AU m£me
[Août 1636].
Monseigneur, je voyois beaucoup de raisons de ne pas espérer sitôt de vos lettres , et je jugeois bien qu'une personne qui faisoit tant de choses n'en pouvoit pas beaucoup écrire. Je me contentois d'entendre ici toutes les semaines crier votre nom et vos victoires, et de pouvoir apprendre de vos nouvelles en les achetant. Mais il est vrai qu'il était temps que vous me fissiez l'honneur que j'ai reçu de vous, et l'insolence de quelques gens commençoit à m'être insupportable, qui disoient tout haut que le temps de leurs prophéties étoit arrivé, et que je me verrois bientôt avec eux comme une personne privée. Il y en a même qui ont pris cette occasion de tenter ma fidélité. Vous ne sauriez croire, monseigneur, quels avantages l'on m'a ofierts pour me faire promettre de quitter votre parti cet hiver, et de prêter mes grifies contre vous deux fois par semliine. Cependant, quoique cesofires m'aient été présentées par la plus charmante bouche du monde, j'y ai résisté avec toute la constance que je suis obligé d'avoir pour un homme à qui je dois toutes choses, et que je trouve d'ailleurs si à mon gré, que, quand il m'auroit toujours haï, je ne me pourrois jamais empêcher de le respecter et de le servir; de
sorte, qu'encore que j'aie à Paris ces attachements que ne manquent jamais d'y avoir ceux qui ne songent pas à commander des armées, et qui ne sont pas capables de ces hautes passions qui tiennent à cette heure un peu plus de la moitié de votre âme, je suis prêt d'en partir toutes les fois que vous me l'ordonnerez, et je quitterai pour vous aller trouver une personne jeune, gaie et brune. Je n'attends pour cela que d'en avoir une honnête occasion ; et si les ennemis, comme je le crois, ne vous osent attendre que derrière leurs murailles et vous obligent à un siège, je ne manquerai pas de me rendre auprès de vous. Aussi bien, pour dire le vrai, j^aime mieux être assiégeant qu'assiégé; et les Espagnols sont si près de Paris, que quand je n'en sortirois pas pour l'amour de vous, je le pourrois faire pour l'amour de moi. On rompt tous les ponts d'alentour ; on est prêt à toute heure de tendre ici les chaînes; et lorsque nous portons la terreur jusque sur les bords du Rhin, nous ne sommes pas bien assurés sur ceux de la Seine '• Dans le déplaisir que me donne ce désordre, je vous avoue, monsei* gneur, que je reçois quelque consolation de voir qu'en un temps où nos affaires vont mal de tous côtés, elles prospèrent du vôtre, et que, tandis que notre armée de Picardie se retire dans les villes, que celle que nous avons en Bourgogne languit dans les tranchées, et que nous ne faisons guère mieux en Italie, vous
' Les Espagnols, après avoir envahi la Picardie, avaient passé la Somme et refoulé jusqu'à Compiègne les troupes chargées de défendre la frontière. C'est alors que l'épouvante fut au comble dans Paris, et que Tordre fut donné de rompre tous les ponts de rOise, afln de prCâcrvcr la capitale.
S66 LBTfRB8 DE V0ITDM.
arrètieE Galas dans ses retranehements, vous pveniec des places à sa vue, et que vou^ soyex le seul conque^ rant et le seul victoriegs. En effet, sans faire passer les ebeses pour autres qu'elles ne sont, les seuls progrès que nous avons faits cotte année nous sont venus par votre moyen ;
T9 copiai, U eamiUum, et ÎÊtoê PrœbenU Dffof .
Je vous supplie donc, monseigneur, dç me eaipp^iKl^r
d'î^Ucr prendre part à vos prospérités ^t d'altof Y(Hr noice bonne fortune au seul li^u Qt| elia est ffEi^inf^jB^nlr Aussi bien, sans faire le vaillant, les «^ploitft (I9 M* Û^ Simple^erre ^ ne n^e laissent point dormir, §t j*pi fittaché au pommeaa de moi^ épéc lrpi§ le^trei de la petite Flamande, que je veui^ ipettpe 4an§ Iq corps d'uQ Allemand.
