‹ Œuvres: lettres et poésies (volume 2)Chapitre 63 sur 131 · A MONSIEUR OOURDON^ A Londres · texte numérisé non relu

A MONSIEUR OOURDON^ A Londres

De DoQTres, le 4 décembre 1633.

Monsieur, j'ai eu plus de loisir que je n'en voulois de vous envoyer ce que vous m'avez demandé en parlant ; et tant s'en faut que les vents aient emporté ma promesse, qu'ils m'ont donné lieu de la tenir. Il y a déjà huit jours qu'ils m'arrêtent ici , où je serois demeuré avec beaucoup d'ennui si je n'avois apporté de Londres des pensées pour plus de temps que cela. Je vous assure que vous y avez eu part, et que les meilleures que j'aie eues ont été employées en vous ou aux choses que j'ai reçues par votre moyen. Vous vous douterez bien que, par ceci, je n'entends pas parler de la Tour ni des lions que vous m'avez fait montrer. En une seule personne vous m'avez fait voir plus de trésors qu'il n'y en a là, et quand et quand plus de lions et de léopards. Il ne vous sera pas mal aisé, après cela,

' Mss. de Conrart, p. 641. ~ 11 est fait mention dans la Gaseiie de France da 5 mars 1633, d'un marquis de Gonrdon, de la maison des prisées d'Éeosse, eapUaine de cent gendarmes écossais au service deFranee. Daus le Mijoreade {Mss, de Conrari, t. X, p. 617, in^), il est désigné sous Tanagramme de Oondour^ « prince des Pygmées et seigneur d«s Oreades, mooH laid de tisage, et en un mot une solte oorbellle d'horamOi »

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de juger que c'est de M"*' la comtesse deCarlisle * que je parle, car il n'y en a pas d'autre de qui on puisse dire tout ce bien et tout ce mal. Quelque danger qu'il y ait à se souvenir d'elle, je n'ai pu jusqu'ici m'en empêcher ; et sans mentir, je ne donnerois pas le tableau qui m'est resté d'elle dans l'esprit pour tout ce que j'ai vu de plus beau dans le monde. H faut avouer que c'est une personne toute pleine d'enchantements, et il n'y en auroit pas une sous le ciel si digne d'affection, si elle connoissoit ce que c'est, et si elle avoit l'âme sensitive comme elle a la raisonnable. Mais avec l'humeur dont nous la connoissons, l'on ne peut rien dire d'elle, sinon que c'est la plus aimable de toutes les choses qui ne sont pas bonnes, et le plus agréable poison que la nature ait jamais fait. La crainte que j'ai de son esprit m'a pensé détourner de vous envoyer ces vers : car je sais qu'elle connoît en toutes choses ce qu'il y a de bon et de mauvais , et toute la bonté qui devroit être dans sa volonté est dans son jugement. Mais il ne m'importe guère qu'elle les condamne; je ne voudrois pas qu'ils fussent meilleurs, puisque je les ai faits devant que d'avoir eu l'honneur de la connoitre, et je seroisbien marri d'avoir jusqu'à cette heure loué ou blâmé personne parfaitement : car je réserve l'un et l'autre pour elle. Pour ce qui est de vous, monsieur, je ne vous fais point d'excuses s'ils ne sont pas bons; au contraire, je prétends que vous m'en êtes plus obligé, et que vous ne me devez pas savoir

* La comtesse de Garlisle, fille du dac de Northumberlacd, joua un certain rôle politique en Angleterre sous Charles l«r. Saint- Ëvremont la cite dans plusieurs passages de ses écrits.

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