‹ Œuvres: lettres et poésiesChapitre 45 sur 134 · BILLET V · texte numérisé non relu

BILLET V

(BépoiiM^)

Dans l'affliction horrible où je suis, je ne me eroyots

^ Cofttar avait écrit à Voiture une lettre de consolation sur U

ciiNU^It) d*aucun plaisir ; et cepeudant yen ai reçu de votre lettre. J*en aurois quelque boitte, s'il veaoii d'ailleurs ; mais il me semble que je ne dois rien refuser de si bonne part , et qu'en quelque temps que ce soit, il est honnête de se réjouir d'une affection comme la vôtre. Ce que vous désirez de moi est fort juste» et plût à Dieu qu'il me fût possible ! Mais j'éprouve bien la vérité d'un mot que vous m'avez appris de Sidonius ApoUinaris : <c Que l'esprit des poètes dans les déplaisirs étoit aussi empêtré que les poissons dans les filets : ingénia pœiarttm mœroriints, ut piêcienii retibus amiduniur. »

Si je puis jamais me développer et me débarrasser de là, je ferai ce que vous me conseillez, et ce que mon devoir m'ordonne. A cette heure, vous me pardonnerez bien, si je dis :

Nil niti flere libet, ek,

Fku earenl lacrymœ, ni$i ewn êlupor êbêHtU Ulit.

Si cette source, qui couloit autrefois avec une facilité que vous estimiez, étoit aussi vive que celle de mes larmes l'est maintenant, vous auriez bientôt le contentement que vous souhaitez. Mais, monsieur, la tristesse et la douleur sont bien pires que cette bourbe et ce limon qui bouchent quelquefois le conduit de nos fontaines et qui empêchent leur cours :

SeUieei «1 Umut vtnoê eawaw«( in undii,

Lœsaque iuppreuo fonte retistU aqua :

Peetora iic mea iunt, limo vitiala m(Uommf

Ht Carmen vena pauperiore fluil,

mort du marqnis de PiBaoi/tuâ k la iMiUiUe de ^or4tingeD, le 3 août 1645. Voyei Enlretiem, p. 466.

152 LErruEs de voiture.

Je ferai pourtant tous mes efforts pour satisi'aire M"><^cle Rambouillet, à qui je dois plus qu*à tout le reste du monde ensemble : et si je puis rien tirer de mon malheureux esprit, c'est alors que j*aurai besoin de tout le vôtre pour mé consoler, et ce me sera une seconde affliction plus grande encore que la première.

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