Sed quid ago? cum tnihi sit itiççrium trQ^q^illQn^ sis animo^ arij ut in bello, in aligna maju^pula 0ur§
negotiove verssre Cum igUur mihi efit expia-
rafi^m Uàenter esse risurum , scribam ad te pluribus. Je n'ai pas craint de mettre ençorQ c^lui^ci, puisqu'il est de Cicéron, et je ipettrai dans mes letr très le plus de latin possible, puisquQ vouii me dir tes que vous n'en \m^ plus que là : car, en vérité» ce seroit dommage que vous p^b|i^ssiez Iq vôtrpi Au pis allQr, si vous l'oubliez, je m'oflre de vqus le fapprendre cet hiver. Je vpijs moiitr^rai }^^ piMS beaui: passages de Virgile, d'Hopace et de Térence; je vous expliquerai les jf^lus difficiles et je vous ferai connoUre les grâces secrètes et les beautés les plus cachées de ees
* M. de Simpleserre, dont il a parlé ci-devant (T.) : où?
A limslBCH *** (1686). iUV
àiitelirs^là) en nn itiot, je vous rendrai tout ce ^«e vom m^ftveB prèle. Je suis, monseigneur, Votre, etc.
(Aprèl qde là vilté de Gorbiè ent ^lé reprise sar lès Ëtpagnbii ptr
FarméedlBroi).
D« Pariî, le 24 iiotefnbrft 4686;
Monsieur^ je voud avoue que i*aime ft me venger, et (]u*aprës avoir soufTert durant deu.t mois que vous vous soyez moqué de la bonne espérance que j'avois de nos affaires^ vous eh avoir ouf condamner la cotiduite par les événements et vous avoir vu triompher des victoires de nos ennemis, je suis bien aise de vous mander que nous avons repris Corbie '. Cette nouvelle vous étonnera^ sanè doute, aussi bien que toute TËurope; et tous trouverez étrange que ces gens que vous tenez si sages, et qui ont particulièrement cet avantage sur nous de bien garder ce qu'ils ont gagné, aient laissé reprendre une place sut laquelle oii ()ouvoil juger qtie toriiberoit tout Teffort de cette guerre, et qui, étant conservée, ou étant reprise, devoit ddnnei* pour cette année le prix et Thonneur des armes ft l'un bu ft Tautre parti. Cependant ncrus en sommes les maîtres. Ceux que Ton avoit jetés dedans oitt été bien aises que le roi leur ait permis d*en sortir, et ont
« Mtê. de Conrari, in-4, t. X. p. 573 bis, et fn-folfo, t. XIV^ p* S 19. -* Plusieurs erUiqiies se sont évertnét en Tain à cheN* cher le nom du personnage à qui eelle lettre aurait été adreaisée« et qui n*e8t indiqué sur aucune des deux copies. Mais est-il bien sûr que la lettré, où plutôt le factum de Voilure, ait été écrit à quelqu'un, et que ce prétendu partisan de l'Espagne ne Tienne pas là uniquement pour amener le panégyrique de Richelieu ?
' 14 novembre 1636.
868 LETTnES DE VOITUBE.
quitté avec joie ces bastions qu'ils avoient élevég et sous lesquels ils sembloient qu*ils se voulussent enterrer. Considérez donc, je vous prie, quelle a été la fia de cette expédition qui a tant fait de bruit. II y avoit trois ans que nos ennemis méditoient ce dessein, et qu'ils nous menaçoient de cet orage. L'Espagne et rAllemagne avoient fait pour cela leurs derniers efforts. L'empereur y avoit envoyé ses meilleurs chefs et sa meilleure cavalerie. L'armée de Flandre avoit donné toutes ses meilleures troupes. Il se forme de cela une armée de vingt-cinq mille chevaux, de quinze mille hommes de pied et de quarante canons. Celte nuée, grosse de foudres et d'éclairs, vient fondre sur la Picardie qu'elle trouve à découvert, toutes nos armes étant occupées ailleurs. Ils prennent d'abord la Capelle * et le Càtelet ^ Us attaquent et prennent Corbie ' presque en un même jour. Les voilà maîtres de la rivière : ils la passent. Us ravagent tout ce qui est entre la Somme à l'Oise : et tant que personne ne leur résiste, ils tiennent courageusement la campagne, ils tuent nos paysans et brûlent nos villages. Mais sur le premier bruit qui leur vient, que Monsieur s'avance avec une armée et que le roi le suit de près, ils se retirent, ils se retranchent derrière Corbie , et quand ils apprennent que Ton ne s'arrête point, que l'un marche à eux tête baissée, nos conquérants abandonnent leurs retranchements. Ces peuples si braves et si belliqueux, et que vous dites qui sont nés pour commander à tous les autres»
' 10 juillet.
