‹ Œuvres: lettres et poésiesChapitre 116 sur 134 · II · texte numérisé non relu

II

290 POÉSIES toE VOITURE.

Mais vous, de «es désirs unique et belle reine. Où cette ême se pkît comme eh son paradis^ Faites ^'elle retourne, et qae je la reprenne Sur ces mêmes œillets, où lors je la perdis.

Je confesse ma faute, au lieu de la défendre; Et triste, et repentant d'avoir trop entrepris. Le baiser que je pris, je suis prêt de le rendre. Et me rendez aussi ce que vous m'avez pris.

Mais non, puisque ce Dieu, dont l'amorce m'enfaittilie. Veut bien que vous l'ayez, ne me ie tendsi point; Mais souffrez que mon corps se rejoigne à moB ime, Et ne séparez pas ce que nature a joint.

(Sar le m&ne sujet. )

Lorsqu'avecqne deux moîts, que vGm daignâtes dire. Vous sûtes arrêter mes peines pour jatmis.

Et qu'après œ'avoir fait endurer le martyre.

Vous m'ouvrîtes les cieux et me mîtes en paix :

Mille attraits, dont encor le souvenir me touche. Couvrirent à mes yeux votre extrême rigueur; Tous les charmes d'amour forent sur votre bouche, Et tous sœ traits aussi passèrent «en mon coeur.

Vous prîtes tout à coup une beauté nouvelle.

Toute pleine d'éclat, de rayons et de feiix.

Bons dieux ! ah ! que ce soir mes yeux vous virent belle ! Et que vos yeux ce soir me virent amoureux!

Le pasteur qui jugea les trois déesses B»es, Ne vit point à la fois tant de chariaes secrets.

STANCES. 2Sa

De divines beautés^ de grâces inconnues.

Que j'en vis éclater en yos moindres attraits.

Je crois qu'en ce moment la reine de Gythère Sans pas un de ses fils se trouva dans les cieux; Et que tous les amours abandonnant leur ïoère, Ëtoient dedans mon âme> ou bien dedans vos y^ux.

Ils brilloient dans vos yeux, çt brûloient dans mon âme. Perçant d'un si beau feu les ombres d'alentour. Que je vivois heureux, au milieu de la flamme! Et que j'avois de joie, aussi bien que d'amour!

Depuis, ils ont toujours gardé la même place. Admirant vos beautés et mon extrême foi; Et quoi que vous fassiez, Amiiite, ou que je fass^. Je les vois tous en vous, et je les sens en moi.

Eux qui faisoient brûler le ciel, la terre et l'onde, Avecque tous leurs feux embrasent mon désir.

Et laissent en repos tout le reste do monde.

Pour me faire la guerre avec plus de loisir.

Tandis qu'ils vont doublant mes peines ngoureuses. Tous les autres captifs ont du soulagement; Et l'air n'est plus troublé de plaintes amoureuses, De pleurs, ni de regrets, que par moi seulement.

Écho ne languit plus d'une flamme inutile ; Daphné ne brûle plus le bel astre du jour; Et si le cours d'Alphée est encore en Sicile, Ce n'est que par coutume, et non pas par amour.

Diane aux yeux de Pan n'a plus rien d'estimable; Neptune n'aime plus les nymphes de la mer; Et comme en l'univers vous êtes seule aimable, Je suis le seul aussi qui sache bien aimer.

Sor 88 maîtresse rencontrée en habit de gai^n, nu soir de

Carnaval'.)

Je sens au profond de mon âme Brûler une nouvelle ilamme> Et laissant les autres amours Qui tenoient mon âme en altère^ J'aime un garçon depuis trois jours^ Plus beau que celui de Cythère.

Si le but de cette pensée A ma conscience offensée^ J'en ai déjà le châtiment :

Car le feu qui brûla Gomorrhe Ne fut jamais si véhément Que celui-là qui me dévore.

Mais je ne crois pas que Ton blâme L'amoureuse ardeur dont m'enflamme Le bel œil de ce jouvenceau; Ni qu'aimer d'une amour extrême Ce que Nature a fait de beau Soit un péché contre elle-même.

