II
L'amour^ et Climène^ et ses flammes, Dont les moindres brûlent tant d'âmes.
Cependant; malgré mon malheur.
Je me trouve en quelque faveur :
Deux ou trois fois Son Éminence M'a fait jouir de sa présence; Je parle à monsieur de Noyers; Je suis fort connu des huissiers^ Et mêmement depuis naguères J'ai vu le roi dans ses affaires :
MaiS; pour ne vous pas décevoir, La chrétienne est plus belle à voir.
Enfin, quoi que Ton puisse faire, Ce pays ne me sauroit plaire.
Et rien ne me peut divertir Que l'espérance d'en sortir.
Quelquefois, pour tromper ma peine.
Je m'en vais rêver dans la plaine ; Là, me promenant le matin Sur la marjolaine et le thym. Je vois l'aurore avec ses perles Qui réveille le chant des merles (J'aurois nommé leruUegnor^, Mais il ne rimoit pas, senor).
Et vois les changeantes opales, Les jacynthes orientales Que le jour sème à son réveil Sur la carrière du soleil.
Qui fait en ces lieux son entrée Plus belle qu'en nulle contrée.
Mais quoiqu'il y dore les cieux De son or le plus précieux.
Qu'il y paroisse sans nuage Et qu'il y brille davantage.
Quelques rayons qu'il puisse avoir,
t Le roBBignol (T.).
La chrétienne e&t plus belle à voir :
Plus belle et de couleurs plus vives Que lui^ ni que Juifs^ ni que iuives; Plus que le bon comte d'Alais^ Gomme on le voit dans son palais; Plus que ni roi^ ni roc, ni reine^ Et plus que tout^ hormis Glimène.
Au reste, ne soyez en peine, Cherchant qui j'entends par Glimène :
Car vous n'y perdrez que vos pas, Et le diable ne le sait pas.
(Réponse pour M<"<» de Ramboaillet'. )
( IlfÉDITB^.)
La nature a mis de grands charmes En la vertu de quelques carmes. Non pas de Garmes déchaussés, Mais de carmes doux et lissés Tels que Ton voit toujours les vôtres.
Quelque paresseux que je sois.
Les ayant lus deux ou trois fois,
' Ms$, de Conrart, t. X, p. 111 3.
' L'on était à ChaDtilly, et)*on s'écrivait, comme de coutume, force lettres en yers. U^^ de LongueviUe, et tonte cette jeune et ingénieuse société dont elle était l'âme, en firent une à Mme de Rambouillet, que Je suis obligé de citer en entier, pour rintelligence de la réponse :
< Par mt foi, quoi qu^on puisse dire, loi nous ne faisons que rire, Et d*aiûourd*hui jusqu*à huit jours, On croit qu^ou y rira toujours.
Ici, pas un ne porte envie Aux plus doux plaisirs de la vie Que vous psssez dedans Paris; Nous ne songeons plus aux Cloris ; Nous nous moquons des diadàmes ; NoBS méprisons les tnathèaiet.
Et pour un fromage moisi.
Nous abandonnons la Choisy,
376 POÉSIES DK VOITURE.
Il m'a pris tout soudain en^ie De vous écrire, qu'en ma vie Je n'en vis de si bien tournés, Si galamment imaginés^ Ecrits d*une si belle sorte Ni d'une manière aussi forte :
Je vous dis mon vrai sentiment,
Ses jeux, SCS festins et sa danse,
Et toute sa magnificence ;
Son bal n'est pour nous qu'un sabbat,
Et ses Guisars, qu'un Bélesbat;
Tous ses jeux qui brûlent la Tille
Sont moins pour nous que croix et pile ;
Et malgré ses beaux entremets,
vivent nos moutons de Beauvais !
Vive Meymac, hors de cadence.
Et Brion, quand il porte lance !
Vive le duc de Chantilly,
Qui vaut bien celui de Milly !
Vive Amauld, qui, 'sans dire gare,
A laissé pour dix jours la Barre !
Vive Metz, avec Préau,
Et du Fay, avec son ormeau !
Vive notre graude Princesse,
En une étemelle jeunesse.
Et qu'un jour son petit parent.
L'aime comme son père grand !
Vivent Julie et Boutteville,
Et par charité, Longueville !
Mais à propos de la grandeur.
Nous souhaitons, pour son honneur.
Que, sans querelle, ni sans brigue.
Vous dansiez au bal quelque gigue.
« Les soins que nous prenons de tous faire part de nos divertissements, et les beaux souhaits que nous faisons pour voué et pour votre belle troupe, vousobligerontsansdoute à nous rendre compte de tout ce qui s'est fait à Paris depuis notre absence : et je vous assure que, quoique la rime nous ait emportés audessus de la raison, nous en conservons toujours assez pour savoir que l'on vous doit aimer au-dessus de toutes choses, et préférer Thonneur de vous voir à tous les autres plaisirs. »
Je ne saurais préciser exactement la date de cette lettre; on volt cependant par la mention de M^ic de Longueville et de M^i* de Boutteville, qu'elle a dû être écrite entre le mariage de la première ( lC42)let Tenlèveraent de la seconde ( |6U].
Mais le diable emporte qui ment !
Cette vérité qui me touche,
Est en mon cœur, comme en ma bouche,
Qui pour rien ne vous mentiroit,
Car le diable m*emporteroit.
Vos vers et votre poésie
M'ont donné de la jalousie.
Et Ton ne verrdit rien de mieux ,
S'ils étoient moins injurieux.
Mais votre verve poétique
Est tant soit peu trop satirique.
Passe pour mépriser Paris,
Et vous moquer de nos Cloris
(Quoique quelqu'une des plus douces
Vous en fera mordre vos pouces).
Encor n'est-ce pas un grand mal
De vous railler de notre bal.
Mais vous moquer des diadèmes,
Et mépriser les anathèmes.
Qu'en diront le pape et le roi?
Vous étiez folies, sur ma foi.
Et peut-être même enragées.
Puis, aller avec la Choisy *
Rimer un fromage moisi.
Est parler d'étrange manière
Et fort mal d'une chancelière,
Chancelière dont les festins
Sont de plus de deux cents bassins.
Encor, pour faire moins d'outrage,
Si vous eussiez dit un fromage
De Milan ou de Roquefort
(Car, pour moi, je les aime fort).
Ou quelque fromage d'Auvergne,
^ Femme de Choisy, chanceUer du doc d'Orléane, et mère de Tabbé de Cboisy, Tauteur des Mémoires, TaUemant a donné ton historiette, t. VU, p. 162.
Cioinme nous en donne i4a Yergne, Ou bien même un fromage mou, Le discours eût été plus dou :
Pardonnez-moi si j'ôte Tesse, La rime est fâcheuse et diablesse»
Et puis je n'ai pas le loisir D'être longtemps à choisir.
Mais vous, ce qui fait votre crime, Vous ne pouviei manquer de rime :
Car vous pouviea avec Ghoisy Rimer joliment Gramoisy S Noisy, Croisy, qui pouvoient faire Un meilleur sens, et moins déplaire.
On doit traiter avec honneur La chancelière de Monsieur :
Car, outre que c'est un beau titre.
Cette dame a voix au chapitre, Mais savez-vous bien quelle voix, Qui se fait ouïr mieux que trois?
Et que vous avait fait son frère ', Si bon, si doux, si débonnaire, Qu'on le prendroit pour un mouton, N'étoit qu'il a barbe au menton.
Barbe noire, barbe à coquille?
Pourquoi faut-il que l'on le pille?
Tout cela m'a fort déplu; mais J'aime vos moutons de Beauvais, Et vos Meymac^ hors de cadence, Et vos Brion ^ qui porte lance,
* Célèbre imprimeur, qui fut le premier directeur de Timprimerie du Louvre fondée par le cardinal de Richelieu ( Note de M. Halphen),
^ Henri Hurault de L'Hôpital , «eigoeur de pele»l>at, frère deM*°<^de Choisy, conseiller, puis maître des requêtes au parlement. Voyez HistùriMes, t. VII, p. 146.
3 Vpyes plus haut, p. S&l.
* Françoia-Christophe de Lé?i, de la màifioii de Veatadoar ,
ÉPITRES £T LEHRëS £N VERS. 379
Et Julie au cœur endurci.
