‹ Œuvres: lettres et poésiesChapitre 3 sur 134 · A MONSEIGNEUR LE COMTE d'AVAUX · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR LE COMTE d'AVAUX

à Munster'.

[A Parii, »... 1644.]

Monseigneur, vous ne sauriez croire combien c'est une chose embarrassante que d'avoir à écrire de temps en temps à une personne qui ne vous fait point de réponse. J'aimerois autant parler à un sourd ou àuiie muraille. Encore, ce dit-on, les murailles ont des oreilles; et quand on ne me répond rien, il me semble qu'on ne m^a point entendu. 11 y a plus de six semaines que je tâche à vous faire une lettre, sans en pouvoir venir à bout, et que je songe à vous écrire.

Mais je ne sais bonnement que vous dire.

Qui est assez, pour se taire tout coi.

On me pourroit bien dire , peut-être, ce que Vibius Crispus, vir ingenii jucundi et elegantis , dit à un

' Nous avons vu (p. 406) que d'Avaux avait été nommé conjointement avec Abel Servien plénipotentiaire pour la paix à Munster. 11 y était arrivé vers le milieu de juin. On trouve dans la collection in-4de Conrart(t. VI, p. 1151) une relation manuscrite de son entrée dans cette ville et de la réception qui lui fut faite, du 17 au 24 mars.

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jeune homme qui se plaignoit à lui de ne pouvoir trouver d*exorde à une harangue qu'il avoit faite : Numquid, inquit, adolescensy melius dicere vis, quant potes? Certes, pour vous avouer le vrai, je voudrois bien ne vous rien écrire , nisi perfectum ingeniOy ela^ horatum industria^ nihil nisi ex intimo artiftcio de^ promptum. Cicéron pourtant, qui étoit un grand artisan de paroles, et de qui j*ai pris ces dernières , se trouvoit empêché, aussi bien que moi, dans de pareilles occasions . Et me scripto aliquo lacesses, dit-il à quelqu'un de ses amis; ego enim melius respondere sciOy quam provocare. Toutefois, monseigneur, comme on dit que, qui répond paye, je crois aussi que qui paye répond, et que c*est à moi, de quelque façon que ce soit, à trouver moyen de vous entretenir, puisque je suis payé pour cela. Vous feriez pourtant une grande libéralité, vous qui aimez à en faire, si, au bien que vous m'avez déjà fait, vous vouliez ajouter celui de m'écrire quelquefois : car je vous avoue qu'il n'y a que vous qui me puissiez donner de l'esprit, et il me semble que j'en manque plus que jamais, depuis que je n'ai plus l'honneur de vous voir et de vous entendre. Que si vous prétendez que la dignité de plénipotentiaire vous dispense de répondre, Papinian avoit à sa charge toutes les aflaires de l'empire romain, et je vous montrerai en cent lieux, dans de gros livres, Papinianus respondit et respondit Papinianus. l^es plus sages et les plus prudents étoient ceux qui avoient accoutumé de répondre, et de là responsa sa^ pientum, eiprudentum responsa. Lès oracles mêmes, quand vous f»n seriez un, répondoient , et il n'est pas

6 tSTTRE$ DE VOlTUfip.

jusqu'aux chçses inanitnée^ qui ce s$ mettent qu^h quefois en Revoir de réppndire :

Trois parol<3s que voui me direi me doinKirmit mAtllfi de ¥Qui éertre plu»i#uri pages !

JVisrtfi iMunM onyx eUeiei eadnm.

Il ne vous fapt point de temps pour celay ou, |f*il en fgut quelqu'un, il ne faut que ce temps çt cet esprit quf you£| employé; les ^oirg à vous jouer avec vos gens, Pardonnez, monseigneur, à mon importunilé ; p^r, peur vous dire le vrai, j'gi un désir incroyable de savoir de vos nouvelles ; et si vo§ lettre^ se pouvoient acheter à pri^ d'argept, il y aurpit longtemps qu*il ne mis resterpit plus rien dç vos quatre mill^ franchi et que je vous aurois r^ndu tout ce que vpus m'av^y donné. I^ous avons eu cette année une grande difRculté à être payés; néanmoins, je l'ai été. Selon que M. dç Bailieul * me parle de temps en temps, il me semble qu'ij attend quelque remerciement de vous. Je vpus supplie très ^humblement} quand vous lui écrirei: (aussi bien, peut-être, vous ne savez quelquefois quç lui dire), de lui en toucher quelque chose et de lui témoigner qu'il vous a fait plaisir. M, de **" sera biei)tôt auprès de vous. Sa femme, qui est fprt jolie çt fprt aimable, est cxtraordinairement aimée de la reine. Faites, je vous gupplie, qu'il die du bien dp vous h son retour. Jq suis en quartier (Jle maître d^hôlel çhçz le roi, et pas trop mal chez la reine. Mais je vous en*

napr^ «n 1643, et meuriit en f @B2.