' 2 août.
s 15 août.
faient devant une armée qu*ils disoient être composée de nos cochers et de nos laquais ; et ces gens si déterminés, qui dévoient percer la France jusqu'aux Pyrénées, qui menaçoient de piller Paris et d*y venir reprendre jusque dans Notre-Dame les drapeaux de la bataille d'Avein, nous permettent de faire la circonvallation d'une place qui leur est si importante, nous donnent le loisir d'y faire des forts, et ensuite de cela nous la laissent attaquer et prendre par force à leur vue. Voilà où se sont terminées les bravades de Piccolomini, qui nous envoyoit dire par ses trompettes, tantôt qu'il souhaitoit que nous eussions de la poudre *, tantôt qu'il nous vint de la cavalerie, et quand nous avons eu l'un et l'autre, il s'est bien gardé de nous attendre. De sorte, monsieur, que, hors la Capelle et le Câtelet, qui sont de nulle considération, tout le feu qu'a produit cette grande et victorieuse armée a été de prendre Corbie, pour la rendre et pour la remettre entre les mains du roi avec une contrescarpe, trois bastions et trois demi-lunes qu'elle n'avoit pas. S'ils avoîent pris encore dix autres de nos places avec un pareil succès, notre frontière en seroit en meilleur état, et ils l'auroient mieux fortifiée que ceux qui jusqu'ici en ont eu commission.
Vous semble-t-il que la reprise d'Amiens ', ait été en
* Les armées du roi manquaient de jioudre. Un nommé Sabalier en avait obtenu le privilège ; mais il avait mal pris ses mesures, et n'en avait pas fabriqué la moitié de ee qu'il en fallait. Le roi rendit alors une ordonnance qui levait le monopole et autorisait tout le monde à en fabriquer. En attendant, on trouva le moyen d'en faire venir de Hollande.
' En '7597, le 26 septembre, sur les mêmes Espagnols.
Î70 UTîHElS DB TOITOIIB.
rien phis iniportanié où plus gknrieuâe que erite^éi? Alors la puissance du royaume n'étoU point di^refilé ailleurs; toutes nos forées furent jointes éa-^ semble pour cet eflbrt^ et toute la France se trouva •dèYânt nne place. Ici, au oontrairoi il nous a fallu reprendre eelle-èi dans le fort d'une înfiniM d*au^ très aflairès qui nous pressoî^nt de tous cétés» en m temps où il sefmbloit que cet État fât épiiisé de toutes ehoâes, et en une saison en laquelle* outre les hommes, nous STions otœre le oiel à coitibatlre. Et au lieu qiie devant AMien» les Espagnols n'eurent une armée que ëinq mois après le siégé, pour nous le faire leter, ik eu aYoient une de quarante mille hommes à Corbie, devant que oolui-ci fût commelicé. Je m'assure qoe si cet événement ne vous fait pas devenir bon Français, au moins il vons mettra en eolèrè contre les Espagnols, et que tons aurez dépit de vous être affieetionné à des gens qui ont si peu do vigueur etqni se savent si mal servir de leur avantage.