Et j'aime Boutteville ^ aussi ,
Et ne suis pas seul, si je l'aio^e.
Maintes gens d'honneur font de mime.
J'aime aussi ce qu'on dit d'Amauld,
Le pirouetteur sans défaut,
Et rinfante, sa douce amie *,
En ce lieu m'a semblé jolie.
Je trouve à dire seulement.
Que dans un si grand bâtiment,
Où Ton voit tant de chambres vides,
Vous mettiez par ces temps humides
Fay la belle, avec Préau,
En décembre sous un ormeau :
Les voilà chaudement logées
Et fort à propos ombragées I
Si nous les tenions en ces lieux,
Ma foi^ nous les logerions mieux,
Et Tormeau qui couvre ces belles
Seroit mis dans le feu pour elles.
De plus, n'avez-vous pas failli
D'appeler duc de Chantilly
Un duc qu'on pouvoit, pour mieux dire.
Nommer la terreur de TEmpire,
Le vaillant héros de Fribourg,
Le conquéreur de Philipsbourg,
Le renverseur de cent murailles.
Et le grand gagneur de batailles?
Une autre fois, parlez-en mieux,
Et respectez nos demi-dieux.
Vous parlez avec plus d'adresse
De sa mère, notre maîtresse,
eomid de Brion, plus tard duc d'AiAville: il était neven de M»« la Princesse.
' Mtle de Montmorency-Boutteviile. Voyez p. 380, note 3.
^ La présidente de la Barre : ce fut, dit Tallemant, sa dergûâiiterfe. Voyet Hist^rieUes^ t. IV, p» 57.
3S0 POÉSIES IIK VOlTCftË.
En qui la nature et les cieu\ Ont mis tout ce qu'ils ont de mieux.
Que Dieu la conserve et lui donne...
Mais quoi? Tout est en sa personne, L'esprit^ le cœur et la bonté.
Les grâces, avec la beauté.
Qu'il ne fasse donc rien pour elle, Que de la garder toujours telle Qu'elle est; plus ne lui souhaitons.
Mais revenons à nos moutons :
Au lieu d'employer tant de cire.
Tant de plumes à nous écrire.
Et tant d'encre, et tant de papier.
Envoyez-nous en un quartier.
Pour traiter la troupe troublée De n'être pas de l'assemblée.
Saint>Simon ^ n'y fera nul pas; Pons, ni Vigeàn n'en seront pas, Ni Longueville non plus qu'elles :
Car on n'y priera que les belles.
(Épitre à M. deCoIignt^)
Dans les plaisirs qui vous entourent, Et qui de tous côtés accourent Pour vous rendre ici-bas heureux, chevalier aventureux !
Trouvez bon que Ton vous écrive,
< M">e de Saint-Simon, mère de l'auteur des Mémoires.
3 Dandelot, comte de Colignj, puis duc de Chàlillon, à la mort de son frère aîné» l'un des petitS'-maîires du duc d'Enghien, mort en 1649. au combat de la porte Saint-Antoine. Épris d'une ifiTe passion pour W^ de Montmoreucy-BoattoTille, il l'enleva, de son consentement et avec l'appui du duc d'Enghien et de sa sœur, dont elle était une des intimes. Cet enlèvement fit grand brait. Voyes leèUàniorudêM^deM^t'
Et ue VOUS fâchez, s'il arrive Que je trouble votre repos Maintenant par quelque propos.
Tous les biens et toute la joie Que donne amour, quand il octroie Sa grâce aux cœurs qu'il a grevés. Ores, seigneur, vous les avez.
Votre fortune est sans seconde, Et vous êtes l'homme du monde Qui prenez le mieux vos ébats, Si ce n'est que vous soyez las :
Mais si vous êtes las, beau sire, Au moins ce n'est pas de trop lire.
Or, je pense que dans Stenay, Si je l'ai bien imaginé.
Gomme c'est lieu de peu d'affaire, Souvent vous ne pouvez rien faire :
Ainsi je crois que vous pourrez Lire ces vers, où vous verrez De votre dernière aventure Une assez passable peinture , Et sur ce sujet les avis De quelques-uns de vos amis.
Que cette nuit fut claire et belle.
Quand la triomphante pucelle' En qui la nature et les dieux Ont mis tout ce qu^ls ont de mieux, Fut par votre adresse arrêtée Et par vos armes conquêtée!
ievUU, t. I, p. 224-30, et 1 histoire de M. et de VL^^ de Chàtillon dans V Histoire amoureuse des Gaules , par Bussi-Rabutin. Sarrazin, qui composa ane ballade pour célébrer la méthode des enlèvements par amour {Œuvres, 1658, PoisieSf p. 68) fait allusion à l'épître de Voiture dans ml Pompe funèbre ; Comment VeUurius apprenait aux nouveaux mariés <e ^«t s'était passé entre eux U jour de leurs noces, ' M"« de BouUeville (T.}-
382 POÉSIES DE VOITORE.
L'Olympe son firont déyoila, Et tout ce soir étincela.
Malgré Tobtcurité des nues.
D'étoiles au monde inconnues, Parut serein, tranquille et pur, Et se couvrit d'or et d'azur, De cet azur dont il se pare Quand un beau jour il nous prépare.
Le ciel vous vit de tous ses yeux Et vous servit de tous ses dieux.
Jupiter, et Mars, et Mercure Prirent part à votre aventure ; Jupiter, et Mercure et Mars En craignirent tous les hasards, Et vous éclairant de leurs sphères Ils furent tous trois vos Tercères * :
Surtout Mercure volontiers, Car c'est un de ses cent métiers.
Mars, envieux de la Tolère •, Ce qu'il y fit eut voulu faire ; Et Jupiter qui s'échaufifoit.
Tout ce que vous fîtes eût fait.
Il s'échauffoit devant la belle.
Et vous aida pour l'amour d'elle ; Saturne aussi : même l'on dit Que ce soir-là Saturne rit.
Lui que jamais on n'a vu rire Depuis qu'il perdit son empire :
Car, comme vous savez très-bien, Saturne est fort saturnien.
Il sentit pourtant quelque joie, Vous voyant vous et votre proie.
Et Tordre et l'accompagnement
* Têrûtra^ en espagnol, est une entremetleuie w porteuse de poulets (T.).
^ Le nom de celui qui enlevoit ( T.).
Du mémorable eiU^vement, Lorsque^ non contre son envie, La ravissante fut ravie.
Les Grâces^ qui suivent toiyours Le dieu qui préside aux amours^ Les jeunes Ris et TAmour même Et tout ce qui fait que l'on aime.
Les douze Appas ensorceleurs.
Les Attraits qui gagnent les oœurs, Les Plaisirs^ les dQuces Tendresses Et les amoureuses Caresses, Portés sur les ailes du vent^ Chantant Hymen, alloient devant.
Semant mainte rose nouvelle Sur tout le chemin de la belle.
Et mille œillets qui pâlissoient Dès que ses beautés paroissoient.
Le jeune Hymen marchoit ensuite, Qui servoit comme de conduite A votre char qu'il éclairoil, Et qui derrière lui couroit.
L'or de sa blonde chevelure, Son port céleste et sa parure Assez entre tous le marquoit ; Je l'ai su d'un archer du guet Qui cette nuit, non sans alarmes.
Vit vous et tous vos gens en armes, Et me le contoît aujourd'hui ; Mais peut-être il vous prit pour lui K S'il vous prit pour lui, je vous jure.
Seigneur, qu'il vous a fait ii^ure :
Car il valoit mieux en ce lieu
Toutefois les nymphef du lieu, Non sans apparence^ doutèrent Qui de vous deux étoit le dieu.
(Malherbe, Ode m duc de Bellegarde,)
384 POESIES DR VOlflîRK.
Être l*épou\ qu'être le dieu.
Maïs il n'importe qu'il se trompe.
Hymen assistoit à la pompe, Et monta ce soir à cheval (Car je le sais d'original) :
Il animoit toute la troupe^ Et portoit cette nuit en croupe Les vrais et solides plaisirs Qui naissent des justes désirs, Au lieu qu'il porte d'ordinaire Le repentir et la misère^ La jalousie et les ennuis Des longues et fâcheuses nuits.
