‹ Œuvres: lettres et poésies (volume 2)Chapitre 77 sur 131 · AU HÉMB · texte numérisé non relu

AU HÉMB

[NoTembre, 1«8B|.

Monseigneur, il vous semble qu'il n'y a qu*à écrire^ et V0U3 en parler bien à voire pise, vous C[ui n*avez rien à faire qu'à commander à douze mille hpmmes et à résister à trente mille autres. Hais si vous aviez i

voir et à considérer trois ou quatre personnes cfai sput ici, vous trouveriez qu'on a bien d'autres choses à penser. S( vous étiez en ma place, je suis assuré qu'il ne vous resteroit pas plus de loisir qu'à moi. Je meurs

d'envie que vous y soyez pour voir comfnent vous vous en pourriez démêler, avec cette conduite dont on vous loue tant et cette merveilleuse prudence qui vous a déjà tiré de tant d'autres périls : cg^r je vous avertis, monseigneur, qu'au retour de la guerre qui vous occupe maintenant vous aurez à eu faire ici une plus dangereuse. Vous y trouverez des ennemis beaucoup plus braves et plus fiers que les Allemands; et vous, qui par votre adresse venez de sauvier tant de millions d'âmes, vous aurez bien de la peine à échapper vous-même. Il n'y a point de retraite à faire devant eux, et c'est assez de les voir pour être défait. Il y a entre autres un certain Bras de fer* qui est la plus redoutable créature que le soleil voie aujourd'hui, fi n'y a point d'arme qui puisse résister à ses coups ; il brise tout ce qu'il touche , et toutes les cruautés des Croates ne sont point comparables aux siennes. Je

Ut, aT9c neuf milU chevaux, av^il dresié une einl»uacadQ au cardinal et au duc de Saxe-Weymar (27 veptemlsra). Oq prit AUX «Rr nemis neuf corneUes et quantité d'oi&ciers.

< Voyes plus \m, j^age 262, noie 1.

AU CARDINAL 0fi LA YALeTTE (1635). 265

sftfè, ifiofisèigneur, que vous cotmoissez ceux dont Je vous parloi et que déjà, en quelques occasiofis, vous TOUS êtes refi(!dtitré avec eux; mais ne vous imagine^ pas de les trouver comme vous les ave2 laissés : leurs forces sont augmentées depuis quelque temps,- et leur puissance est venue à tin poirit qu'il n'y à plus rien qui leur résiste. Il ne se passe jour qu'ils ne fassent des prises jusque dans les portes de Parisi Ils prennent, ils tuent; ils saeca^nl tout ce qu'ils rencontrent ; et tandis que vous vous amdses à défendre la frontière* ils mettent en feu le coeuf du royaume. Que ce que je vous dis pourtant ne vous fasse pas appréhender de revenir; et n'ayant pas eu de peur en tant de rencontres, où tout autre que totts éti auroit eu, ne commencez pas à craindre en celle-ci : car encore qu'ils ne prennent personne à merci^ je crois qu'il y aura quartier pour vous» et que si vous tombez entre leurs mainSf ils vous traiteront avec toute la douceur que l'on doit à un prisonnier de votre mérite« Selon que je puis juger, ils espèrent de vous montrer en cet état ^ et il me semble qu'ils ne peurroient pas avoir tant de joie de vo« victoires comme je vois qu'ils en .ent# s'ils ne croyoient qu'elles doivent honorer les leurs î mais ils seront ravis de voir à leurs pieds le dompteur de Galas % et de faire connoitre que celui qui a été le bouclier de toute la France n'aura pu se mettre à couvert de leurs coups. Aussi connois-je en eux une ihctoyàblê impatictice pour votre retour, et je suis

* llftthiu, domte de GsUab,- feld-maréchAl au sertice de l'em-' pereur, mort à Vienne en l(i47.

assuré qu*il n*y a point d'homme en France qu'ils désirent tant tenir que vous. Je vous donne cet avis, monseigneur, afin que ià-dessus vous preniez vos mesures pour vous défendre, ou qu'au moins vous ne chérissiez pas si fort le titre de Victorieux, que vous ne vous résolviez de le perdre ici. Pour moi, quoi qu'il en puisse arriver, je vous avouerai que je souhaite fort que vous y soyez : car je n'aurai point de joie jusqu'à ce que j'aie l'honneur de vous voir, et de vous dire au coin de votre feu les soins, les inquiétudes et les alarmes que vous avez donnés à toutes les personnes qui vous aiment. Je suis, monseigneur yvotre^etc.

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