Cependant ceux qui^ en bàinedeeeluiqui gouverne, haïssent leur proprepaysj et qui, pour perdreun homme seul^ voudroient que la France se perdît, se moqiioient de tous les préparatifs que nous faisions pour remédier à cette surprise. Quand les troupes que nous avions ici levées prirent la rouledePicardie,iIsdiâoientqueè'étoitdes victimes que Ton allait immoler à nosennemis, que cette armée se fondroit aux premières pluies, et (j[ae ces soldats qui n'étoient point «guéris fetroient au premier aspect des troupes espagnoles. Puis, quand ces troupes dont on nous menaçoit se furent retirées, et que l'on ^it desseiu de bloquer Corbie, on cea*'
A MOH»lfi(JR *** (f6JI6). S7I
âéiana eiioore cette réséhition. On diaoii qn*i\ étirii îhfailtibte qiie les Espagnols Tauroîent pearvoe dé toutes les choses nécessaireSi ayant eu deux mois dé loisir pour cela* et que nous consommerions devant eètte place beaucoup de millions d*of et beaucoup de millierÉ; d^hômmes pour Tavoir peut-être dans trois ans. Haïs quand on se résolut de Tatiaquer pai* force, bien avant dans le mois de novembre, alors il n'y eut perionne quinecriàt^ Les mieux intentionnés avouoient qu'il y avoit de l'aveuglement, et le§ autres disoient qu'on avoit peur que nos soldats ne moiiriisseut pas assez tét de misère et de faim, et que l'on les vouloit fairo ftoyer dani^ leurs propres Iranchées/ Peur moi» quoique je susse les inCômmoditéà qui suivent néceissairement les. sièges qui se font cri celte saison, j'ar* rètai mon Jugement. Je pensai que ceux qui avoient présidé à ce eorrseil avoient vu les mêmes ehosea que je voyois et qu'ils en voyotent encore d'autres que je ne toyois pas; qu'ils ne se seroieni pas engagés légè^ rement au siège d'une place sur laquelle toute la chrétienté avoit les yeox : et dès que je fo6 assuré qu'elle étoit atkiquée, je ne doutai quasi plus qu'elle lie dM être prise: car pour en parler sainement, nous avons vu quelquefois M. le cardinal se tremper dans les choses qu'il a fait faire par les autres; mais nous ne l'avons point vu encore manquer dans les «atreprisés qu'il a voulu exécuter lui-même et qii*il a soutenues de sa présence. Je crus donc qu'il surmonteroit toules sortes de difOcullés, et que celui qui avoit pris la Rochelle, malgré l'Océan, prcndroit encore bien Corbie, en dépit des pluies et de l'hiver. Mai» puisqu'il
▼ient à propos de parler de lui et qu'il y a trois mois que je ne Fai osé faire, permettez-le-moi à cette heure, et que dans l'abattement où vous met cette nouvelle, je prenne mon temps de dire ce que je pense.
Je ne suis pas de ceux qui, ayant dessein, comme vous dites, de convertir des éloges en brevets, font des miracles de toutes les actions de M. le cardinal, portent ses louanges au delà de ce que peuvent et doivent aller celles des hommes, et à force de vouloir trop faire croire de bien de lui, n'en disent que des choses in-
croyables. Mais aussi n'ai-je pas cette basse malignité de ha!r un homme à cause qu'il est au-dessus des autres, et je ne me laisse pas non plus emporter aux affections ni aux haines publiques que je sais être quasi toujours fort injustes. Je le considère avec un jugement que la passion ne fait pencher ni d'un côté ni d'autre, et je le vois des mêmes yeux dont la postérité le verra. Mais lorsque dans deux cents ans, ceux qui viendront après nous liront en notre histoire que le cardinal de Richelieu a démoli la Rochelle et abattu l'hérésie, et que par un seul traité, comme par un coup de rets, il a pris trente ou quarante de ses villes pour une fois; lorsqu'ils apprendront que, du temps de son ministère, les Anglois ont été battus et chassés, Pignerol conquis *, Casai secouru, toute laLorraine jointe à cette couronne , la plus grande partie de l'Alsace mise sous notre pouvoir, les Espagnols défaits à Veillane' et à Avein % et qu'ils verront que, tant
' 23 mars 1G30.
3 10 juillet 1630.