Sa torche nocière ondoyante, Dans les ténèbres flamboyante, Lançoit mille divins éclairs Dessus la terre et dans les airs.
Marchant devant vous de la sorte.
Il vous conduisit à la porte D'où vous sortîtes de Paris (Ce fut, je crois, de Saint-Denis) ; De là, passant buissons et haies.
Il vous mena jusque vers Claies, En deçà peut-être, ou delà.
Car je ne sais pas bien cela.
Mais ce dieu, comme il est fort tendre, Fut las et contraint de se rendre Dans le carrosse, et cela fit Que le carrosse se rompit :
Car, monsieur, touà ces dieux des fables Sont pesants comme tous les diables :
Ainsi, traversant l'Achéron Hercule fit peur à Caron, Quand sa pesanteur immortelle Fit trop enfoncer sa nacelle.
11 se mit doncques entre vous,
ÊPITRES ET LETTRES ES VFRS. 385
Admirant Tépouse et répou\.
Le Toile d'un subtil nuage Couvrait sa taille et son visage.
Et fit qu'on ne le connut point :
Bref, tout se fit si bien à point Qu'ayant traversé mainte plaine U vous mit tous deux à l'abri Dans les murs de Ghâteau-Thierri.
Au bruit du célèbre hyménée, Pour être à la grande journée, Là se rendent à grand concours Tout ce que le monde a d'Amours, De tous les endroits de la teri'e, D'Irlande, d'Ecosse, Angleterre, Du pays des Italiens^ De celui des Siciliens, De CkMTsègue et de la Sardagne, Et grande quantité d'Espagne ; De delà la mer il en vint De gros escadrons plus de vingt ; Des brûlants déserts de l'Afrique, Des derniers bouts de l'Amérique, Du Japon, du Manicongo, Quoiqu'ils y vivent à gogo, Des solitudes de Libye ; Même il en vint d'Ethiopie, Noirs comme petits ramoneurs, Et ces noirs-là sont les meilleurs ; Il en arriva trois volées Des marches les plus reculées Du Cap-Vert : ceux-là sont petits, Gaillards, éveillés et gentils ; Ils ont partout même ramage Et cent couleurs en leur plumage Comme on en voit aux perroquets.
Et sont ceux qui ibnt les coriuets.
Ji. 33
3S6 POESIES l)E VOITURE.
Jadis n'en étoit remembranoe; Cent ans a qu'il en vint en France :
Maintenant en est grand rapport, Car ces oiseaux provigoent fort.
Il en est beaucoup de femelles^ Et ^ont plu^ vite qu'hirondelles.
D'autres meilleurs vinrent eocor De vers les terres du Mogor^ Des monts Ryphéans et des Scythes, Et des farouches MoscoTÎtes.
Bref^ de tous côtés accourants.
Les plus petits et les plus grands Se venoient percher sur la ville Où pour lor» étoit Boutteville.
Il en vint du plus haut des airs; Il en vint du plus creux des mers i Car de ce que le ciel enserre, Sous Tonde, dans Tair, sous la terre, Dans ce grand et vaste contour.
Il n'est rien qui soit sans amour.
Bien qui par amour ne subsiste, Et rien, vivant, qui lui résiste.
On les voyolt comme moineaux, Ou comme troupes d'étourneaux, Ombrager toute la campagne, Et couvrir toute la Champagne.
L'air, par tant d'amours allumé, Fut de telle sorte enflammé.
Qu'on en dit choses admirables Et dans l'avenir mémorables.
Aussitôt que l'on respiroit L'amour dans les cœurs soupirott.
La viei^e la plus modérée, La veuve la plus retirée, Le plus saint et le plus dévot, Le plus habile et le plus sot,
ÉPITRES ET LETThES EN VERS. 387
Les vieillards les plus honorables.
Les vieilles les plus détestables, Ressentant Tamoureui flambeau, Ne pouvoient durer dans leur peau.
Les plus chastes et les plus prudes.
Les plus sauvages, les plus rudes, Le plus dur cœur fut attendri :
Tout aima dans Château-Thierri.
Même dans les prochains villages 11 se fit d'étranges ménages :
Les bergères et les bergers.
Dans les prés et dans les vergers.
Les vachers avec les vachères, Dans les bois et dans les fougères.
Les plus farouches paysans.
Pour ce jour n'en furent exempts.
Chacun rencontra sa chacune ; Nul ne fut sans bonne fortune ; Tout le monde mouroit de chaud, Et Ton se baisa comme il faut :
Personne d'aimer n'avoit honte.
Mais pour revenir à mon conte.
L'heure vint et l'heureux moment.
L'heure que l'un et l'autre amant Dévoient voir pat leur hyménée Toute leur peine terminée.
Et cueillir les fruits amoureux Que le ciel avoit faits pour eux.
Ils arrivent tous deux au temple :
Ghadun les admire et contemple, Et pour leurs célestes beautés Les cœurs brûlent de tous côtés.
Ainsi vit-on, au temps antique, Médor joint avec Angélique, Ou, pour en parler comme il faut, Angélique avecque Renaut.
Après le bruit on fait silence :
L'époux et répouse s'avance ; Les mots solennels furent dits; Les deux amants furent bénits ; Et la troupe assistante envoie Vers le ciel mille cris de joie, Bénissant leurs chastes amours.
Et priant qu'ils durent toujours.
La ville est pleine d'allégresse ; Le peuple les voit et les presse, Toujours les entoure et les suit, Et sur le milieu de la nuit Mit dans la couche nuptiale La belle couple sans égale.
Lors Vénus le rideau tira.
Et le monde se retira :
Car l'Amour tout seul et sa mère Virent le reste du mystère.
En ce lieu l'histoire flnit :
Car de dire ce qui se fit, On n'en sait aucune nouvelle, Ni ce que devint la pucelle Qui disparut depuis ce soir.
Et nul depuis ne l'a pu voir.
Du bout de l'Inde orientale La belle amante de Géphale, En son habit incarnadin^ Se leva matin ce matin, Pour voir la divine pucelle Que les hommes vantoient plus qu'elle; Mais ses soins furent superflus, L'Aurore ne la trouva plus :
11 n'en restoit aucune trace.
Et le monde vit en sa place Une dame de Coligny Qui dans un éclat inljni
Parut, je ne dis pas pJus qu'elle.
Mais à tout le moins aussi belle.
Elle avoit le même agrément.
Le même visage charmant.
Cet œil qui toutes âmes touche,
Ce teint et cette belle bouche.
Cette bouche qui n'eut jamais
Sa pareille en divins attraits.
Sa taille et son port adorable,
Et, par un rapport admirable,
Tous les dons que l'autre avoit eus,
Hors qu'elle avoit les yeux battus
Et qu'elle sembloit abattue.
Pour (cette rime ici me tue
Et vient s'offrir mal à propos) ,
Pour avoir perdu le repos.
Que ce soit elle ou soit une autre,
Enfin, chevalier, elle est vôtre,
Et devez en être content :
Car celle-ci vaut bien autant.
Jouissez-en longues années !
Que toujours vos belles journées,
Et que vos plus heureuses nuits
Se puissent passer sans ennuis !
Mais comme il n'est nul bien sans peine
Et nul amour sans quelque haine.
Sachez qu'il se trouve en ces lieux ^
Des jaloux et des envieux.
Préparez donc toutes vos armes.
Et vous servez de tous vos charmes Pour vous rendre tant d'ennemis, Par force ou par amour, soumis.
Surtout^ quelque ardeur qui vous presse^ Ne faites point trop de prouesse^ Ores que le temps n'ea est pas^ Et gardez -vous bien d'être las.
Mais si voue êtes las^ beau sire, Ce pourroit être de trop lire^ Et je le suis d'écrire aussi :
C'est pourquoi je finis ici.
[Épitre à monseigneur le Prince sur son retour d'Allemagne ^ )
Soyez, seigneur, bien revenu De tous vos combats d'Allemagne, Et du mal qui vous a tenu Sur la lin de cette campagne.
Et qui fit penser à l'Espagne Qu'enfin le ciel, pour son secours, Étoit prêt de borner vos jours Et cette valeur accomplie.