Un soir que j'attendois la belle Qui depuis deux ans m'ensorcelle y Je vis comme tombé des cieux Ce Narcisse^ objet de ma flamme ; Et dès qu'il fut devant mes yeux^ Je le sentis dedans mon âme.

Sa face riante et naïve Jetoit une flamme si vive^ Et tant de rayons alentour,

' Anléricure à 1633. Voyez t. I, p. Il5.

Qu'à réclat de cette lumière Je doutai que ce fût rAmour Avecque les yeux de sa mère.

Mille fleurs fraîchement écloses.

Les lis^ les œillets et les roses Couvroient la neige de son teint.

Mais dessous ces fleurs entassées.

Le serpent dont je fus atteint Avoit ses embûches dressées.

Sur un front blanc comme Tivoire, Deux petits arcs de couleur noire Ëtoient mignardement voûtés; D*où ce Dieu qui me fait la guerre, Foulant aux pieds mes libertés.

Triomphe sur toute la terre.

Ses yeux, le paradis des âmes.

Pleins de ris, d'attraits et de flammes, Faisoient de la nuit un beau jour :

Astres de divines puissances.

De qui l'empire de l'amour Prend ses meilleures influences.

Surtout il avoit une grâce.

Un je ne sais quoi qui surpasse De l'amour les plus doux appas.

Un ris qui ne se peut décrire.

Un air que les autres n'ont pa$.

Que l'on voit, et qu'on ne peut dire.

Parmi tant d'ennemis rendue, Ma liberté mal défendue Fut sous le joug d'un étranger; Mon cœur se rendit à sa suite, Et dans le fort de ce danger Ma raison se mit à la fuite.

2vJ.

Sans le connoitre d&vantegey Ma volonté lui fit hommage De tout ce qu'elle avoit en nain; Mais du méchant Tâme inconstante Me trompa dès le lendemain^ Et me frustra de mon attente.

Plein de dépit et de colère^ Soudain je m'en devois défaire^ Apprenant par cette leçon Qu'il n'avoit point d'arrêt en l'âme^ Et que, sous l'habit d'un garçon, 11 portoit le cœur d'une femme.

Toutefois, malgré cette ii^ure.

J'en pris un plus heureux augure; Et je n'eusse pu croire alors Que le ciel dont il fut l'ouvrage.

Sous le voile d'un si beau corps, Eût mis un si mauvais courage.

Mais sa malice découverte S'est reconnue avec ma perte.

Car depuis on ne Ta pu voir :

Le perfide a gagné la fuite.

Tenant mon cœur en son pouvoir, Avec ma liberté séduite.

Gagné d'une sorcière flamme^ J'avois misâtes clefs de moin âme En la garde de ee voleur ; Mais d'une malice funeste. M'en ayant ravi le meilleur.

Il mit le feu dedans le reste.

Mais je l'aime, et quoi qu'il fasse.

Je voudrois revoir cette face.

Ce chef-d'œuvre tant estimé.

8TANGES, nS

OÙ le ciel tout 8op mieux asaenble; Et depuis j'ai toigoars aimé Une fille qui lui ressemble.

Avec les traits de son visage Elle a sa taille et son corsage^ Sa voix^ son port et sa façon^ Son doux ris^ son adresse extrême ; Enfin, sous Thabit d'un garçon.

Je Taurois prise pour lui-même.

Ses yeux savent les mêmes charmes; Elle use de pareilles armes Avec tous les mêmes attraits; Et crois, tant elle lui ressemble.

Qu'elle lui touche de bien près.

Et qu'ils sont alliés ensemble.

Elle connoit bien, {a méchante, La cause du mal qui m'enchante Et qui me retient en langueur; Et sans doute elle pourroit dire Quelque nouvelle de mon cœur.

Et de celui qui le retire.

Car, sans avoir d'autre apparence.

Je jurerois en assurance, A voir son visage assassin Et son œillade cauteleuse.

Qu'elle a sa part en ce larcin.

Et qu'elle en est la receleuse.

Amour, petit dieu qui disposes Du règlement de toutes choses. Et qui fais entendre tes lois Par toute la machine ronde.

