A MONSEIGNEUR LE DUC d'eNGHIEN
Monseigneur, Votre Altesse n*a rien fait en toute cette campagne de si hardi, que ce que je fais à cette heure: car sachant à quel point vous êtes délicat, et combien il y a peu de lettres qui vous plaisent, j'entreprends de vous en faire une, sans avoir rien de bon ni de plaisant à vous dire. [Voyez, monseigneur, si ce u*est pas bien m*exposer] ? Que je meure, si je n'aimerois mieux être obligé à tuer six hommes de ma main, oui, à me tenir auprès de vous, quand vous repoussez une sortie des ennemis. J'avois résolu, plutôt que de vous écrire une lettre ordinaire, de ne vous écrire point du tout, qui eût été, sans doute, le plus court et le meilleur. Mais M™* de Montausier * , que j'ai consultée là-dessus, m'a dit que je ne m'y jouasse point, que vous n* étiez pas un homme à qui il fallût manquer, et qu'assurément, vous m'en voudriez mal dans votre cœur. Or, monseigneur, d'être mal dans ce cœur, dont toute la terre parle, je vous avoue que je n'ai osé m'y hasarder. Cette crainte a surmonté l'autre qui me retenoit, et j'aime mieux vous laisser voir que j'ai moins d'esprit que vous n'avez pensé, que de vous donner lieu de douter que je manque de zèle et de respect pour vous. Et certes, il seroit bien étrange que moi, qui ai toujours aimé Achille et Alexandre, que je n'ai jamais vus ni connus, et pour les choses seulement
' Mss, cte Conrari, p. 175.
> MU« de Ramboaillet : ?oyei p. 29, note 2.
AU COMTE D'aVALX (1645). 29
que j'en ai lues, manquasse de passion pour Votre Altesse, de qui nous voyons tous les jours tant de merveilles, et dont j'ai reçu tant d'honneurs et tant de grâces. Je vous assure, monseigneur, que les sentiments que j'ai pour elle sont au point où ils doivent être, et que je ne puis exprimer ni le plaisir ni la peine [que j'ai des choses que j'en... *].