Dont elle redoute le cours.
Mais dites-nous, je vous supplie :
La mort qui, dans le champ de Mars, Parmi les cris et les alarmes.
Les feux, les glaives et les dards.
Le bruit et la fureur des armes, Vous parut avoir quelques charmes, Et vous sembla belle autrefois A cheval et sous le harnois, N'a-t-elle pas une autre mine,
' Voyez plus haut, p. 25. Voiture récita cette pllce à Chantilly, où M. le Prince et sa cour couraient la bague, comme l'on voit par ce passage de la Pompe funèbre de Sarrazin : Comment Vetiurius composamaints lais, eiûu dernigrU l9l4êia fiëvre, qu'il harpa au tournQi.d^s n^u/ preux, en préf$nc9 deÇermanicus; et comme, après avoir rameniè, les hauts faits de OermdnicuSf les neuf preux t assirent au dixfemé siège, surnommé par Merlin ie siège d'aeeompliêsenUmt êe Us éMu^krk,
Lorsqu'à pas lents eUe chemine Vers un malade qui languit?
Et semble*t-elle pas bien laide^ Quand elle vient tremblante et froide^ Prendre un homme dedans son lit?
Lorsque Ton se voit assaillir Par un secret venin qui tue^ Et que Ton se sent défaillir Les forces, Tesprit et la vue; Quand on voit que les médecins Se trompent bien dans leurs desseins, Et qu'avec un visage blême, On oit quelqu'un qui dit tout bas :
« Mourra-t-il? ne mourra-t-il pas?
Ira-t-il jusqu'au quatorzième? »
Monseigneur, en ce triste état.
Confessez que le cœur vous bat, Comme il fait à tant que nous son^mes.
Et que vous autres demi-dieux.
Quand la mort ferme aussi vos yeux.
Avez peur comme d'autres hommes.
Tout cet appareil des mourants, Un confesseur qui vous exhorte, Vn ami qui Be décoiiforte.
Des valets tristes et pleurants.
Nous font voir la mort plus horrible ; Et crois qu'elle étoit moins terrible.
Et marchoit avec moins d'effroi, Quand vous la vîtes aux montagnes De Fribourg, et dans les campagnes Ou de Nordlmgue, ou de Rocroi.
Vous sembioit-îi pas bien injuste Que sous Tombrage des lauriers.
Qui mettent votre front auguste Sur celui de tant de guerrière.
Sous cette feuille verdoyante
392 PUÊSlËh DB VOITURE.
Que l'ire du ciel foudroyante Respecte et n'oseroit toucher, La fièvre chagrine et peureuse.
Triste, défaite et langoureuse.
Eût le cœur de vous approcher.
Qu'elle arrêtât votre courage.
Qu'elle changeât votre visage.
Qu'elle fit trembler vos genoux?
Ce que Bellone détruisante.
Dans le fer, les feux et les coups.
Ni Mars, au fort de son courroux.
Ni la mort, tant de fois présente, N'avoit jamais pu dessus vous.
Voyant qu'un trépas ennuyeux Vous alloit mener en ces lieux Que nous appelons l'onde noire.
Autrement manoir Stygieux, Vous consoliez- vous sur la gloire De vivre longtemps dans l'histoire.
Ou sur cette immortalité Que nous avons, malgré les âges, La Sussie ' et moi projeté De vous donner dans nos ouvrages?
De vos faits il eût fait un livre Bien plus durable que le cuivre; Et moi, si j'ose m'en vanter.
Je mérite assez de le suivre.
Mais nous eussions eu beau chanter Avant que vous faire revivre :
Les neuf iilles de Jupiter, Qui savent tant d'autres merveilles, Avecque leurs voix nonpareilles.
N'ont pas l'art de ressusciter.
La mort ne les peut écouter, Car la cruelle est sans oreilles.
Dès les vieux temps qu'Orphée harpa Si doucement, qu'il l'attrapa Et qu'il lui lit rendre Eurydice, Le noir Pluton les lui coupa Et les conduits en étoupa (Ce fut une grande injustice).
Depuis on a beau la prier >, Beau se plaindre, hurler et crier.
Blâmer la rigueur de ses armes, Tout ce bruit n'est point entendu ; Pour nos plaintes et pour nos larmes, Pour nos cris et pour nos vacarmes , On ne voit rien qu'elle ait rendu.
Nous autres, faiseurs de chansons.
De Phébus sacrés nourrissons.
Peu prisés au siècle où nous sommes, Saurions bien mieux vendre nos sons.
S'ils faisoient revivre les hommes.
Comme ils font revivre les noms.
Nous eussions appris votre gloire A toute la postérité, Et consacré votre mémoire Au temple de l'éternité.
Mais de nos œuvres magnifiques, De nos airs et de nos cantiques.
Seigneur, vous n'eussiez rien ouï :
L'air et le ciel, la terre et l'onde, Et tout ce qui se fait au monde Étoit pour vous évanoui.
Commencez doncques à songer Qu'il importe d'être et de vivre ; Pensez mieux à vous ménager :
On a beau la prier, La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles, Et nous laisse cher.
(Malherbe, Stances à Du Perrier. ;
394 POÉSiBS DE VOITURE.
Que] charme a pour vous le dtager, Que vous aimiez tant à le suivre?
Si vous aviez dans les combats D'Amadis l'armure enchantée^ Comme vous en avez le bras Et la vaillance tant vantée^ De votre ardeur précipitée^ Seigneur^ je ne me plaindrois pas.
Mais en nos siècles^ où les charmes Ne font pas de pareilles armes; Qu'on voit que le plus noble sang, Fut-il d'Hector ou d'Alexandre, Est aussi lacile à répandre Que Test celui du plus bas rang; Que d'une force sans seconde, La mort sait ses traits élancer, Et qu'un peu de plomb sait casser La plus belle tête du monde.
Qui l'a bonne, y doit regarder.
Mais une telle que la vôtre Ne se doit jamais hasarder :
Pour votre bien et pour le nôtre, Seigneur, il vous la faut garder.
Cest injustement que la vie Fait le plus petit de vos soins :
Dès qu'elle vous sera ravie, Vous en vaudrez de moitié moins.
Soit roi, soit prince ou conquérant, On déchet bien fort en mourant.
Ce respect, cette déférence, Cette foule qui suit vos pas, Toute cette vaine apparence Au tombeau ne vous suivront pas.
Quoi que votre esprit se propose, Quand votre course sera close, On TOUS abandonnera fort:
Et, seigneur, c'est fort peu de chose, Qu'un demi*dieu quand il est mort.
Du moment que la fière Parque Nous a fait entrer dans la barque, Où Ton ne reçoit point les corps.
Et la gloire et la renommée Ne sont que songe et que fumée.
Et ne vont point jusques aux morts. Au delà des bords du Cocyte, Il n'est plus parlé de mérite, Ni de vaillance, ni de sang :
L'ombre d'Achille ou de Thersite, La plus grande et la plus petite.
Vont toutes en un même rang.
Ces deux syllabes précieuses.
Qui font ensemble votre nom.
Seront de tout votre renom Les héritières glorieuses î Ces trois faits d'armes triomphants, Ces trois victoires immortelles.
Les plus grandes et les plus belles Qu'on trouve en la suite des ans, Tant d'exploits et tant de combats, Tant de murs renversés à bas Dont parlera toute la terre, Seront pour elle seulement Et pour les figures de pierre Qui feront votre monument.
Ce prince, que dans le cercueil Fait vivre encore Cerisoles, Où son bras abattit l'orgueil De tant de troupes espagnoles Qu'il combla de honte et de deuil j Qui, poussé d'une belle envie De relever le nom françois, Mit ses ennemis aux abois.
396 POÉSIES DE VOITIRE.
Et fit une fois en sa vie
Ce que vous avez fait trois fois ;
Ce héros^ de race immortelle^
Eut ce beau nom que vous avez.
Et que maintenant vous savez
Orner d'une gloire nouvelle.
Mais VOUS; qui vivez aujourd'hui.
Quand vous verrez par les années.
Étant fait ombre comme lui.
Vos aventures terminées.
