‹ Œuvres: lettres et poésiesChapitre 120 sur 134 · XXXV · texte numérisé non relu

XXXV

cinq ou six fois cette nuit en dormant.

Je vous ai vue en un accoutrement.

Au prix duquel rien ne me sauroit plaire; La jupe étoit d'une opale très-claire.

Et votre robe étoit un diamant.

Rien n'est si beau dessous le firmament ; L'astre du jour brille moins clairement, Et vous passiez sa lumière ordinaire Cinq ou six fois.

Que le sommeil nous trpmpe vainement!

Par aventure, en ce même moment.

Vous vous trouviez en état bien contraire ; Mais à propos, comment va cette affaire?

Avez-vous bien été tout doucement.

Cinq ou six fois?

Pour Mlle de Bourbon, qui avoit pris médecine (T.).

Si haut je veux louer Sylvie, Que toute autre eu meure d'envie :

Sa personne est pleines d'app^s^ Les amours naissent sur ses pas.

Et c'est par eux qu'elle est servie.

De cent vertus elle est suivie.

Son cœur tient mon âme ravie.

Et les conquérants ne l'ont pas Si haut.

Quoique mon amouf m'y convie, Ma langue au secret asservie N'ose parler d'un certain cas; Je dirai seulement tout bas.

Que je n'en vis un de ma vie Si haut.

XXXVÏI.

Pour le moins votre compliment M'a soulagé dans ce moment; Et dès qu'on me l'est venu faire, J'ai chassé mon apothicaire. Et renvoyé mon lavepient.

Vous m'avez guéri promptement:

Vos mots coulent si doucement.

Que chacun d'eux vaut un clystère.

Pour le moins.

Vous me deviez ce traitement :

Car je vous aime uniquement ; Et même depuis cette affaire,

ROKDfiAUX. d23

C'est uri peu plus qu'à rordinâife :

CelA veut dire infidiinent^ Pour le moins.

On me Ta dit^ mademoiselle^ Que tous t)08 cœurs tous retenez.

Pensea-Tous pour votre beau nez, Mettre sur nous une gabelle?

Vous êtes fort bonne et fort belle, Et crois que vous êtes pucelle, On me Ta dit.

Mais il faut être moins moins rébelle, Et ne point faire de querelle Aux amants que vous surprenez :

Vous en tenez d'emprisonnez, fit vous leur êtes trop cruelle, On me Ta dit.

En cas d'amour, il ne faut j^amais être Foible ni lent; mais faut toujours paroître Prompt, vigoureux, soumis entièrement.

Pleurer, gémir, servir fidèlement.

Donner beaucoup, et de peu se repaître.

Quant est de moi, si je me sais connoître.

N'étant avare, audacieux, ni traître, Je devrois bien réussir aisément, En cas d'amour.

J'ai quelque esprit, et l'on me tient grand maître En ces poulets que les amants font naître; Je fais des vers assez passablement.

Et quelquefois je parle galamment; Mais après tout^ je suis un pauvre prêtre^ En cas d'amour.

Si vous vouliez qu'on vous parlât d'amour^ Je vous ferois cent rondeaux chaque jour :

Car je vous aime^ et mon âme dolente Toutes les nuits est pour vous miaulante.

Et l'on l'entend en chaque carrefour.

Vous pouvez tout sur monsieur de Tricour, Et Ton m'a dit que monsieur de Beaujour^ Pour votre amour auroit l'âme brûlante.

Si vous vouliez.

Les deux beautés qui régnent au faubourg.

Et celle-là du Petit-Luxembourg, N'échauffent point mon humeur froide et lente ; Mais de vos yeux l'ardeur étincelante M'embraseroit, cela s'entend toujours, Si vous vouliez.

« XLH.

Je ne saurois faire cas d'un amant Qu'autre que moi gouverne absolument :

* Réponse à un rondeau de M. de Monlausicr, t\n} eoRinien'

çoU :

Je ne saurois, etc.

Ces quatre vers étoient au bas :

Ne prenez pas le mot d*amant,

Belle Rambouilleti à la lettre: *

Il ne -veut dire que galant,

C*est la rime qui Ta fait mettre. (T.)

Voilure , suivant son usage , répondit pour W^^ de Rambouillet.

Car chacun sait que j'aime trop l'empire.

Ce n'est ainsi qu'il me falloit écrire ; Vous n'y savez que le haut allemand.

Je veux qu'on soit à moi parfaitement, Et, quand je fais quelque commandement, Je n'entends pas que Ton me vienne dire :

Je ne saurois.

Je vous rendrai le même compliment ; Et quelque jour quand voudrez longuement Veiller ici, je vous dirai sans rire :

Ma mère entend que chacun se retire ; Ne pensez pas m'arrêter un moment; Je ne saurois.

L'amour, qui de tous sens me prive.

Fit ma raison votre captive :

Quand un soupçon pris par malheur Me comhla l'esprit de douleur Et d'une tristesse excessive.

Une humeur jalouse et craintive Se mit dans mon âme plaintive.

Et pensa chasser de mon cœur L'amour.

Mais si jamais cela m*arrive.

Je consens que l'on me poursuive Par toute sorte de rigueur.

Je ne veux plus vivre en langueur :

Meure la jalousie, et vive L'amour.

Page 1