> 20 mai 1035.
qu'il, a présidé à nos affaires, la France n'a pas un Toisin sur lequel elle n'ait gagné des places ou des batailles : s'ils ont quelque goutte de sang François dans les veines, quelque amour pour la gloire de leur pays, pourront-ils lire ces choses sans s'affectionner à lui ? et, à votre avis, l'aimeront-ils ou l'estimeront-ils moins, à cause que de son temps les rentes sur l'Hôtel de Ville se seront payées un peu plus ta^d ou que Ton aura mis quelques nouveaux officiers dans la chambre des comptes? Toutes les grandes choses coûtent beaucoup; les grands efforts abattent et les puissants remèdes affaiblissent. Hais si l'on doit regarder les États comme immortels, y considérer les commodités à venir comme présentes, comptons combien cet homme, que l'on dit qui a ruiné la France, lui a épargné de millions par la seule prise de la Rochelle, laquelle, d'ici à deux mille ans, dans toutes les minorités des rois, dans tous les mécontentements des grands et toutes les occasions de révoltes, n'eût pas manqué de se rebeller, et nous eût obligés à une éternelle dépense.
Ce royaume n'avoit que deux sortes d'ennemis qu'il dût craindre : les huguenots et les Espagnols. M. le cardinal, en entrant. dans les affaires, se mit en l'esprit de ruiner tous les deux : pouvoit-il former de plus glorieux ni déplus utiles desseins? Il est venu à bout de l'un, et il n'a pas achevé l'autre; mais s'il eût manqué au premier, ceux qui crient à cette heure que c'a été une résolution téméraire, hors de temps, et au-dessus de nos forces, que de vouloir attaquer et abattre celles d'Espagne, et que l'expérience l'a bien
174 LkttftES DE tOlttlUft.
monlré » n'auroient-ils pas condamné d« tliét&é l# d€tseiit de \mAte lus buguendM T n*àui«iesi-ll8 pftè dit qQ*il ne faltdit pas recommenoâ' tine ènirdprise éù trois de nos rois atoieni manqué, et k laquelie le feu roi n*avoii osé penser? et n'etissent-lls pas conclu, aussi faussement qu*ils font encore en cette autre af^ faire i qtie la chose n'étoît pas faisable, à cause qu'elle n'aiiroii pas été faite? Mais jugeons, je voiis supplie, s*il a tenu à lui ou à la fortune qu'il ne soit venu à bout de ce [second] dessein. Considérons quel dhèinin il a pris pour cela, quels ressorts il à fait jouér. Voyons^ s'il s'en est fallu beaucoup, qu'il n'ait refîifersé ûê grand arbre de la maison d'Autriche^ et s'il n'a pàé ébranlé jusques aui racines ce trofie qui de deut branches contre le septentrion et le eouchant, et qui donne de l'ombrage au resté de la tèire;
Il fut chercher jusque sons le pôle ce héros (jui sèm«^ bloit être destiné ft y mettre le fer et à l'abattre. Il fui Fesprit méléà êe foudre qtii a rempli l'Allemagne dé feii et d'éclairs, et dôilt le bruit a été efitendu par tout le monde. Mais quand cet orage fut dissipé et que la for^ tune en eut détourné le coup, s'arrèta441 peur cela? et ne mit-^il pas encore une fois l'Empire en plus de hasard qu'il n'avoit été par les pertes de la bataille dé Leipsig ' et de celle de LiUttén ^ If Son adresse et ses prft« tiques nous firent avoir tout d'un coup une armée dé quarante mille hommes dans le edsur de l'Allemagne» atec Un chef qui avoit toutes les qualités ^U'il faUl peur fiiirè un changement dans un Ëtat^ Que si le 1^
* !t B<>ptèfnbré Mi.
' 16 nev«mbre 1632.
