AU HÉHE
[A Parif , décembre 1635].
Monseigneur, encore faut-il que vous ayez quelque mortification dans vos triomphes, et qu'ayant à toute heure le plaisir d'entretenir des gens de guerre tout votre soûl, vous preniez pour un moment en patience l'entretien d^un homme de lettres. Nous ne saurions souffrir à Paris que vous soyez si aise à Metz S et ne pouvant pas empêcher vos joies, nous voulons au moins les interrompre. Je n'aurois pourtant pas été si hardi que de l'entreprendre, s'il ne m'avoit été commandé par une dame à qui rien ne se peut refuser, et à laquelle ceux mêmes, à qui se soumettent les armées et
* Il fat fait (24 man 1635) goaverneur de la ville et évèché de MeU et pays meuln par la démission du duc de la Valette son frère, qui devint, à la même époque, gouverneur et lieutenant général pour le roi, en Guyenne, eonjointement avec le due d'Ëpernon, son père.
leurs généraux» ne se feroient pas de difficulté d'obéir. Il est vrai, monseigneur, que toutes les fois que je m'imagine de vous voir avec huit ou dix mestres de camp à Tentour de vous, j'ai pitié de Térence, de Virgile et de moi; je plains extrêmement ceux qui désirent ici que vous vous souveniez souvent d'eux, et je suis assuré gu'il n'y a point de si petit bastion en votre place qui ne vous soit plus considérable et que vous n'aimiez beaucoup plus que moi. Toutefois je n^osois pas en murmurer; je considérois qu'il y avoit quelques personnes qui avoient plus de droit de s'en plaindre, et je ne voulois pas avoir de différend avec un homme que Ton dit qui peut disposer de toutes les troupes du maréchal de la Force * . Mais à cette heure que l'on m'a donné la hardiesse de parler, et quMl y a ici des personnes qui m'avoueront de tout ce que j'écrirai, je ne craindrai point de vous dire que c'est ime chose extrêmement pitoyable, que votre affection, qui étoit il y a peu de temps partagée entre les plus aimables per* sonnes du monde, soit maintenant donnée au pillage aux gens d'armes. Je ne suis pas bien maître de moi, et tout mon esprit se renverse, quand je songe que la place qu' avoit en votre cœur la plus adorable créature qui fût jamais S est peut-être à cette heure tenue par
* Le 3 octobre, le cardinal étant venu trouyer le rot à Saint- Mihiel, reçut Tordre de retourner en Lorraine et de se Joindre aux troupes du duc de Weimar et à l'armée du duc d'Angoulème et du maréchal de la Force. Les quatre armées réunies formaient quarante mille tiommes (voyez les Mémoires du cardinal de la Valette, par Jucq. Talon, son secrétaire].
^ M<°<: la Princesse (T.). On disait que le cardinal était son amant. Voyez Tullemant, historiette de JA^^ la Princesse, 1. 1, p. 175.
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le eelonel Hébron S que i/l^ àè [Gombalet] el W^^ àé Rambouitlei ont quitté la leur à un aide de camp^ dâ à un sergeni^major^ et que voua aurez donné la nùenae à quelque misérable anspesaade. Cette pensée, ntonsei* gneur« nous met tous ici dans une tristesse qui ne se peut exprimer. 11 n*y a qu une personne qui est plus éonstante que les autres, et qui assure que Ton ne doit pas eroire de vous une si grande injustioe. Celle dont je vous parle est une demoiselle' blonde, blandbe et grasse, plus gaie et plus belle que les plus beaux jours de cette saison, et telle qu'à peine en trouveriez* vous trois en tout le pays messin si bien faites qu'elle. Elle a des yeux dans lesquels il semble que toute k lumière du monde soit renfermée, un teint qui obsouFcit toutes clioses, une bouche que toutes celles du monde ne sauroient assez louer, pleine de traits et de charmes, et qui ne s'ouvre et ne se ferme jamais qu*aveo esprit et avec jugement. Selon que je la viens de dépeindre, vous ji^erez bien que c'est une beauté fort différente de celle de la rerne Épicharis^ Mais si
' Ou mieux Hepburn , Écossais au service de France, où il devint niestre de camp dans l'armée du cardinal de la VaieUe. 11 fut tué l'année suivante devant Saverne.
