recevoir une des vôtres. En la voyant, j'ai confirmé le jugement que j'avois fait de vous il y

' Le marquis do Pisani était frère de M^^^ de Rambouillet. « \i avoit, dit l'abbé Arnauld, un tour plaisant dansTesprit qui le rendoit fort agréable, et selon Tordinaire des bossus, il éloit fort sur la raillerie. » Mémoire de l'abbé Arnattld, p. 490. Voyez également Tallemant, t. III, p. 222.

a longtemps, que vous nous pourriez quelque jour donner de la jalousie à mademoiselle votre sœur et à moi, et nous ôter la gloire de bien écrire, à laquelle, sans vous, nous pourrions prétendre. Mais, puisqu'il vous reste tant d'autres chemins d'en acquérir, permettez, s'il vous plaît, que nous ayons celle-là, et ne vous mettez pas en l'esprit une chose si difficile, que de vouloir imiter en tout monsieur votre père, lequel, non content de l'estime d'être un des plus braves hommes de France, a voulu encore avoir celle d'écrire et de parler mieux que personne. Si vous voulez, monsieur, vous pouvez sans doute espérer d'y arriver aussi bien que lui ; mais outre que cela vous causera de la peine, vous perdrez une belle occasion de nous obliger et de nous donner une extrême preuve de votre affection, en laissant pour notre considération une louange à laquelle vous pourriez prendre une si grande part. 11 y en a d'autres plus solides et plus dignes de vous, auxquelles vous devez aspirer. Si toutefois il vous semble qu'il n'y en ait point de si petite qu'un honnête homme doive mépriser, et que c'est la seule chose dont il ne doit point être libéral, j'avoue que je n'ai rien à dire contre un si juste sentiment. Selon l'affection que je sais que mademoiselle votre sœur a pour vous, je suis assuré qu'elle vous pardonnera aisément le tort que vous lui pourrez faire en cela, et de moi, je souffrirai volontiers d'être vaincu, puisque ce sera de vous ; pour la gloire que vous m'ôterez, je prendrai part à la vôtre, ou je me contenterai de celle d'être, monsieur, votre, etc.

A Lisbonne, le 22 octobre 1033.

Mademoiselle, c*est dommage que vous ne prenez plaisir plus souvent à faire du bien , puisque, lorsque vous l'entreprenez, personne ne Je sait ^ accompagner de tant de grâces que vous. J'ai reçu, comme je devois, les intentions que vous avez eues de me faire des compliments, et vous ne m'avez pas seulement consolé de ma mauvaise fortune, mais vous m'avez fait douter si je la devois appeler ainsi; et en me disant que la bonté que vous avez pour moi ne durera pas plus longtemps que mon malheur^, vous m'avez mis au point de désirer qu'il ne finisse jamais. Voyez , mademoiselle , si vous n'êtes pas une grande enchanteresse. Deux choses qui sont si opposées, que votre présence et votre absence, et dont l'une est sans doute un des plus grands biens, et l'autre est un des plus grands maux du monde, en proférant seulement trois paroles, vous les avez tellement changées , que je ne connois plus laquelle est la bonne ou la mauvaise, et qu'en vérité je ne sais pas bien celle qui est le plus à souhaiter pour moi. Toutefois, puisque j'ai à être tourmenté d'une façon ou de l'autre S j'aimerois mieux encore l'être auprès de vous ; et quelque méchante que vous puissiez être, il me semble que vous ne me sauriez faire

^ Mss. de Conrart, p. 451.

^ Far. Il n'y a personne qui le sache...

3 Fur. Le malheur où je suis.

* Yar, Puisque, d'une façon ou d'autre, il faut que je sois (ourmente....

IM LETTRBS DG VfllTUU.

de plus grand mal qu'est celui de ne vous point voii*. Je vous avoue, mademoiselle, que je vous crains nu delà de ce que vous sauriez imaginer, et plus que toutes les choses du monde ; mais, si le respect que je vous dois me permet de parler ainsi , je vous aime encore plus que je ne vous crains. Quoique vous me fassiez peur quelquefois, je prends plaisir à vous voir sous toutes les formes oii vous vous mettez ; et quand vous viendriez à vous changer une fois la semaine etr dragon, aussi bien qu'une de celles dont je soupçonne que vous êtes, en cet élatj'aimerois encore vos grifCes et vos écailles. Selon les prodiges que je vois en votre personne, je crois que ce changement pourra quelque, jour arriver en vous; et ce que vous me dites, que trois fois le mois vous n'êtes plus conversable , me semble être déjà quelque disposition à cela. Ausu bien que M. de [Chaudeboone], j'ai en l'esivit que vous finirez quelque jour par quelque chose d'extraordinaire, et j'e^)ère qu'enûn le temps nous apprendra ce que nous devons croire de vous. Cependant, quoi que vous soyez, il fi^it avouer que vous êtes une aimable, créature, et que tant que vous parottrez sous lu (orme . de demoiselle, U n'y &> aura point au monde de si accomplie ni de si estimable que vous, ni d'homme qui soit tant que moi, mademoiselle, votre, etc.

Post~seriplum. Je vous supplie très-humblement de

faire que votre nain ' se contente do recevoir ici un

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au t. II. une euile de l'ondeaux & rocpiiian de ce

lont l« eujat étaïk probablement quelque galan-

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