A MONSIEUR COSTAR
De Rome, le 15 décembre 1638.
Monsieur, j'étois hier logé dans un des plus beaux palais du monde. J'avois pour mon appartement une grande salle, deux antichambres, une chambre tapissée de tapisseries relevées d'or, et j'étois servi avec vingt ou trente ofliciers ; et aujourd'hui je suis dans une des plus méchantes hôtelleries où j'aie jamais été de ma vie, et je n*ai plus qu'un valet pour me servir. Pour me consoler d*un si grand changement de fortune, et faire que je sois aujourd'hui aussi heureux que j'étois hier, j'ai demandé de l'encre et du papier et je me suis mis à vous écrire. Que je meure si parmi les honneurs que j'ai reçus dans le personnage que je viens déjouer, et les divertissements que l'on m*a fait avoir , j*ai eu tant de plaisir que j'en ai à cette heure ! Outre la joie que j'ai de vous entretenir, je suis bien aise encore de vous faire voir que ce n'étoit pas le grand profit que je faisois de changer mes lettres avec
' Pierre Costar, né à Paris en 1603, mourut le IS mai 1660. Tailemant a donné son Hisîorieue, t. VU, p. 1. — Voyex, au t. 11 , la lÀ»iTe«poQ(lance de Voiture avec Costar,
A l'évéque de LISIEVX (1639). 319
les vAtr68 qui me faisoU entretenir ce commerce, puisqii'à cette heure que je ne puis avoir de réponse, je ne laisse pas de prendre plaisir à vous écrire et à vous assurer de la passion que j'ai de vous servir. Elle est, je vous jure, aussi grande que vous le méritez, et que le mérite Taffection que vous avez pou^moi. J'espère partir de Rome dans trois semaines; et si je trouve un vaisseau, je m'embarquerai pour Marseille. Vous qui connoissez si bien les vents ', si vous avez quelque autorité sur eux, je vous supplie de les enfermer tous en ce tempe-là, prmter iapyga. Hais celui«>là, il n*y a pasde danger qu'il soit un peu fort. J'aime mieux voir la mer un peu grosse et aller un peu vite , car j'ai hâte de retourner à Paris et de vous y revoir. Je suis , etc.