‹ Œuvres: lettres et poésiesChapitre 17 sur 134 · Àù · texte numérisé non relu

Àù

{Même d«ie.)

M0ffsêignear, je n'ai pas |>eur que vous vous lassiez jatAais de me bien farrêf; iAais j'ai peur que Vous vous lassiez dé mes remerciements. J'en ai tant eu à vous faire depuis quelque teffips , c(u'à moins que #HseF de redites, je ne vois jïas qu'il me reste plus rien h dire sur un sujet où vos bontés m'ont déjà ebiigé de m'épu'rser. Je me contenterai donc de vous supplier très-humblement de vous souvenir des grâces que vous m'aveai faites, de la facilité avec laquelle je les ai obtenues, des lettres oMîgeanîteâ doftt il vous a pfhf de lés afecompagrter , et de làf civilité avec laquelle, en me faisant an bien, vous n'avez pas voulu perdre l'occasion de me faire encore tout l'honneur que je ptrutois recevoif". Voué ressouvenant, monseigneur, de toutes ces choses, imaginez-vous, s'il vous plaît, ma reconnoissance là-dessus, et jugez si, joignant tant d'obligations à la passion extrême que j'ai toujours eue de vous honorer, je puis jamais manquer d*('ti*è

3G LETTRES DE VOITl}RF,

avec loule sorte de fidélité et de respect, monseigneur, '^otre, etc.

19.^. — A MONSEIGNEUR LE DUC d'eNGHIRN (sur la prise de Daokerque').

[Ce .... octobre 1646.1

Monseigneur, je crois que vous prendriez la lune avec les dents, si vous l'aviez entrepris. Je n*ai garde de m'étonner que vous ayez pris Dunkerque ; je suis seulement en peine de ce que je dirai à Votre Altesse là-dessus, et par quels termes extraordinaires je lui pourrai faire entendre ce que jeconçois d'elle. Sans doute, monseigneur, dans l'état glorieux où vous êtes, c'est une chose très-avautageuse que d'avoir l'honneur d'être aimé de vous. Mais à nous autres beaux esprits, qui sommes obligés de vous écrire sur les bons succès qui vous arrivent , c'en est une aussi bien embarrass«ante que d'avoir à trouver des paroles qui répondent à vos actions, et de temps en temps de nouvelles louanges à vous donner. S'il vous plaisoit vous laisser battre f|uelquefois % ou lever seulement le siège de devant une place % nous nous pourrions sauver par la diversité % et nous trouverions quelque chose de beau à vous dire sur l'inconstance de la fortune, et sur l'honneur qu'il

* Mss. de Conrartt p. 779. — Dunkerque fut pris le 10 octobre

* Var. Perdre une bataille.

* Var. Quelque place.

* M>°« dé SéYigné fait allusion à ce passage de Voilure dans une de ses lettres (IrUre 395, édition Sautelet).

AC DUC d'ENGHIEN (1646). 37

y a à souffrir courageusement ses disgrâces. Mais dès vos premiers exploits, vous ayant mis avec raison de pair avec Alexandre, et voyant que de jour en jour vous vous élevez davantage, en vérité, monseigneur, nous ne saurions où vous mettre, ni nous aussi, et nous ne trouvons plus rien à dire qui ne soit au-dessous de vous. L'éloquence, qui des plus petites choses en sait faire de grandes, ne peut, avec tous ses enchantements, égaler la hauteur de celles que vous faites : et ce que dans les autres sujets elle appelle hyperboles, n'est qu'une façon de parler bien froide, pour exprimer ce que l'on pense de vous. Et certes, cela est incompréhensible, que Votre Altesse trouve moyen tous les étés d'accroître de quelque chose cette gloire à laquelle tous les hivers précédents il sembloit qu'il n'y eût rien à ajouter, et qu'ayant eu de si grands commencements, et ensuite de plus grands progrès, les dernières choses que vous faites se trouvent toujours les plus glorieuses. Pour moi, monseigneur, je me réjouis de vos prospérités, comme je dois. Mais je prévois que ce qui accroît votre réputation présente nuira à celle que vous devez attendre des autres siècles, et que, dans un si petit espace de temps , tant de grandes et importantes actions les unes sur les autres, rendront à l'avenir votre vie incroyable, et feront que votre histoire passera pour un roman à la postérité. Mettez donc, s'il vous plaît, monseigneur, quelques bornes à vos victoires, quand ce ne seroit que pour vous accommoder à la capacité de Tesprit des hommes, et pour ne passer pas plus avant que leur créance ne peut aller. Tenez-vous, au moins, II. 4

39 ^ LBTTRES DE VOITURE.

pour (juelque temps en repos et en sûreté» et permettez que la France, qui dans ses triomphes est toujours en alarme pour votre vie, puisse jouir quelques mois tranquillement de la gloire que vous lui avez acquise. Cependant, je vous supplie très-humblement de croire que parnii tant de millions d*hommes qui vous admi* rent et qui vous bénissent, il n*y en a point qui le fasse avec tant de joie, de zèle et de vénération que moi» qui suis, de Votre Altesse» le, etc.

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