Fais-moi justice à cette fois.

Toi qui fais droit à tout le monde*

Fais-moi raison de Finhumaine Qui retient mon cœur à la gêne^ Sans espérance d'avoir mieux; Mais surtout ne vois pas la belle :

Car si tu regardes ses yeux.

Je sais que tu seras pour elle.

La mauvaise me tient ravie Mon âme, mon cœur et ma vie :

Car chez elle se vint sauver tiC voleur de cette dépouille; Mais j'espère tout retrouver.

Si tu permets que je la fouille.

(Pour Minerve en an ballet \)

Vous qui chassiez de votre cour Toutes les mollesses d'amour.

Et les feux dont il se conserve , D'où vous sont ces attraits venus?

Et depuis quand, belle Minerve, Avez-vous les yeux de Vénus?

Les Grâces qui suivent toujours La douce mère des Amours, Vont à vous comme à la plus belle; Même ce dieu qui sait voler.

S'il vous voyoit mise auprès d'elle.

Ne sauroit à laquelle aller. *

Si vous eussiez eu ces appas.

Lorsque vous vîntes ici-bas Vous faire voir aux yeux d'un homme, Sans quitter le séjour des çieu%^

> M>"« de Saintot (T.),

Vous eussiez remporté la pomme^ Au jugement de tous les dieux.

Vos charmes ont plus de pouvoir^ Que ceux que nous venons de voir Dans l'enchantement d'une coupe; Us sont bien plus forts et plus doux^ Et je ne sache en cette troupe D'autre enchanteresse que vous.

Cette Gircé, dont les démons Aplanissent l'orgueil des monts^ Qui remplit la terre d'alarmes Et renverse l'ordre des cieux, A dans ses livres moins de charmes Que vous n'en avez dans vos yeux.

Elle peut le monde troubler.

Elle fait les astres trembler.

Et bride le cours de la lune ; Mais vous, d'un pouvoir sans pareil.

Dans le milieu de la nuit brune, Vous nous faites voir un soleil.

Mille rayons ensorcelés Sortent de vos yeux étoiles.

Qui percent sans faire ouverture; Et redoutée en toutes parts.

Vous faites branler la nature.

Par le moyen de vos regards.

Aussi faudra-t-il désormais Qu'elle vous cède pour jamais ; Car, plus docte magicienne, Vous méritez le manîment D'une autre verge que la sienne.

Et qui charme plus puissamment.

2M POÉSIES hE VOITURE.

Je me meurs tous les jours en adorant Sylvie! Mais dans les maux dont je me sens périr>

Je suis si contât de BM)urir, Que ce plaisir me redonne la vie.

Quand je songe aux beautés^ par qui je suis la proie De tant d'ennuis qui me vont tourmentant^

Ma tristesse me rend content^ Et fait en moi les effets de la joie.

Les plus beaux yeux du monde ont jeté dans mon âme Le feu divin qui me rend bien heureux;

Que je vive ou meure pour eux.

J'aime à brûler d'une si belle flamme.

Que si dans cet état quelque doute m'agite, C'est de penser que dans tous mes tourments

J'ai de si grands contentements.

Que cela seul m'en ôte le mérite.

Ceux qui font en aimant des plaintes éternelles. Ne doivent pas être bien amoureux.

Amour rend tous les siens heureux, Et dans les maux couronne ses fidèles.

Tandis qu'un feu secret me brûle et me dévore. J'ai des plaisirs à qui rien n'est égal.

Et je \ois au fort de mon mal Les cieux ouverts dans les yeux que j'adore.

Une divinité de mille attraits pourvue

Depuis longtemps tient mon cœur en ses fers;

Mais tous les maux que j'ai soufferts.

N'égalent point le bien de l'avoir vue.

{FoarM*>*â'iigaiUon.)

« La terre brilla&te de fleurs^ Fait éclater mille ccMiiéurs D'aujourd'hui seulement tonnuïes.

L'astre du jour, en souriant.

