A LA MÊME K
[A Bruxelles, .... 1634.]
Mademoiselle, je ne sais pas qui sont les Abencerrages* que vous me préférez. Mais je m'imagine qu'ils ne sont point nés dans Grenade non plus que moi. Peut-être que le seul avantage qu'ils ont sur moi est d'être auprès devons, et que tout mou crime est d'en être éloigné. Certes vous avez sujet de croire que je suis coupable de quelque grande faute, puisque le ciel me donne un si grand châtiment ; et je ne m'étonne pas que vous me condamniez là-dessus , ni que vous n'entendiez pas les raisons d'un homme qui se défend de si loin. Toutes les demoiselles , tant les Mores que les chrétiennes, ont accoutumé d en 'user ainsi. Je voudrois seulement, qu'en m'ôtant votre amitié, vous ne voulussiez pas encore me déshonorer, et que vous ne vous missiez pas en peine de m'accuser, pour vous défendre. Vous pourriez avec plus de douceur suivre l'exemple de M"»® [de Clermont] ' et de M»e [Paulet] dont la première, sans en alléguer aucune cause, rompit d'abord tout commerce avec moi, jugeant qu'aussi bien, avec le temps, il en faudroit toujours venir là, et l'autre m'a laissé depuis peu honnêtement et sans bruit, et se taisant de pure lassitude ne parle
■ Mss> de Conrarif t. X, p. 447.
' Suivant une note manuserite de Huet, il faudrait lire Benserade au lieu de Abencerrages, Celle reslilulion, si elle est exacte, peut servir à donner une idée des difficultés qu'il y a à bien entendre Voilure.
^ ( T.). — M»n« Aubry, suivant le Mss. de Conraru
plus de moi, ni en bien ni en mal \ Que si pourtant, mademoiselle, vous avez encore ce reste de juslice dans l'esprit, de croire qu'il faille quelque prétexte pour abandonner ses amis, je m'étonne que vous n'en avez trouvé un meilleur que celui que vous prenez , vous qui inventez si heureusement et qui avez toujours donné tant de vraisemblance à vos fables. II me semble, au reste, mademoiselle, que vous ne jugez pas assez favorablement des lettres que vous avez vues de moi, si vous croyez que M. Mandat ait eu les plus belles. Je fais un autre jugement des vôtres; et sans rien savoir des autres que vous avez écrites, je jurerois que vous n'en fîtes jamais de meilleures. II faut une bonté comme la mienne pour en parler de la sorte, et il n'y a que moi qui peut louer les satires que l'on fait contre lui (sic). Sans mentir, un homme qui souffre si doucement le mal mérite que l'on lui fasse du bien, et vous devez avoir regret de traiter avec tant de rigueur une personne qui le soufire avec tant de patience , et qui est si constamment , mademoiselle, votre, etc.