A LA REINE DK POLOGNE (164G
VOUS faire souvenir de moi, sous ombre de rendre à Votre Majesté les très-humbles remerciements que je lui dois. Je vous dirai donc, madame, que le plus avare homme du monde ne fut jamais si aise que l'on lui fit du bien, que je l'ai été de celui que je viens de recevoir de Votre Majesté, et que je me suis trouvé en cette occasion beaucoup plus intéressé, que je n'eusse cru de le pouvoir être. A dire le vrai, l'honneur de recevoir des marqu es de la bienveillance d'une des plus grandes reines du monde, et, ce que j'estime davantage, de la plus accomplie personne que j'aie jamais vue , est un intérêt dont les âmes les mieux faites peuvent être gagnées ; et tous les rois de la terre n'ont rien à donner qui soit de ce prix-là. Je souhaite, madame, que toutes les libéralités que vous ferez soient toujours aussi bien employées, je veux dire aussi bien reconnues, et qu'entre tant de millions d'hommes qui obéissent à Votre Majesté, il s'en trouve quelques-uns qui prennent autant de plaisir que moi à publier ses louanges et à la bien faire connoitre à tous les autres. Cela étant. Votre Majesté aura bientôt sur tous ses sujets le même empire qu'elle a eu jusqu'à cette heure sur toutes les âmes raisonnables qui l'ont approchée : c'est cet empire, madame, qui est né avec vous; que vous aviez devant que vous eussiez de sceptre, ni de couronne, et qui, si vous me permettez de le dire, est beaucoup plus estimable et plus absolu, que celui que la fortune vous a donné. Je prie Dieu que Votre Majesté jouisse longtemps de l'un et de l'autre, avec toutes les prospérités qu'elle mérite, et que je sois assez heureux, une fois en ma vie, pour
3À LbTTBËS DE VOlTliRË.
vou^ voir dans votre gloirey et pour YO^s pouvoir ^ife vf^oi-jnèmfi ayec combien de respect, de passion et jdt xèle je suis, madame, de Votre Bf ajesté, te très-hmvible, etc*
19i. — A MONSEIGNEUR LE DUC DB LA TRÉMOUaLE.
Monseigneur» j'ai trouvé moyen de multiplier vas biefifaits, et de faire que vous me pourree donner encor§ une cbanoinie. M»*® la duchesse d* Aiguillon, Isuchée peut-être par votre exemple, a voulu m'obliger coaime vous, et mon neveu, que vous avez fait eha* Boi^e de Laval, a été fait par elle grand vicaire de Notre-Dame : moyennant quoi, il s*est résolu de résigner son bénéfice de Laval à un autre de ipes ae.? veux, s*il apprend que vous T^yeiK agréable. J^espère, monseigneur, qu*avec la même bonté que vous m'avez fait )a première grâcoi vous m'ficcorderez cette ser conde, et il vous a plu de m'obliger si généreusemeni» que j'espère q^ie vous me témoignerez en ce rencoBr tre la continuation de votre bonne volonté. Ce der? njer neveu, en faveur duquel je vous fais cette suppllr cation trèsrbumbl^f est bachelier de Sorbpnna, assez savant et fort studieu:^, Pe sorte que selon que je connois votre goût, et qiie je sgis que vous faites eas des geps de lettres, je crois qu^ ^m h solituçle de la campagne, celui-ci pourra servir quelquefois à votre entretien quand vous voudriez reiftcber votre esprit. Poiir moi, mpnsejgneur, il n*y ^ rien que je désire tant que d'avoir d^ riQuvelles obligations 4 ^M per^ sonne que j'honore et que je respecte autant que voui;
AU DUC ne LA TftÉMOUiLLE (1646). iVo
e\ je soiihaiteroià de bon cœur que tous les biens que la fortune me voudra faire, ne me vinssent jamais que par vos mains. Si je suis reconnoissant, ou non, de ceux que j*ài déjà reçus de vous, je tiè le dirai pas. Toute la cour vous \ë pcnirtra dire, n'y ayant plus personne qui ne sache la bonté et la libéralité avec laquelle il vous a plu de m'obliger, et la profession piiUique que je fais en toutes sortes d'occastoiïs d*être, mmmgheur, vàtiè, été.