A MADAME 1a BtAROUISE DE BAl^BOUIUET
Madame, sans alléguer Thistoire sainte ni profane \ tout ce que vous écrivez est toujours excellent. Je ré^ cueille les moindres billets qui échappent de vos mains comme les feuilles de la sibylle ; et j*y étudie cett6 haute éloquence que tout le monde cherche, et qui seroit nécessaire pour parler dignement de vous. Que s*il est vrai, comme vous dites , que cela me soit arrivé, et s*il est possible que je vous aie bien loué, je me puis vanter d^'avoir fait la plus difficile chose du monde, et celle, quand et quand, que je désire lu plus. Car je vous assure, madame, que je n'ai point d'envin plui passionnée que de faire voir ad monde les dM3 plue gfânds exemples cjui furent jàfnflis , d'une vêHQ acéômplié éi d'une affection parfaite , en donnant i connoitre combien vous êtes estimable, et combien je suis, madame, votre, ete.
* Paroles du ballet (T.}.
3 )!■»« de Rambouillet se moquoit dans sa lettre de certaine Temme, qui les avoii fort ennuyées en citant rhistoire sainte et profane (T.).
AU CARDINAL DE LA VALETTE (1637). tS?
CetljiiiltetUS?.
Monseigneur, je ne sais pas pourquoi vous vouç plaignez de moi, si oe n'est qu'à cette heure que vou9 avez les armes à la main, vous voulez quereller tout le monde, et que prévoyant que les Espagnols ne dureront guère devant vous, vous cherchez déjà des matières de nouveaux différends. Il est difficile d'être équitable et conquérant en même temps, et je vois bien que fa vaillance et la justice sont deux vertus qui ne niarcbent guère ensemble. Il n'y a pas beaucoup de jours que je vous écrivis une lettre si longue, que je crus que vouç n'aùrioE pas le loisir de la lire ; et je ne me sens pas coupable d*avoir laissé passer une occasion de faire mon devoir. Quand je ne considérerois pas, monseigneur, les infinies obligations que je vous ai, et qqe je ne me soucierois point de donner quelque satisfaction de moi au plus honnête homme que j'aie connu de ma vie, toujours ne laisserois-je pas de vous écrire, et je me garderois bien de donner aucun sujet de mécontentement à un homme qui est aujourd'hui le plus redoutable de France. Mais sous ombre que vous avez à cette heure une tnflnité d'affaires, que vous faites le métier de travailleur, de soldat et de général tout ensemble, que vous songez à fortifler un camp et à prendre une ville; à mettre l'ordre et la justice dans une armée, et à rendre disciplinable une nation qui ne l'avoit encore jamais été, il vous semble que tous les
' If II. de Coumiri, p. 814.
autres ont du loisir, et qu*ii n'y a que vous qui travaillez. Cependant, je vous assure que, quand je n*aurois ici autre affaire qu'à écouter ceux qui disent de vos nouvelles, et à en dire à ceux qui en demandent, je ne serois guère moins occupé que vous, et il ne me resteroit que fort peu de temps à vous écrire. Telle personne qui se contentoit les autres années de parler deux ou trois heures de vous, en parle maintenant six heures sans se lasser. Ceux qui aiment le gouvernement et ceux qui le haïssent s'informent également de ce que vous faites; et il n^y a plus personne à qui vous soyez indifférent, que ceux à qui la France l'est aussi.
Comme j'écrivois ceci, monseigneur, j*ai appris que la composition de Landrecies étoit faite, et que dimanche prochain vous serez dedans. Je loue Dieu et me réjouis avec vous de ce que vous avez appris aux étrangers qu'il n'est pas impossible que nous prenions de leurs places, et de ce que vous avez rompu le charme qui nous en avoit empêchés depuis tant d'années. Louvain^ Valence et Dôle avaient persuadé à nos ennemis que nous ne gagnerions jamais rien sur eux, et que le plus que nous pouvions faire étoit de reprendre ce que l'on nous avoit ôté. Il sembloit que les plus méchantes villes devenoient imprenables dès que nous les attaquions; nos armées, qui faisoient assez bien dans toutes les autres rencontres, se ruinoient et perdoieni courage dès qu'on les employoit à un siège; et quelque grande et victorieuse que fût notre fortune, il n'y avoit point de si petit fossé ni de foible rempart qui ne l'arrêtât. Enfin, monseigneur, vous avez changé ce mauvais destin ; vous avez montré à ceux qui vous
renvoient à Dôle qu'ils vous prenoient pour un autre. Vous avez fait ouïr votre canon, pour ainsi dire, jusque dans Bruxelles; et ce bruit a fait reculer le car* dinal-infant jusqu'à Gand, au lieu de le faire avancer au secours d'une place que vous lui alliez prendre. Mais ce que je trouve en cet exploit de plus considérable, c'est Tordre, la diligence et la certitude avec laquelle il s'est fait. Le jour que vous ouvrîtes vos tranchées, ou peut dire que Landrecies étoit à nous ; et quand Picolomini, et tous ces gens qui nous effrayèrent tant Tan passé, y fussent venus avec toutes les forces de l'empire, ils n'eussent pas pu vous Tôter des mains. Nous n'avions pas accoutumé de nous prendre de la sorte à attaquer des places, et l'on peut dire que le premier siège que vous avez fait a été le premier siège régulier que l'on ait vu en France.
