‹ Œuvres: lettres et poésies (volume 2)Chapitre 75 sur 131 · AU DUC DE BELLEGARDE · texte numérisé non relu

AU DUC DE BELLEGARDE

dont il me voit ici accablé, il m*a voulu donner cette consolation. Il est vrai, monseigneur, qu'entre les plus grands sujets d^affliction que j'ai reçus en ce pays, je mets le déplaisir de ne vous y avoir point trouvé. Je m'étois préparé à cet exil, sur Tespérance dé le passer auprès de vous, et je croyois que je trouverois toujours la France en quelque part où vous seriez; mais c'eût été un trop grand soulagement pour un homme qui étoit destiné à être malheureux, et la fortune n'a pas accoutumé de faire tant de grâce à ceux qu'elle persécute. Cependant, monseigneur, je prends à bon augure de ce qu'elle nous rapproche du lieu où vous êtes, et je croirai qu'elle se veut réconcilier avec nous, si elle nous rend le bonheur de votre présence : car pour dire le vrai, monseigneur, je ne pais penser qu'elle vous ait entièrement abandonné, et c'est assez qu'elle soit femme, pour croire qu'elle ne vous peut haïr, et qu'elle reviendra bientôt à vous. Au moins, à son défaut, aurez-vous toujours cette extrême sagesse et cette grandeur de courage qui vous ont accompagné partout, et dont vous avez depuis quelque temps donné de si bonnes preuves, que je doute si ces années de malheurs ne vous ont pas été plus avantageuses que les autres. Je continuerois ici, monseigneur, bien volontiers ce discours; mais je crains de n'user pas assez discrètement de la liberté que l'on m'a donnée.

S46 LeTTBEft ras yoithre.

fô. — ▲ kÀBÀini [de combalbï] *.

▲ Blois, le 5 janvier [163S].

Madame , il me semble que je vous dois pour le moins une lettre pour un brevet * ; et, quelques belles paroles que j'y puisse mettre, elles ne seront pas si riches que celles du parchemin que vous me venez de faire obtenir, puisqu'il y en a pour dix mille écus. H. de Pnylaurens me la fait expédier avec tout le soin et Taflection qui se pouvoit désirer. Je me doutois bien que lui, qui a fait en sa vie tant de choses pour les dames, ne manqueroit pas de servir eu ce rencontre la plus parfaite de toutes, et que la pins belle bourbe du monde n*auroit pas été ouverte inutilement en ma faveur. Ce bonheur m'étant arrivé, je m'imagine qu'il n y en a point qui me puisse manquer, et il me semble que le moindre bien qui me puisse échoir est d'être riche, puisque vous désirez que je sois heureux. Cependant, quoique je n'aie pas coutume d'être fort sensible aux choses qui regardent mon établissement, j'avoue que j'ai reçu celle-ci avec une extrême joie, et je me serois trouvé moi-même trop intéressé en celte occasion , si je ne connoissois que ce que je considère davantage en ce bienfait, est de ce que c'est vous qui me l'avez procuré. Aussi, à

■ MarlB-Magdelfine de Vigiierot, nidce du eardtnttl de Richelieu, mariée au marquis du Roure de Combalet. Elle étoU dame d'alourâ de ia rpine, et Tut Taile dncliesse d'Aiguillon de son chef, sur la flu de 1G47. Corneille lui dédia le Cid.

^ Le brevet de muîlre d*liôtci de Madume, que Puylaurens lui fit donner à ia recofumaodaUoii de W^da CombaleU Voyez l'Introduction,

A MAOAilB DE COMBAiBT (1635). â47

dire vrai» eeux qui mettent lea riohesges «ntrQ las ohoses indiflerentes ne mettroient pas votrct bied-

veillanee en ce rang-là; et peur moi» je pense que je ne dois pas tenir entre les biens de la fortune^ un bien que la vertu m*a fait avoir. Je crois, madame» que sans mal parler» je vous puis appeler ainsi; et si je ne suis pas mal informé de tons vos succès» vous pouvez prendre ce nom-là à meilleur tilre que celui que vous portez. Au moins esiril vrai qu'elle ne s'est jamais monlrée au moude si aimable qu'elle le paroit en vous , cl ceux qui Tout connue autrefois, et qui disoient qu'elle donneroilde l'amour à tous les hommes si elle se laissoit voir nue» l'auroient trouvée plus charmante élant revêtue de votre personne ; et certes, quand je considère les merveilles qui s'y rencontrent et tant de sortes de grâces dont le ciel vous a remplie, il me semble que celle dont je vous remercie à cette heure est la moindre que vous m'ayez faite. Je trouve que la place que vous me laissez prendre quelquefois dans votre cabinet vaut mieux que celle que vous me venez de faire accorder, et que vous ne me sauriez jamais faire du bien qui vaille celui de vous voir et de vous entretenir. Toutefois» madame, il pourroit être que le dernier que vous m'avez procuré est plus estimable qu'il ne paroit '» et comme on ne sait pas ea-

* Le cardinal touIoU faire rompre le mariage de Monsieur et de la pnnce«f>e du Lorraine. Voilure prend l'occasion de dire des cajoleries à Mme de Combalet, et de la flalter de respérance que ce sera elle qui é^pouscra Monsieur (T.). En effet, telle paraît avoir été l'inlenlion du cardinal ; el la disgrâce de Puyiaurens vint préciséisent de ce qu'il ne le servit pas dans celle négociation, comme

Gore à qui vous m'avez donné, et que cela est dans l'avenir, possible que la grâce que vous m'avez faite se trouvera plus grande que vous ne Pavez imaginé : car peut-être que vous m'avez donné à une maîtresse qui méritera de l'être de tout le monde, qui aura l'âme grande, et belle, et libérale, le cœur noble et généreux, la personne accomplie, toute pleine d'agréments et de charmes, et qui aura pour tous les hommes ces attraits secrets que chacun d'eux trouve en celle qu'il aime. Peut-être qu'elle aura un esprit au dessus de tout ce qui se peut imaginer, plein de feu et de lumière, beau et pur comme celui des anges; qu'elle sera instruite de plusieurs belles connoissances, qu'elle aura l'intelligence de trois ou quatre langues, qu'elle entendra la situation de toute la terre comme celle du petit Luxembourg, qu'elle saura les mouvements des cieux, le nom et la place de tous les astres, et qu'après tout cela, elle n'en connoUra pas un parmi eux si beau, si clair, ni si brillant qu'elle. Permettezmoi, s'il vous plaît, madame, de souhaiter qu'il en arrive de la sorte, et trouvez bon que je fasse des vœux pour cela, puisque j'en sais faire de plus utiles que vous pour le bien de la France. Aussi j'espère que les miens seront accomplis, et que quelques autres ne le seront pas. N'entreprenez pas, je vous supplie, de me faire jamais désirer autrement : car je suis, madame, votre, etc.

il l'auroit voulu. Toutefois, ce passage de la lellre de Voilure n'en reste pas moins un modèle de délicatesse.

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