A HONNEUR *** (lfiS6). %7i
de Suède s'est jeté dans le péril plus avant que ne devait un homme de ses desseins et de sa condition, et si le due de Fpiediand, pour trop dtfTérer son entreprise, Ta laissé découvrir, pou voit-il charmer la balle qui a tué celui-là au milieu de sa victoire, ou rendre celuUei impénétrable aux coups de pertuisane? Que si, ensuite de tout cela, pour achever de perdre toutes choses, les chefs qui cèmmandoient l'armée de nos alliés devant Nordiinghen, donnèrent la bataille à eontrortemps*, étoil-il au pouvoir de M. le cardinal, étant à deux cents lieues de là, de changer ce conseil et d'arrêter la précipitation de ceux qui pour un empire (car G^étoit le prix de cette victoire) ne voulu- Fent pas attendre trois jours? Vous voyez donc que, pour sauver la maison d'Autriche et pour détourner ses desseins que Ton dit à cette heure avoir été si téméraires, il a fallu que la fortune ait fait depuis ' trois miracles, c*cst-à-dipe trois grands événements qui vraisemblablement ne dévoient point arriver : la mort du roi de Suède, celle du duc de Friedland, et la perte de la bataille de Nordiinghen.
Vous me direz qu*il ne se peut pas plaindre de la for^tune, pour l'avoir traversé en cela, puisqu'elle l'a servi fidèlementdans toutes les autres choses; que c'est elle qui lui a fait prendre des places, sans qu'il en eût jamais assiégé auparavant, qui lui a fait commander heureusement des armées, sans aucune expérience, qui Ta mené toujours comme par la main et sauvé d'entre
* 6 septembre 1634.
> Var. de Buite(C.).
t76 LB1TRB8 DE VOITURE.
les précipices où il s*étoit jelé , et enfin qui Ta fait souvent paroitre hardi, sage et prévoyant. Voyons-le donc dans la mauvaise fortune et examinons s'il y a eu moins de hardiesse^ de sagesse et de prévoyance. Nos affaires n'alloient pas trop bien en Italie , et comme c*est le destin de la France de gagner des ba-* tailles et de perdre des armées, la nôtre étoit fort dépérie depuis la dernière victoire qu'elle avoit emportée sur les Espagnols. Nous n'avions guère plus de bonheur devant Dôle, où la longueur du siège nous en faisoit attendre une mauvaise issue , quand on sut que les ennemis étoient entrés en Picardie, qu'ils avoient pris d'abord la Capelle, le Gàtelet et Ck)rbiê, et que ces trois places, qui les dévoient arrêter plusieurs mois, les avoient à peine arrêtés huit jours. Tout est en feu, jusque sur les bords de la rivière d'Oise. Nous pouvons voir de nos faubourgs la fumée des vil* lages qu'ils nous brûlent. Tout le monde prend l'alarme, et la capitale ville du royaume est en effroi. Sur cela, on a avis de Bourgogne que le siège de Dôle est levé, et de Saintonge qu'il y a quinze mille paysans révoltés qui tiennent la campagne, et que l'on craint que le Poitou et la Guyenne ne suivent cet exemple. Les mauvaises nouvelles viennent en foule, le ciel est couvert de tous côtés^ l'orage nous bat de toutes parts^ et il ne nous luit pas, de quelque endroit que ce soit, un rayon de bonne fortune. Dans ces ténèbres, M. le cardinal a-t-il vu moins clair? a* t-il perdu la tramontane? Durant cette tempête n'at-il pas toujours tenu le gouvernail dans une main et la boussole dans l'autre? s'est-il jeté dedans Tesquif pour
se sauver? et si le grand vaisseau qu*il çonduisoit avoit à se perdre, n*a-t-il pas témoigné quïl y vouloit mourir devant tous les autres? Est-ce la fortune qui Ta tiré de ce labyrinthe, ou si ç*a été la prudence, la constance et sa magnanimité?
Nos ennemis sont à quinze lieues de Paris et les siens sontdedans. Ily a tous les jours avis que Ton y fait des pratiques pour le perdre. La France et l'Espagne, par manière de dire, sont conjurées contre lui seul. Quelle contenancea tenue parmi tout cela, cet homme, quel'on disoitqui s*étonneroit au moindre mauvais succèsetqui avoit fait fortifier le Havre pour s'y jeter à la première mauvaise fortune? 11 n*a pas fait une démarche en arrière pour cela. 11 a songé aux périls de l'État et non pas aux siens ; et tout le changement que l'on a vu en lui durant ce temps-là est, qu'au lieu qu'il n'avoit accoutumé de sortir qu'accompagné de deux cents gardes, il se promena tous les jours suivi seulement de cinq ou six gentilshommes. Il faut avouer qu'une adversité soutenue de si bonne grâce, et avec tant de force, vaut mieux que beaucoup de prospérités et de victoires. Il ne me sembla pas si grand ni si victorieux le jour qu'il entra dans la Rochelle qu'il me le parut alors, et les voyages qu'il fit de sa maison à l'Arsenal me semblent plus glorieux pour lui que ceux qu'il a faits delà les monts, et desquels il est revenu avec Pignerol et Suze.