Que votre nom se chantera,
Que votre los se portera
Dans les terres les plus étranges :
Qui de vous deux en jouira.
Et quel ressort attachera
A vous plus qu'à lui ces louanges?
Quoi que la gloire nous promette Avec ses titres éternels Qu'on gagne en servant ses autels, La Renommée et sa trompette N'ont que des sons vains et mortels.
L'aveugle Fortune dispose De ces noms pour qui l'on s'expose.
Les plus grands, les plus estimés, Quand son caprice lui propose, Vieillissent, comme toute chose.
Ou dans l'oubli sont abîmés.
En vain l'Olympe favorable.
Honneur de Navarre et de Foix !
ï'avoit promis que tes exploits Auroient un bruit toujours durable :
Malgré ta victoire admirable.
Et ces faits d'armes glorieux Qui parmi tous nos demi-dieux Te donnent un rang honorable , Gaston de France obscurcira
Celui de Foix^ et.ternira Ce renom dont la terre est pleine^ Et Graveline étouffera Toute la gloire de Ravenne.
La Flandre, qui, tous les printemps.
Le voit avec le même foudre Dont son père sut mettre en poudre Les monts qui couvroient.nos Titans, Sur les exploits de tous les temps Rend ses conquêtes élevées.
Mais tant de succès éclatants, Tant de provinces captivées.
Tant d'aventures achevées.
Que lui feront-ils dans cent ans?
Quelque jour, ce nom redouté Sous qui la iière Espagne plie.
Ce bruit dont la terre est remplie.
Par tant de travaux acheté , Sera par le temps arrêté.
Et sa gloire, en tous lieux ouïe^ Dans les siècles évanouie , Perdra sa plus grande clarté.
Un jour, cette valeur extrême Par qui refleurissent nos lis.
Ne sera plus qu'une ombre blême; Et les restes ensevelis Des murs par Gaston démolis Seront longtemps après lui-même.
L'âge, qui toutes choses efface, Confond les titres et les noms, Et ne laisse que quelque trace De tous ces inutiles sons.
Pour qui si fort nous nous pressons.
Les Achilles et les Thésées, Là-bas, sous les tristes lauriers Qui parent les champs Êlysées.
398 P0ÉSIB8 DE VOITURE.
Ne sont ni plus grands, ni plus fiers, Ni leurs ombres plus courtisées Par toutes ces odes prisées.
Où Ton chante leurs faits guerriers.
Ce gagneur de tant de batailles.
Ce dompteur de tant d'ennemis.
Ce yainqueur de tant de murailles.
Qui Tit tous les peuples soumis; Ce grand Jules, dont les eiploits Et la fortune sans seconde Surent dompter la terre et Fonde, Et qui mit Rome sous ses lois.
Qui fit plus que vaincre le monde; Ce prince, par ses faits divers Crut qu'il laissoit, malgré les Parques, Son nom gravé dans l'univers, Avecque d'immortelles marques.
Mais un autre Jule S en ces lieux Venu par le secours des cieux.
Obscurcit cette gloire ancienne.
En la mêlant avec la sienne; Et le monde, sous son appui.
Voit de si grandes aventures.
Que le nom qu'il porte aujourd'hui Sera, dans les races futures, Douteux entre César et lui.
Quand le grand Jule on nommera, Et que, pour l'exemple des hommes Qui suivront le siècle ou nous sommes, Ce nom partout résonnera, La postérité doutera, Pesant de ces deux les merveilles Et pareilles et non pareilles, Qui des héros on vantera :
< Muarin.
Ou le Jules, qui sa vaiirance Par tant d'exploits sut témoigner; Ou le Jules, dont la prudence Tant de palmes nous sut gagner :
Celui qui sut vaincre la France, Ou celui qui la fit régner.
Mais je sens que Phébus m'emporte Plus loin que je n'avois pensée Et me prête une voix plus forte Que celle dont j'ai commencé.
Mon chant s'est bien fort avancé :
Prince, que l'univers admire.
Il est temps que je me retire; Des sons si hauts et si hardis Sont mal accordants à ma lyre.
Je m'arrête donc, et vous dis :
Aimez, seigneur, aimez à vivre, Et faites que de vos beaux jours Le long et le fortuné cours De toutes craintes nous délivre.
Conservez-vous pour l'univers; Parmi tant de périls divers.
De vos faits allongez l'histoire; Et voyant qu'un destin puissant Doit à votre bras agissant Tous les étés une victoire, .
Pour la France et pour votre gloire, Tâchez d'en vivre jusqu'à cent.
Lxxm».
(Réponse ponr Mme la mar^ise de Montansier'. )
Seigneurs chevaliers catalans,
' Mst, de Conrart, t. X, p. 937.
' Le prince de Gondé, Amanld et La Moussaye, éiant i Var*
Vous êtes courtois et galants, Et montrez bien par votre lettre, Que nous avez écrite en mètre.
Que trois pères peuvent souvent Faire ensemble un fort bel enfant.
Le vôtre, en arrivant au monde.
D'une éloquence sans seconde Parle, raisonne, raille et rit.
Et de ses pères a l'esprit, L'esprit de chacun de ses pères, Tous trois de diverses manières.
Le nôtre encore ne dit mot :
C'est un fort dépiteux marmot ; Tout du long de la nuit il crie.
Et tout le jour est eu furie.
Fier, opiniâtre et mutin, Aussi farouche qu'un lutin.
S'il se fâche, onc il ne s^apaise ; On lui déplaît quand on le baise; 11 pince, il égratigne, il mord.
Et gronde, même quand il dort:
Du reste, belle créature.
Et d'une très-bonne nature; Et qui le voit bien en effet.
Dit que c'est le père tout fait.
Sa belle et son aimable mère Me donne charge de vous faire
mée, avaient écrit une lettre en vers au marquis et à 1a marquise de Monlausier sur la naissance du marquis de Pisani, leur fils: cette lettre, transcrite sur la copie de Conrarl, h la page 932 du même tome, renferme 66 vers : on la trouve égaiement au t. X, p. 250, des Historieues de Tallemanl. Sarraiin fait allusion à cet Incident dans un passage de la Pompe /«nèbre : D'une kitre que V incomparable Germanieuê^ et deux eiens chevaliers^ écrivirent à fillusire Julie, et connue le généreux 08ierniont[Moniosier) d Alsace se reposa de la réponse sur la clergie da YetturiuSt qui moulinQblemenl s'en acquitta.
Mille et mille remerciments^ Cent et cent mille compliments : Ce sont en tout deux cent deux mille; Mais c'est que la dame est civile.
Très-sensible à tous vos bienfaits^ Et vos vers lui semblent bien faits.
Votre lettre Ta réjouie.
Plus qu'autre qu'elle ait onc ouïe ; Et lisant Louis de Bourbon, Elle tressaillit tout de bon :
Ce nom tout seul la rendit gaie.
Mais quand elle lut La Moiissaye*, Elle tomba tout de son haut Et ne revint que pour Amauld.
Arthénice, la bonne et la belle, Ou de Vivonne « ou de Savelle, (Vous pouvez choisir de ces noms.
Car l'un et l'Autre sont très-bons).
Vous rend, seigneur, bien humble grâce De votre souvenir, qui passe
* La cardinal de Richelieu avoit dit à feu M. le Prince qu'il éloll à propos de chasser La Moussaye d'auprès de M. d'Enghien ; mais W^^ de Rambouillet fit tant auprès de M>n« d'Aiguillon, qu'elle obtint qu'il demeureroit. Ce service étolt asseï considérable : cependant La Moussaye en quelque occasion montra de ringratitude : elle lui pardonna. Depuis il lui fit encore quelque méchant tour, et comme elle le lui reprochoit: « Il faudroit, lui dit-il, que Je fusse le plus lâche des hommes du monde. — Vous êtes donc, repril^-elle, le plus lèche : car vous avez fait ce que je vous dis. » On ne sait ce que c'est (T.). Le même Tallemantest plus explicite dans ses HiHorieUe%(U III, p. 24S). ^ François de La Moussaye, lieutenant-général des armées du roi f gouverneur de Stenay et de CIcrmont pour le prince de Condé. 11 élait un des peiiU'maUres de la cabale du duc d'Rnghicn, et mourut en 16&0.
s Mme (le Rambouillet était, on se le rappelle, Vivonne par son père, et Savelli par sa mère. Le seul défaut que lui trouvât ' Tullemant, c'était d'être trop persuadée que la maison des Savelli était la première maison du monde.