' W^ dé BonffcH)iT : Ta Vat«tte en devtnl «nmareox atlssi fortement qu'il l'avait été de sa mère.
3 MiB^de Corbec de Beausse, autrefois M^^^du Pré, cousine de if. Arnauld, maigre et noire. On la nomma Épicliaris dans la galanterie où elle faisoit la reine des Ëgypiicns. 11 y avoit je ne sais quel ordre pour cela, et comme ell« ^toit messine, cela alla asseï avant dans rAllemagne (T.). — On trouve à compléter cette note dans les Mémoires de l'abbé Arnauld, qui avait connu Mtl« du Pré à Verdun, dont le marquis de Feuquières, son oncle, était gôuver*
AU GAROmAi DE LA VALETTE (l63ô). ÎS§
elle n^eet pas si Égyptienne qu^elle, elle ne laisse pai^ d*étre pour le moins aussi Yolèuse. Dès sa première eilfaiice elle vola la blàfncfaeur à h helge et à Tivoiré^ et aux perles Féelal el la netteté. Elle prit la beauté et la lumière des astres , et enoore il ne se passe guère de jours qu'elle ne dérobe quelque rayon au soleil, éf qu'elle ne s'en pare à la vue de tout le monde. Deriiièremtenti en une assemblée qui te fit au Louvre^ elle dtii la grâee et le lustre à tontes les dames et aux di*^ mants qui la couvroient; elle n'épargna pas même les pierreries de la couronne sur la tête de la Reine» et elle en m% enlever ce qui y étoit de plus brillant et de plus beau. Cependant^ quoique tout le monde cor» noisse sa violence, personne ne s'y oppose; elle fait avec impunité ce qui lui plaît, et bien (p'il se trotnré à Paris des gens qui prennent les dues et pairb dès le lendennain de leurs noces ' i il n'y a pas d'bemmes assez baardis pour entreprendre de l'arrêter. Maïs ^noîqu'elle soit ernelle pour tout le mohde^ elle me temMè assez douco pour ee qui vous r^rde.> Elle m'a commandé
neur. Elle avait institué un ordre de chevalerie qu'elle avait nommé Vordre des Égyptiens, parce qu'on n'y pouvait être admfs qu'on n'eût fait quffique larcin* gàlani. fille 8>n était faite la reine sous le nom û'ÉfHchàri^, fet tous les clievaliers portaient, avec un ruban gris â» lin et vert, nne gritfe d'or stee cet mots : Bien né wt échappe. ■ M. de Puylaurens^ arrêté 1» t4 février 1635, quelques mots après Fon mariage avec W^^ de Ponteiiâteau, nièce du cardinal de Biclieiieù (voyez plus haut, p. 04). — Du reste, Puylaurens semblait avoir prévu cé((e aventure, lorsqu'ilf disait, aU moment où on hii oflî'àtl l« durhé-paîrk! cbmtné uOe garantie contre les terigeancés dn cardinal ; «' Eh ! quMmporte ta duthé-^palfte, pafeque Son Emlneooe fait mieux couper la tète à un pair qn'à un bourgeois?*
de VOUS dire qu'elle n*a point les défiances que les autres ont de vous, et qu'en reconnoissance de cela, elle vous prie de lui envoyer six arcs triomphaux du reste de votre entrée, quatre douzaines d'exclamations publiques, et les œuvres poétiques du landgrave de Hesse. Je vous conseille de faire exactement tout ce qu'elle désire, et d'éviter, sur toutes choses, de vous mettre mal avec elle : car si elle entreprend de vous faire du mal, votre compagnie de gendarmes, celle de vos chevau- légers ne vous empêcheront pas d'être pris. Metz n'est pas une assez bonne place pour vous défendre contre son pouvoir. Mais, monseigneur, je ne considère pas que je vous entretiens trop longtemps parmi tant d'affaires que vous avez, et si je fais ma lettre longue, je crains que vous ne remettiez à la lire quand la paix sera faite. Je serois pourtant bien fâché que vous n'en vissiez pas la fin, puisque ce qui m'importe le plus est que vous n'y lussiez pas les protestations très-sérieuses que je vous fais, que de tant de persoitaies qui ont reçu de vos bienfaits, il n'y en a point qui soit avec plus de zèle et de respect que moi, votre, etc.