Ouvrez donc les yeux, je vous supplie, à tant de lumière. Ne haïssez pas plus longtemps un homme qui est si heureux à se venger de ses ennemis, et cessez de vouloir du mal à celui qui le sait tournera sa gloire, et qui le porte si courageusement. Quittez votre parti 1. U
t78 LBTTRBS DE YOirUlK.
devant qa'îl vous quitte. Aussi bien une grande partie de eeux qui hiiissoient M. le efirdinal se sont eopvertis pir le dernier miracle qu*il vient de faire; et si la guerre peut Anir, eomfne il y a apparence de l'espérer» il trouvera moyen de gagner bi^ntdt tous les autres» Étunt si sage qu'il est, il a eonnu» après tant d'eipérienoes, ce qui e|t de meilleur, et il tournera ses io^ seins à rendre cet État le plus florissant de tous, aprèf l'avoir rendu le plus redoutable. 11 s'avisera d'uot sorte d'ambition, qui est plus belle que toutes les auUw et qui ne tombe dans Tesprit de personne, de se fairo le meilleur et le plus aimé d^un royaume, et non pae le plus grand et le plus eraînt. Il conneit [sans doat^ à eette beure] que les plus nobles et les plus assurées conquêtes sont celles des cœurs et des affections ; que les lauriws sont des plantes infertiles qui ne donnent au plus que de Tpmbre, et qui ne valent pas les moissûiis et les fruits dont la paii est cout ronnée. 11 voit qu'il n'y a pas tant de sujet de louange à étendre de cent lieues les bornes d'un royaume, qu*à diminuer un sol de la taille, et qu'il y a moin» de grandeur et de véritable gloire à défaire cent mille hommes qu'& en mettre vingt millions à leiir aise et en sûreté. Aussi ce grand esprit, qui n-a été occupé jusqu'à présent qu'à songer aui^ nieyene de fournir aux frais de la guerre, à lever de l'argent et des hommes ; à prendre des villes et è gagner des batailles, ne s'ocpupera désormais qu^à rétablir le r9<pos, la richesse et l'abondanoe. Celte même tête» qui nous a enfanté Pallas arm4e, nous la rendra avec soa olive, paisible, douce et savante, suivie de tous \b»
À MADAME DE SAINîOf (1686). t7A
km qui marchent d'dfdlnaifë Aveô ê\lé. Il né fera plUft dé fiôuv^àiix édits qiié p^iif régkr le luxe di pôttf fétâblir le Commerce. Ceë grands vaiâseaiix qui avdiént été faltà pout porter nos armes au delà du Détroit né léfviront qu*à conduire nos marcbnndiseâ et à tenir Ift mer libfe, et nouâ n^aurons pitis la guerre qu*aveû les oni'sairps. Alors les ennemis de M. le eardihal né sauront plus que dire contre lui, comme ils n*ont sa que faire jusqu'à (îette lieure« Alors les bourgeois de Paris seront ses gâfdes : et il oonnoitra combien il est plus doux d*entendre ses louanges dans la bouché du peuple» que danscelle des poètes. Prévenez ce lemps-là| je vous Gônjufe^ el n'attendes pas être de ses àmîs, jusqu'à ce quo voué y soycx eontraint. Que si Vous ▼ouïes deroeuref ddns votre opinion, je n'entrepréndî paê de vous l'arracher par fofi^e, mais ftussi fié soyex pas si injuste qm de trouver mauvais que j'aie défendu là mienne, et je Vous promets qtie je lirai volentiera tout ce que vous m'écrireiSi quand lés Espagnols fturoni repris Corbie. Je suis, monsieur^ votre^ etOw