Jette sur la face des nues L'or et l'azur dont il peint l'orient.

a Le ciel est couvert de saphirs, Les doux et gracieux zéphirs Soupirent mieux que de coutume ; L'aurore a le teint plus vermeil^ Et semble que le jour s'allume D'un plus beau feu que celui du soleil.

« Les oiseaux aux chiarmantes voix, Mieux que jamais dedans ees bois.

Se font une amoureuse guerre.

Sans doute, la troupe des dieux A quitté le cîel pour la terre, Ou la divine Oronte est en ces lieux :

« Oronte, dont les yeux vainqueurs Ont assujetti mille cœurs, Dont elle refuse l'hommage; Qui naissant a reçu des cieux Toutes les grâces en partage.

Et les faveurs des hommes et des dieux.

« Par la force de ses attraits.

Ces vieux troncs, ces noires forets, Ressentent l'amoureuse flamme :

* Voytz 1» I, p» 240.

Tout cède à des charmes si chers.

Et ses yeux qui nous ôtent l'âme.

D'un seul regard la donnent aux rochers. »

Ainsi sortant de Fontenay, Dedans le chemin de Goumay, Faisant des vers à Taventure, Suivant l'humeur qui Temportoit, L'insensible et le froid Voiture, Parloit d'amour, conune s'il en sentoit.

Les nymphes des eaux et des bois.

Écoutant sa dolente voix, Ne purent s'empêcheijde rire; Mais un Faune qui l'entendit.

Aux dryades se prit à dire :

« Possible est-il plus vrai qu'il ne le dit. d

(Pour Mlle de Bonrbon?)

Belle déesse que j'adore.

Ne pleurez pas si longuement ; Si les perles se font des larmes de l'aurore. Vous perdrez un trésor bien inutilement.

Ces larmes me rendroient trop heureux et trcTp riche

Si vous les répandiez pour moi :

Vous perdrez pour une babiche, Des pleurs qui suftiroient pour racheter un roi.

Celle qui vous ressemble, hormis qu'elle est moins belle. Et qui dedans le ciel s'appelle Du nom qui vous convient si bien.

Jette quelques soupirs de sa divine bouche,

Et pleure les matins en sortant de sa couche;

Mais c'est pour un amant, et non pas pour un chien.

Si TOUS voulez pleurer comme elle, Il faut devenir moins cruelle :

Employez mieux votre amitié.

Et pleurez sur tant que nous sommes; Mais d'une bizarre pitié Ne pleurez pas les chiens, tous qui tuez les hommes !

(A la loaange d'un soulier d'une dame'.)

Moi, qui fut pris ce carême Et qui me vis au pouvoir D'un beau soulier jaune et noir.

Que j'aimois plus que moi-même.

Je suis maintenant en feu Pour un soulier noir et bleu.

Comme un criminel qu'on mène Où son destin Ta réduit, A la Bastille conduit Sortant du bois de Vincenne :

Ainsi mon cœur prisonnier Va de soulier en soulier.

Le pied, qui cause ma peine Et qui me tient sous sa loi.

Ce n'est pas un pied de roi.

Mais plutôt un pied de reine :

Car je vois dans TaTenir Ou'U le pourra devenir *.

Sur ce beau pied la nature.

Admirable en ses effets,

' M"» d'Aiguillon (T.). — Mss, de Conrart, t. X, p. 1075.

' Allusion au projet qu'avait formé Richelieu de marier sa nièce à Monsieur, après a?oir fait rompre son mariage avec la princesse de Lorraine.

A SU bâtir un palais

De divine architecture^

Où se trouvent tous les dieux

Mieux logés que dans les cieux.

C'est un grand temple d'ivoire Plein de grâce et de beauté^ En quelque lieu marqueté D'une ébène douce et noire.

Qui sert en ce lieu si beau Comme d'ombre eu un tableau.

Deux flambeaux incomparables, Plus brillants que le soleil^ Par un éclat sans pareil Et des rayons favorables, Rendent les lieux d'alentour Pleins de lumière et d'amour.

La nef de cet édifice

Est pleine d'un jour très-pur,

Mais le cbœur en est obscur

Et fait par tel artifice.