Les honneurs qu'eurent set aieux Triomphants et Tictorieui, Quand le Tibre dessus ses rites Voyoit les dépouilles captitesi Qu'après cent belles aetions Ils remportoient des nations.
Il reste à vous parler du père^ Qui ne vaut pas moins que la mère:
Le fier et brave Montausîer^ Dont le cœur est franc eemnte osier.
Il trouve votre poésie Tout à fait à sa fantaisie, Partout pleine d'art et d'esprit^ Et je crois^ selon qu'il le dit.
Qu'il faut que la pièce soit bonne :
Car onc il ne flatta personne, Et pour le pape il ne diroit Une chose qu'il ne croh'oit. ' Nous n'avons sur votre écriture Pu tirer un mot de Voiture , Car il est en méchante humeur; Et devenu mauvais rimeur.
11 ne se mêle plus d'écrire.
Ou s'il écrit, c'est pour médire ; n'est de fâcheux entretien ; Saturne est moins saturnien *, Et selon qu'il est en malaise.
Le meilleur sera qu'il se taise :
Car mdtres d'hôtel sans quartier, Sont pires que bombe ou mortier.
Rien n'est égal à leur manie.
Ce sont vrais tigres d'Hyrcanie, Et jettent dessus toutes gens Des grenades avec les dents,
• Voyez l'épître précédente.
Gomme ces animaux sauvages, Qu'Araauld décrit en ses ouvrages'.
On a beau leur crier holà : Deçà grenades^ et delà, Grenades dessus La Moussaye, Dont il est force qu'il s'eflFraie, Grenades sur le pauvre Arnauld ; 11 en vient d'en bas et d'en haut.
Prenez garde qu'on ne vous blesse^ Us n'épargnent pas Son Altesse^ Son Altesse que le dieu Mars Épargne dans tant de hasards^ Et que Pallas^ sa sûre guide^ Couvre partout de sou égide.
Mais, pour dire la vérité^ 11 est justement irrité, Et j'ose vous dtre> sans craindre^ Qu'il a quelque droit de se plaindre.
Le mot est bien vrai^ messeign^rs, Que les honneurs changent les mesure^ Gomme on dit en cette province.
Du temps que monseigneur le Prince Ne tenoit pas un si haut rang^ Qu'il n'étoit que prince du sang.
Que vainqueur de trois cents mursâilesy Et que gagneur de trois batailles, Voiture étoit aimé de lui, Gomme d'autres sont aujourd'hui.
Mais du jour qu'il fut fait grand-maîtrei 11 fit sa faveur disparoître,
* M. Arnauld décrivoit dans certaine lettre à M. de GhâtUlon les parties les plus secrètes de Marion de Lorme, et il disott qu'elles jetoient des bombes et des grenades (T.). Qu'on ne s'étonne donc plus, observe à ce propos M. de Monmerqué, de la liberté de Tallemant: ces sortes d'impertinences étaient alors à l'usage de la plupart des gentilshommes*
Et laissa dedans un déchet
Feu son compère le Brochet *,
Le Brochet, jadis son compère.
Et qui quelquefois lui sut plaire.
Tous les étangs de ces pays.
Tous fleuTes en sont ébahis;
La tanche partout en caquette,
La carpe n'en est pas muette.
Et de mille étranges façons
Gela fait parler les poissons.
Il n'est goujon qui ne murmure,
Considérant cette aventure,
Et qui ne dise entre ses dents :
(c Les princes sont d'étranges gens ;
Heureux qui ne les cimnolt guère,
Plus heureux qui n'en a que faire! »
Ces goujons sont hardis pourtant :
Je n'en voudrois pas dire autant;
Mais le menu peuple s'expose
A discourir de toute chose.
Or, laissons ce fâcheux discours.
Reprenons notre premier cours.
S'il vous plaît de me le permettre.
J'admire dedans votre lettre
Celui qui dit, que son dada
Demeura court à Lérida ' ;
Et dis de plus en assurance.
Que je ne sais qu'un homme en France
Qui de la sorte osât rimer.
Et l'osant, osât se nommer.
Quiconque trouva cette rime
' Depuis que Voiture eut écrit lu lettre qui commence : « Eh ! bonjour, mon compère le Brocliel, » M. le Prince l'appela loujours, mon compère U Brochet (T.)*
^ Le duc d'Ënghien fut obligé de lever I9 siège de Mrida, Iq 17 juin 1646.
Doit avoir le cœur magnanime^ Et montre que les accidents Ne le troublent point au dedans.
Il reconnoît bien que la gloire Est quelquefois sans la victoire, Et qu'en celle-ci le hasard Souvent a la meilleure paif.
Mais il n'est cheval si superbe Qui ne bronche, dit le proverbe, Ou parfois ne demeure court, Mêmement quand bien fort il court.
Tous ceux qui sont dans les annales.
Les Cyllares, les Bucéphales, Passebrun, cheval de Morgant, Brided'or, celui de Roland, Bronchèrent tous, et parfois churent :
Toutefois bons chevaux ils furent.
Un jour Pégase aussi broncha.
Et peu s'en fallut trébucha.
Quoiqu'il fût dans une carrière Où pierre n'y avoit ni poussière :
Pourtant, comme Oniîfi le met, Pégase fut un bon bidet. Même le grand cheval de Troie ( L'histoire veut que l'on le croie ) Pensa demeurer en chemin.
Quoique l'on le menât en main.
Et qu'il eût les jambes si fortes, Que seul il portoit dix cohortes.
Son Altesse donc feroit mal, S'il en prisoit moins son cheval, Qui l'a servi par tant d'années.
Et dans tant de grandes journées.
Sans jamais faire un mauvais pas, Et ce seul coup s'est trouvé las.
Hais si jamais il y remonte
( Comme je sais qu'il fait son eomple)^ Il refera trembler de peor Le roi d'Espagne et Tempereuf .
Dieu veuille qu'ici l'on le voie Bientôt, plein d'amour et de joie !
Mais^ sans aller à Saint-Disier, Gomme il écrn, pour Montausier, Elle désire qu'il reprenne Le droit chemin du Bourg-la-ReinCi A Paris, nous le souhaitons, Et tous les jours le regrettons, Car nous l'aimons d'amour extrême.
Je ne sais s'il en fait de même.
Mais pour moi je penserois bien.
Que ces grands hommes n'aiment rien.
Pour le seigneur de [La Moussaye] ^ La chose est bien sûre [et bien vraie] Que, qui ne verroit que ses vers Et ne sauroit point ses revers.
On l'aimeroit d'amour trop forte.
Il écrit d'une belle sorte, Il a fort bon entendement, Parle de tout capablement.
Juge très-bien de toutes choses; Mais s'il est bon, sont lettres closes, Et le croire seroit abus :
Quand tels ribauds seroient pendus^ Ce ne seroit pas grand dommage ^ Je n'en dirai pas davantage.
Adieu vous dis, monsieur ArnaUld ; Le «el vous préserve du chaud !
Car le séjour de Catalogne, Vous peut donner de la besogne.
Sur tous sujets faire des vers,
' Voyez plus bas, p. 419.
POÉSIES BURLBSÛUBS. 407
Écrire en cent endroits divers.
Passer les nuits à la campagne Et les jouss au soleil d'Espagne»
Ne dormir qu'à bâtons rompus.
Songer à faire des rébus, Suivre toujours quelque pensée, Avoir eu la tête cassée, C'en est plus qu*il ne vous en faut :
Adieu vous dis^ monsieur Amauld.
POÉSIES BURLESQUES
(BaUade en fav«iur des OEnTrei de NeiifgeniiaiJi>.)
