A KADAME
[A Paris.... 1644.]
Madame, puisque le jour d'hier m'a plus duré que les trois derniers mois que j*ai été sans vous voir, et qu*il n'y a ici personne qui prenne mes lettres, trou* vez bon que je vous écrive et que je vous dise que je ne fus jamais si amoureux. Trois ou quatre choses de celles que vous me dites l'autre jour me sont tellement demeurées dans l'esprit, que je n'ai pu depuis apprendre pas une de celles que l'on m'a dite$. De plus, ce que vous m'accordâtes du bout des lèvres, et que vous fîtes pour m'obliger, est tout prêt de me perdre, et je trouve par expérience que vous m'empoisonnâtes, lorsque vous pensiez me secourir. Cela fait un bien plus beau feu que ces bois aromatiques que vous aviez préparés pour moi, et il faut croire que la flamme en est bien agréable, puisqu'elle me plaît, lors même qu'elle me dévore. Aussi je ne vous demande pas de secours en l'état où je suis : je ne voudrois pas de remèdes qui la pourroient éteindre , et je me passerai bien de ceux qui la pourroient soulager. Ce dont je vous supplie seulement , c'est que je brûle en votre présence; et puisque j'ai à être consumé, que cela m'arrive chez vous, afin qu'au moins les cendres vous en demeurent. Celles d'un amant si respectueux, si raisonnable et si peu intéressé, méritent bien d'être gardées; et vous ne devez