[Mais, monseigneur, parmi les acclamations et les honneurs que vous recevez de tous côtés, permettezmoi de vous faire de très-humbles remontrances, et trouvez bon, s'il vous plaît, que de la part de tous vos bons amis je vous supplie de vous corriger d'un défaut dont tout le monde vous accuse, qui est de vous exposer au péril beaucoup plus qu'il n'est nécessaire, même pour l'ostentation. Vous qui ne voudriez pas hasarder sans nécessité les moindres soldats, épargnez un peu leur général ; et ayant, comme vous avez, toutes les louanges d'un grand chef d'armée, ne cherchez pas celles d'un volontaire. De la même sorte que vous ferez tout ce qui vous sera possible pour conserver au roi les places que vous lui aurez gagnées, ayez soin de lui conserver aussi celui qui les a su prendre, et suivant 1. 2^
S90 LETmSS Dfi VOITURE.
en toutes chostîs Tordre , la discipline du (eu prince d'Orange» ne tâchez point d*èlre plus vaillant que lui. S'il eût fait comme vous faites, il f&t, possible, demeuré dans Tun de ses première exploita, et si, au contraire, le roi de Suède n'eût pas suivi une façon de faire la guerre si hasardeuse, pcut«étre qu'à Theure que nous parlons il prendroit Lisbonne ou Séville, au lieu qu'on joue à cette heure des comédies de sa mort dans Madrid ' . C'est un malheur que ceux qui ne s^irent de rien dans le monde voudroient n'en sortir jamais» et font tout ce qu'ils peuvent pour y demeurer longtemps, là où ceux qui y pourroient être utiles, et qui valent le mieux» ont pour l'ordinaire moins de soin de s'y conserver. La vie qui, possible d'elle-même, n'est pas estimable, et que la philosophie m^ au r^g des choses indifférentes, doit être désii^ comme un moyen à faire de grandes dioses, et, sans mentir, monseigneur, si vous n'aimez pas la vôtre davantage» vous n'aimez pas votre pays. Conservez-vous donc, mon-
* « Le s du courant finit la comédie iaiUulée la ATofl du roi de Suède,, qai a été jonéo dans la wlle imbliqae dé celte vtlte, doose jours durant, à deux repréientatioos par joar t U roi «t la reine d'Espagne étant venus de deux lieues d'ici, pour y assister dès le commencement, et à leur exemple tous ceux qui ne vouioient pas être déclarés hiuteurs d'hérétiques. Vrai est que le Conseil de Gastllte là repurgea le ntnné Jour de quelques faMes quf passoient les flatteries ordinaires. G'étoit une «erveHIe des niTliseiiieiits que sentoit la cour do pouvoir regarder sans crainte sur le théâtre ceux qui lui font si grand peur en la campagne » {Gaseue de France. — De Madrid, le 12 février 1633.)
M. de Monraerqué fait observer avec raison que l'on ne pouvait imprimer ceci dans Voiture da vivant de la reine.
seigneur, pour venir ici jouir en repos de la plus gmnde et de la plus haute gloire que vous ayez encore eue. 11 n*y a point de contentement ni de joie que vous ne deviez attendre cet hiver à Paris. Rien ne vous os^roit plus résister; il n'y a point de place qui osât espérer de se pouvoir défendre contre vous, et toutes celles qui n'ont pas plus de cinq bastions se rendroient à la pre« naière sommation. Regardez combien il y en a qui n'en ont pas tant, et qu'il y auroit plaisir de gagnera Tout de bon, non-»seulement vous y êtes plus estimé de tout le monde, mais auçsi plus aimé et plus désiré que jamais, et je vous en réponds sur ma vie, que j'aime comme un moyen à faire de grandes choses.
Après vous avoir fait lire sept grandes pages, il seroit raisonnable que je me tusse, et en écrire davantage sera sans doute vous ennuyer; mais comme je voulois fermer ma lettre, je viens de recevoir la vôtre, et je ne puis pas m'em pécher, monseigneur, de vous rendre trè»humbles grâces de l'honneur qu'il vous a plu me faire. C'étoit mon dessein d'aller au camp del4indrecies et je ne l'avois dit à personne pour vous surprendre; mais Monsieur arriva ici qui m^arrèta. N'étant pas sorti de Paris depuis un an pour le suivre, je craignis de lui déplaire si j'en partois comme il y arrivoit» et j'eua peur qu'il ne trouvât mauvais que je fusse plus vail-* lant que tout le reste de sa maison. A cette heure, monseigneur, qu'il n'y a plus de hasard, je le ferois encore plus librement; j'irois volontiers cajoler la fille
* On aur« trouvé oet i trop gsi pour avoir été adroMié à no eartlinal
du gouverneur, et je serois bien aise d*all^ jouir de vos conquêtes. Mais ', Monsieur s'en va à Blois; il m'a oonunandé d'aller avec lui, et je m'en suis excusé sur des affaires très-importantes, que je lui ai fait entendre que j'ai ici. Ces affaires très-importantes, c'est un àége que j'ai commencé d'une place assez jolie et fort bien située; j'en ai fait la circonvallation à la mode de Hollande et à la vôtre» et Picolomini ne me sauroit empêcher de la prendre. Les choses étant si avancées, il me déplairoit extrêmement de lever le siège : car, entre nous autres conquérants, cela est fâcheux.