AU coure o'AVAy;i (}644). 7

br«(i§Bi trop longtemps» i^t c'^st un ha wd » vouff «t6ip 1$ loisir d'ip» t^fit écouter» Je ypu» bai^ irèsThymblem^pt Imi mains, ^t suis, mpus^igu^ur, votroi ete«

I7S{. — AU irtME.

Vous^igneur, y a-t^il rieu de plus beau ni de plus grwid que le eommencemeut de votre lettre ? Eu viritéi il n'y ^ pas tant d'honneur à ne point faillir qu'il y en a h s'accuser de la sorte ; et cette franchise d*avouer eu vous des défaut^ que vous pourriei; ejccuser ne peut partir que d'un admirablement bon fonds, et d*un^ 4me riche, libérale et justement confiante. Je ne sais si c*est qu'un si honnête e^orde m*ait entièrernent ga^ gué; mais je suis demeuré persuadé de tout ce qu^ vops dites ensuite, et j'ai relu votre lettre trois fois avec grand plaisir. J'ai remarqué une beauté, une netteté et un agrément qui m'a fait ressouvenir de ce

que dit Quintilien l M^ssalQ^ nitidus et çandidus, et quodamw-odo prce $ç feren$ in dicendo nobititateni' $mtn. Mais, avec votre permission, vous ne vous êtes pas servi du même esprit pour m'accuser» \a dernière partie de votre lettre est bien piqs foible que l'autre, et, au contraire de ce que dit Cicéron de Cœlio meliu§ Qbjicientecrimina, quamdefendente^ bonarnsinUtrum habeis^ malam deûpieram. Premièrement, si c'est sauf cause et sans mécontentement que vous aveiç été tant de mois sans me rien répondre et que vous m'avez re^fusé un billet de trois lignes, sans mentir, monsei-

peur, vous n*ave7 pas usé en cela de votre bonté ordinaire, principalement en un temps où les choses

8 LETTRES DE VOITLRÊ.

que vous aviez faites pour moi vous obiigeoient, ce me semble, à me traiter plus civilement, de peur qu'il ne semblât que vous vous reposassiez trop sur le bien que vous m'aviez fait: car enfin, quoique j'estime vos bienfaits, j'aime encore mieux vos caresses, et si l'on ne pouvoit être de vos commis et de vos amis en même temps, je pense que vous me faites bien l'honneur de croire que je ne délibérerois guère sur le choix. Que si c'est à cause de quelque mauvaise satisfaction que vous aviez de moi que vous êtes demeuré dans un si long silence, j'ai encore plus sujet de m'étonner que vous ayez gardé cela si longtemps sur votre cœur contre moi, qui depuis mon enfance vous ai toujours aimé, honoré, estimé si constamment, si parfaitement, si hautement que, nonobstant beaucoup de grandes et importantes amitiés que j'ai faites depuis, il n'y a eu pas un de mes amis qui n'ait jugé et qui n'ait vu, que de tous les hommes du monde vous étiez celui pour qui j'avois le plus d'inclination, et auprès duquel j'aimerois mieux passer le reste de ma vie. Cependant, après tout cela, et après une amitié de vingt-cinq ans, s'il court un bruit qui vous déplaise, vous jugez que c'est moi qui en suis l'auteur, parce qu'il s'est trouvé conforme à l'interprétation que j'avois faite de votre énigme; et cela vous paroit plus vraisemblable que non pas que tant des gens qui sont de delà, ou qui sont ici, et qui inventent tous les jours tant d^autrcs contes, aient donné crédit à celui-là. Votre lettre me sembloit exlrêmement jolie; ce zèle que j'ai en toutes choses pour vous fit que je la lus à deux de mes amis, et que je leur dis le sens que je donnois à la ligne que vous

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avez laissée en blanc. Ni eux ni moi ne crûmes pas que cette explication vous fût désavantageuse, et ne le croyons pas encore; mais il ne faut point vous le disputer davantage. Vous avez votre honneur à garder, et je loue cette modestie, pourvu que vous ne me teniez pas capable d'une extravagance. Si vous ne faites cas de moi, monseigneur, qu*à cause que Ton dit que j'ai quelque sorte d'esprit et que je sais faire quelquefois une belle lettre, vous ne m'estimez que par la qualité que j'estime le moins. Ceux qui me connoissent ici me louent d'avoir beaucoup d'amitié, de foi, de discrétion et de probité. Toutes lesquelles choses, si vous n'avez connues en moi, vous y en devez au moins avoir vu les semences dès ma première jeunesse. Enfin, j'ai beaucoup de raisons de me plaindre de ce que vous m'avez cru assez inconsidéré pour avoir donné lieu à une médisance, puisque vous la nommez ainsi, et de ce qu'ayant cru que je l'avois faite, vous ne me l'avez pas plus tôt pardonnée: car, sans mentir, vous ne m'aimez pas la moitié de ce que vous devez, si vous n'êtes capable de m'en pardonner bien d'autres. Je vous supplie de me défendre mieux une autre fois devant vous-même, et de me regarder comme une personne qui a pour vous une passion sans exemple, et qui est parfaitement, monseigneur, votre, etc.

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