Par tous les coins de l'univers Le cygne mantouan résonne ; L*aveugle Thébain de ses vers
* Neufgermain est un paa?re diable qui Inoominodoit tout le inonde de ses veri. M. de RambouiUet, pour en être moins importuné, lui proposa de faire des vers qui rimassent sur chaque syUabe du nom de ceux pour qui il les feroit, comme pour Bullion il rimoit à 6i£ et à lion. Cela réussit , et OQ en doit souvent. Ce misérable fut si fou que de se marier à une jeune fille, lui qui éloit tout blanc, et qui a la plus grande barbe du royaume. 11 me souvient qu'on me contoit , dans la maison où cette jeune fille servoit alors, qu'en se regardant dans le miroir, elle disoit : « Faut-il qu'un vieillard manie ces létons-là? » C'est la plus méchante tête dn.monde : cependant il au roi t eu quelque chose, car ceux pour qui il fait des vers, ou à qui il présente un exemplaire de son livre, lui donnent fort honnêtement; mais sa femme, qui bat tous les jours quelqu'un, le ruine en procès criminels, il est fort repentant de s'être marié si poétiquement, et tâche de la faire aller en Canada, et selon que cela va bien ou mal, il est gai ou mélancolique (T.). Cettt note de Tallemant n*est qu'une variante de l'historiette de Neufgermain {Hisiorieties, i, lY, p. 113). Elle prouverait ^ elle seule, si quelque doute pouvait encore exister à cet égard, que les annotations sur Voiture sont bien de Tallemant. —
'(Og poÉstes DS YonrcftE.
Encor toute la terre étonne :
Mak je n'accorde la couronne Pour le Giec ni pour le Romain, Et, remployant mieui, je la donne Au beau monsieor de Neorgermain.
L'autre jour, le grand Apollon, Père du jour et de la gloire, Tenoit au ciel un violon Marqueté d'ébène et d'ivoire.
Et dit aux filles de Mémoire :
Je le veux mettre en bonne maio.
Car je le garde pour la foire Au beau monsieur de Neufgermain.
Mercure lui dit : Cest un fou.
Que de trop bon œil tu regardes :
Il fit des vers sur Tribardou *, Avec des paroles lombardes; Mais ses rimes sont trop hagardes :
Et Mars jura par saint Firmin, Qu'il vouloit donner des nazardes Au beau monsieur de Neufgermain.
Les Muses lors firent un cri
Qui passa la dixième sphère.
Et défendant leur favori,
Pleines d'une juste colère, .1
Jurèrent à Jupin leur père^
Quant aui œuvres de Neurgermain, elles ont été publiées sous ce titre: Les Poésies et rencontres du sieur de Neufgermain, poite hétérocliu de Monsieur, Paris, in-4, IG30-37. Nous en donnons plus bas un échantillon.
* Cest un passage de la Marne, entre Paris et le Pont aux Dames. M"** de Rambouillet avoit alors ses filles dans ccltu abbaye, et comme elle avoit trouvé en y allant le paysage de Tribardou fort agréable , elle fut deux ou trois jours à ne parler d'antre chose. Neufgermain s'avisa de faire des vers sur co voyage (T.}.
POÉSIES BURLESûtlK!?. 4C9
Qu'elles partiroient dès demain^
Si pas un d*eux osoit déplaire
Au beau monsieur de Nei^Cgermain.
Jupiter dit à haute voix :
Mes chères filles^ je me fie Entièrement à votre choix.
Quel qu'il soit, je le déifie.
Et veux, je vous le certifie, Que sur Parnasse ou en chemin.
Cinquante veaux on sacrifie Au beau monsieur de Neufgermain.
(B^pooM, 80118 1« nom de Jupiter, à la Plainte âei eotuonnei qui n'ont poiVhonnew d'enh-er au nom de Neufgermain '. )
Vous savez bien, troupe immortelle, Race généreuse et fidèle Qui m'avez mis le sceptre en main. Combien de jours nous consultâmes,
* Cette dernière pièce, qui est insérée dans les éditions de Voiture, est de Patris, poiSte fort goûté de son temps, moins encore pour ses vers que pour l'agrémentdesa conversation. Il avait une charge chez Gaston, qui lui donna le gouvernement de Limours. Il mourut en 167 1 , à Tâge de quatre-vingt-huit ans. Deux jours avant sa mort il fit ces vers bien connus :
Je songeois cette nuit, que de mal consumé, Càte à o6te d^im paurre on m*aToit inhumé, Et ne pouvant souffrir ce fâcheux voisinage, Bn mort de qualité, je lui tins ce langage :
Retire-toi, coquin; va pourrir loin dMci:
U ne t*apparlient pas de m*approcher ainsi.
— Coquin ! ce me dit-il d*une arrogance extrême ; Va chercher tes coquins ailleurs, coquin toi-même. Ici tout sont égaux, je ne te dois plus rien : . Je suis sur mon fumier, comme toi sur le tien.
Voyez le Parnasse françaii de Titon du Tillet, p. 300.
410 POteiBS DE VOITURE.
Quand nous t'imes pour Neufgonnain Ce beau nom que nous inventâmes.
Par une divine 'prudence^ Dans ce grand mot, dont la cadenoe Frappe si doucement les sens.
Nous mîmes toutes les voyelles.
Mais aujourd'hui, coname j'entends, Les consonnes font les rebelles.
B, G, S armés avec L, Et P, T joints à leur querelle, Espàimt se mettre en crédit, DaJis ce beau nom veulent paroître.
Et n'est pas même, à ce qu'on dit, Jttsques au Q qui n'en veuille être.
B, qui fait tous les biens du monde.
Sans qui sur la lerre et sur Tonde Rien ne seroit ni bon ni beau , Et G, qui le ciel sut produire.
Se veut cadier dans le tombeau.
Si nous pensons les éconduire.
L, par qui Vénus est belle.
Qui rend notre essence immortelle.
Glorieuse veut éclater
Dans le nom de cet homme habile.
Et ne se veut pas contenter
D'être dans celui de Virgile.
Même en ce moment j'entends S, Qui fait là-bas de la diablesse.
Et dans un dépit nonpareil Menace, pleine de colère.
De mettre en pièces le soleil Et les essieux de notre sphère.
POÉSIES BURLESQUSS. 411
Mais le P^ qui marche en satrapej Et qui fait la moitié d'un (tape, Se veut tirer de piété.
Et s'est mis dans la fantaisie De n'être plus qu'en pauvreté, En paresse et paralysie.
Lui qui fait les pauvres en terre.
Et T, qui forme mon tonnerre, Parlent tous deux de me quitter :
Et quoi que les destins ordonnent.
Je ne puis être Jupiter, Si ces deux lettres m'abandonnent.
Mais vous en avez tous affaire :
B pour Bacchus est nécessaire.
Et sans G Cérès est à bas;
Si L, S, et P se rebelle.
Que fera la pauvre Pallas,
Qui n'aura plus qu'A A pour ellef
Il faut donc les rendre contentes :
Mais je ne vois à leurs attentes Aucun remède assez puissant.
Si ce n'est que cet homme rare Ait nom Bdelneufgermicopsant ; Mais ce mot est un peu bizarre.
Pourtant pour le mieux il me semble Qu'ainsi nous les mettions ensemble Jointes d'un éternel amour.
Et renvoyons à Palamède, Qui le premier les mit au jour.
Le Q avec X, Y, Z.
(Beqoéte à M. de PoyUnrens, aa Bom de Nenfgemiaîii.]
Ce que dans vos vers j'entends lire
Des neuf preux et du bon Roger Me semble digne qu'on Tadmire, Et le grand Gomain m'y fait rire Quand il en devroit enrager.
Mais lorsque pour rimer en euf Vous me parlez d'un habit neuf.
De plaisir mon âme est bercée ; Et certes je vais avouant Que c'est la meilleure pensée Qu'on peut avoir en me louant.
Tout ce que vous avez écrit De ma muse et de mon adresse^ De ma force et de ma prouesse.
Me semble de fort bon esprit.
Mais les vers de l'habillement Sont, ma foi, d'une grâce extrême^ Et je crois qu'Apollon lui-même Vous les met dans l'entendement.
Du siècle les plus beaux esprits^ Brion, Chaudebonne, Patris^ Et celui dont l'architecture A su bâtir le pont d'Esture S Ont à l'envi chanté mon prix.
Vous-même avez fait douze vers Qui seront dans tout l'univers Plus estimés que cent harangues; Et dans la gloire où je me voi Rien ne me manque, que je croi.