Que les yeux les plus perçants

Ne pénètrent point dedans^

Tout ce que la terre et l'onde Produisent de précieux, Tout ce qu'on voit dans les cieux Et qui paroît dans le monde.

Est fait imparfaitement Au prix de ce bâtiment.

Mais un personnage antique, Parent de Nostradamus, M'a dit en termes confus , Que ce temple magnifique.

Pour être plus exhaussé^ Sera bientôt renvenié.

XIU.

(A ane demoiseUe qui avait les manches de sa ehemiae retroassées

et sales^}

Yous^ qui tenez incessamment Cent amants dedans votre manche^ Tenez-les au moins proprement Et faites qu'elle soit plus blanche.

Vous pouvez bien avec raison.

Usant des droits de la victoire.

Mettre vos galants en prison.

Mais qu'elle ne soit pas si noire.

Mon cœur, qui vous est si dévot.

Et que vous réduisez en cendre.

Vous le tenez dans un cachot.

Gomme un prisonnier qu'on va pendre.

Est-ce que brûlant nuit et jour.

Je remplis ce lieu de fumée.

Et que le feu de mon amour En a fait une cheminée?

(Sar une dame dont la jnpe fut retroussée en versant dans un

carrosse à la campagne '.)

Philis, je suis dessous vos lois, Et sans remède'à cette fois

* Un jour que Voilure étoit à table à Thôtel de Rambouillet, il fit ces vers pour une demoiselle du logis qui étoit vis-à-vis de lui ( T.).

^ Mil« de Marolles, qui épousa depuis le flis aîné du duc de

Mon âme est votre prisonnière , Mais sans justice et sans raison Vous m'avez pris par le derrière :

N'est-ce pas une trahison?

Je m'étois gardé de vos yeux; Et ce visage gracieux Qui peut faire pâlir le nôtre^ Contre moi n'ayant point d'appas^ Vous m'en avez fait voir un autre De quoi je ne me gardois pas.

D'abord il se fit mon vainqueur^ Ses attraits percèrent mon cœur^ Ma liberté se vit ravie ; Et le méchant^ en cet état^ S'étoit caché toute sa vie Pour fahre cet assassinat.

Il est vrai que je fus surpris; Le feu passa dans mes esprits.

Et mon cœur autrefois superbe, Humble se rendit à l'amour.

Quand il vit votre eu sur l'herbe Faire honte aux rayons du jour. .

Le soleil, confus dans les cieux.

En le voyant si radieux, Pensa retourner en arrière, Son feu ne servant plus de rien; Mais, ayant vu votre derrière, Il n'osa pas montrer le sien.

En découvrant tant de beautés.

Les Sylvains furent enchantés;

Duras. C'est le bossu et Tuîné des Brancas (T.). Voyez aussi Bi»torieU€9j t. Vlll, p. 222.

Et Zéphire^ voyant encore D'autres appas que vous avez.

Même en la présence de Flore, Vous baisa ce que vous savez.

La rose, la reine des fleurs.

Perdit ses plus vives couleurs; De crainte Toeillet devint blême.

Et Narcisse, alors convaincu.

Oublia l'amour de soi-même Pour se mirer en votre eu.

Aussi rien n'est si précieux :

Et la clarté de vos beaux yeux.

Votre teint qui jamais ne change.

Et le reste de vos appas Ne méritent point de louange.

Qu'alors qu'il ne se montre pas.

On m'a dit qu'il a des défauts Qui me causeront mille maux :

Car il est farouche à merveilles; 11 est dur comme un diamant ; 11 est sans yeux et sans oreilles.

Et ne parle que rarement.

Mais je l'aime, et veux que mes vers Par tous les coins de l'univers En fassent vivre la mémoire.

Et ne veux penser désormais Qu'à chanter dignement la gloire Du plus beau eu qui fut jamais.

Philis, cachez bien ses appas :

Les mortels ne dureroient pas Si ces beautés étaient sans voiles.

Les dieux qui régnent dessus nous,

306 1>0ËSIES DE VOITURE.

Assis là-haut sur les étoiles.

Ont un moins beau siège que vous.

Page 1