Sinon que Beaury et Barangues * Fassent quelque chose pour moi.
' Cela fut dit pour rimer en ture, dans le portrait de Voilure (T.).
' Tailleurs de M. d'Orléans. Ce Barangues étoit Bcarnois. et dîsoit quMl n'y avoil Jamais eu que deux hommes (en Béarn) qui eussent fait fortune, Henri IV et lui (T,).
POÉSIES BURLESQUES. 413
(Vers à la mode de Neufgermain, à M. d'A?aax, Ut leUreidu nom finitêatU let ven}')
L'autre jour, Jupiter manda Par Mercure et par ses prévôts Tous les dieux, et leur commanda Qu'on fît honneur au grand d'Âvaux.
En deux parts le ciel se banda^ Avec noises et grands travaux^ Et maint dieu jaloux clabauda Contre l'honneur du grand d'Avaux.
Entre autres un grand halbreda *, Nommé Mars^ Mavors, ou Mavos^ Les dents grinça Jura, gronda, Et dit rage contre d'Avaux.
tt Un jour, dit-il, il débrida Sur mon char mes quatre chevaux, Et la Pologne accommoda Avec Suède, ce d'Avaux.
* En voici un échanUIIon du modèle lui*mème. C'est en l'honneur de W^ de RambouUlet:
Entre les dieux doit tenir ran^ Proche Jupin, au plus haut ftan.
Plus belle que rose et Vailiet, La divine de BamèouUlet,
Ses vertus, son mérite gra», S*étend jusqu*au Topinamftan, Dont l*un tient registre et fettf(/«( Pour la divine RambouUlet
^ Halbreda , ou plutôt hallebreda, se dit par mépris d'une grande femme mal bâtie, d*unc espèce de harengère {Note de M. de Monmerqué). Voiture et Tallèmant (t. X, p. 136) remploient au masculin. Voyei aussi le Boman baurgeois, p. 163.
414 P0ÉH88 OB voirmiB.
« En vain Tire en moi présida^ Si bientôt je ne lui reteux.
En cent lieux il me dégrada^ Ce pacificateur d'Âvaux.
<c La paix dessus lui s'accouda Gomme sur l'un de ses pivots; Son temple â ma barbe il foiida Et le veut achever, d*AtâUx. »
Alors Jupiter se rida Gomme un vieux moine de dairvaut, Et dit en courroux : a Ètd/kmdaf Quelqu'un veut-il fâcher ffAvailt?
a Mon astre en naissant regarda Sjus avo8 et protti>os, Et toujours ma faveur garda Et gardera le grand d'Avaux. »
Minerve dit : « Oui-dà, oui-dà^ Je l'estime sicut et vos; De Paris jusqu'à Canada Rien n'est égal au grand d'Avaux.
<t Les peuples d'au-delà Bréda 11 rendit contrits et dévots :
Et l'empereur appréhenda Toujours l'esprit du grand d'Ava»ii
« En Danemark il décida
Qu'il ne souffroit point de rivaux :
Car l'Espagnol il nazarda^
Tant il est fier ce grand d'Avaux !
« Le comte-duc mourir cuida, L'ôyant nommer dans Caravos, Et dit tremblant : Por mi vida^ Es m Ékébê oqwl d'Avaux !
VERS EN VIEUX LANGAGE. 4l5
« Par son langage î! ressouda* Plus doux que n'est jus de pavots, Saint Pierre et saint Marc, et vida Leurs différends, ce grand d'Avaux.
« Le pape alors se panada^
Le collocant inter Divos,
Et le doge le seconda.
Tous deux contents du grand d'Avaux.
«c Le délivreur d'Andromééa
Vit moins de mers, de monts^ de vaux,
Monté sur son ailé dàda,
Que n'en courut ee grand d'Avaui^ »
En ces mots Minerve plaida :
On Tentendit dans Roncevaux; A ses dits le ciel s'accorda.
Et chacun dit : Vive d'Avaux!
LXXVIIP.
(Réponse à M. le comte de Saint-Aigoan, sons le nom du clievalier
de risle Inyisible'. )
tl640.3
Sire compains, en vodtre escrit Moult clair se fait voir vostre esprit.
Plus joyeux et plus prompt à rire Qu'onc ne fut celuy de Zephire*^
* Mss, de Conrart, t. X, p. 925.
^ Voyez plus haut, p. 251. — 11 Mt fait allasfon à cette pièce dans la Pompe funèbre : Comme te eomie Gtàckeiu, le chevalier la Mouche ( Saiot-Âignao) et le gentil Amaiâiu^ gabmu enir'eux trois, envoyèrent par un ménestrel joyeusetées rimées à Yetterius: et sa réponse.
3 DansPerceforêt (T.).
4l6 POÉSIES DE VOUXBG.
Qui diable fut, comme sçavez:
Mais doux et des moins dépraves, Des moins noirs et meiancholîqaesS Amy des chevaliers antiques.
Et, selon que chacun le croit, Dommage fut que diable estoit.
Or, en voyant vostre écriture.
L'on vous croiroit de sa nature.
Et pour dire mon pensement.
Je croy qu'en estes droitement :
Car pour écrire un tel langage, 11 faut estre de leur lignage, Ëncor faut-U estre des vieux Et de ceux qui parlent le mieux.
One ne vis éloquence craindre; Nul vivant n'y sçauroit atteindre ; Et depuis que Merlin mourut.
Si sage clerc que vous ne fut.
Si doux faiseur de chansonnettes.
Ni si beau diseur de sornettes.
Si coint, gracieux et courtois.
Et quand diable seriez cent fois.
Et que griffes je vous verroye.
Par mon chef, je vous aimeroye.
Allez, beau sire, et nul dangier One ne vous puisse laidangier!
Que fortune la semilleuse, A tout sa roue périlleuse, Toujours au point de batailler.
Vous garde de trop periiler ; Vous sauve de toute affoleure. Tout mesaise et toute laideurc, D'encombriers petits et grans Où tombent chevaliers errans,
* Var. Remède des méhuichol'qaefl.
VERS EN VIEUX LANGAGE. 4l7
D'emprinses qui n'ont point d'issues^ De fines amours mal-receues^ De faux chevaliers enchanteurs^ De lisongers et baratteurs.
De venin de langue envieuse^ Et de garde en nuit pluvieuse ; D'aller armé long-temps au trot.
Des damoiselles suivant l'ost^ De plomb volant (c'est chose dure Et qui se fait contre nature), Et quand dormirez volontiers.
De tous enleveurs de quartiers; Mais sur tout loin de vous exile Les guerroyeurs de Thion ville S Que le diantre fait approcher Parfois pour le pot espancher!
Dieu vous en garde, et qu'au contraire.
Tant que de chevaux pourrez traire, Alliez fondre sur ennemis.
Si que par vous soyent à mort mis, Ou mis à mort, si mieux vous semble!
Que la fiere mort, qui tout emble.
Toujours accompagne vos coups.
Sans oncquesse tourner à vous; Qu'ayez l'heur, comme la prouesse, D'Âmadis de Gaule ou de Grèce, De Lancelot, de Perceval, Ou des secoureurs de Gazai >; Que toute chose à gré vous vienne.
Que vostre renom se maintienne.
Que dans combats et dans estours, Dans les tournois et les behours
Après la défaite de ThioDTîlle (T.).
' M. le comte d'Harcourt venoil de faire lever le eiége de CauKT.).
418 POÉSIES DB YOITURB.
Qui se font deTtol les puoeUes^ Vous ayez le ecBur des plus b^les, Et soyez clamé des herants Pour des plus preui et plas loyaui; Que l'on vante tostre largessej Vostre cointise et gentillesse.
Pardessus les plus renommet ; Et se par amour vous aymez, Vostre amie à vous adonnée.
Vous aime sur toutes bien née, Toujours vous parle doueement.
Et vous accueille baudement ; Si quelque rival en approche, Qu'elle ait pour luy le cœur de roehe, Et que chacun ait à part soy.
Lui réconduit, et vous l'octroy !
En peu de mots, voilà, beau sire.
Ce qu'en mon cœur je vous désire :
Ce sont moult de biens amassez ; Mais pour vous ce n'est pas assez.