‹ Œuvres: lettres et poésiesChapitre 46 sur 134 · BILLET VI · texte numérisé non relu

BILLET VI

( Réponse ^)

Je n'aurai jamais de secret pour vous, où il ira de votre service et de votre contentement. Je ne vous ai rien dit de l'affaire dont vous me parlez, parce que je ne voulois pas vous donner de la peine sans nécessité, et je savois que ce vous en seroit une, de celer une chose qui me pourroit être avantageuse, si elle étoit sue, vous qui avez tant de passion de m'acquérir et de me faire des amis. Je n*ai garde d'appréhender vos louanges, neque enim mihi cornea flbra est. Pour mes bons exemples, ils ne vous sont point nécessaires pour vous confirmer dans la vertu : c'est assez de vos bonnes inclinations. Je ne sais si celle que vous avez pour moi se peut nommer bonne ; mais telle qu'elle est, je vous prie de me la conserver toujours.

' Voiture apprenant qu'un M. de la ... était en un besoin d'argent, lui fit porter dans 8a chambre mille pisloles qu'il le pria de garder jusqu'à l'entier rétablissement de ses affaires. Le bienfaiteur ne souffla mot de cette action ; mais l'obligé la divulgua, et elle vint aux oreilles de Coâtar, qui éciivil à Voilure povir le complimenter. Voyez KturctietUf p. 471.

COKRESPOXDANCE AVEC COSTAR. 153

BILLET VIP.

Vous serez bien aise d'apprendre que M"'** de [Saintot?] a gagné son procès, avec dépens et restitution de fruits depuis vingt-cinq ans. J'en suis ravi, comme vous pouvez penser, moi qui regarde ses intérêts comme les miens propres et qui n'y fais point de distinction. Cependant, monsieur, ma joie n'est pas toute pure, parce que j'ai su des gens du métier que notre rapporteur a fait une très-haute injustice en ma considération, et qu'il nous a donné beaucoup plus que nous ne pouvions prétendre légitimement. Pour moi, puisque je suis cause en quelque sorte de la perte que souffriront nos parties, je suis résolu de les dédommager par quelque voie indirecte, et j'en ai trouvé des moyens que je veux vous communiquer à notre première entrevue. Ce qui m'embarrasse le plus, c'est que M. de **% qui m'a fait ce qui s'appelle un tour d'ami, me croit sans doute obligé d'être le sien tant que je vivrai, et je vous avoue que je ne le puis, et que même il m'est impossible de n'avoir pas pour lui du mépris et de la haine. A la vérité, j'approuve ce que disoit un ancien , qu'il ne voudrait pas être assis sur un tribunal oii ses amis ne. trouvassent pas plus d'accès et plus de faveurs que les étrangers; et je condamne fort cet impertinent* Athénien, qui, étant prêt d'entrer en charge, fit assembler tous ses amis et renonça publiquement à leur amitié : il eût bien mieux fait de renoncer à l'avarice, à Tor-

* Entretiens, p. 173.

gueil, à ropiniâtreté et à plusieurs autres vices qu*ii fit paroitre pendant son gouvernement ; et il est certain qu*il y a des grâces que les magistrats peuvent faire sans blesser leur honneur et leur conscience. Mais quand il& vendent nos fortunes et nos vies, ou qu'ils les sacrifient à la passion et aux intérêts des autres, alors j*en ai autant d'aversion et d'horreur que ce bon empereur qui disoit souvent : QuUl avoit toujours un doigt tout prêt pour crever un ail à un mauvais juge. Et sans mentir, je suis au désespoir que le nôtre ait acquis sur moi une sorte d'obligation que je ne saurois payer sans crime , et que je ne saurois manquer de reconnoitre sans ingratitude. Vous connoissez, monsieur, ce seigneur romain que Caligula fit mourir, parce quUl avoit plus de vertu qu*un tyran rCen peut souffrir en un sujet avec sû^ reté. Quoiqu'il fût dans, un besoin fort pressant , il ne voulut i)oint d'une somme notable que lui offrit un mauvais riche de ce temps-là, et répondit à ceux qui s'étonnoient de ce refus : Je ne veux rien devoir à un homme avec qui j'aurois honte qu*on me vit boire. J'en dirois bien autant de M. de ***, si les choses étoient à recommencer. Conseillez-moi, monsieur; j'ai grande envie de vous entendre là-dessus.

BILLBT Vlll.

(Réponse*.)

Jamais M. de *** ne me voudra tant de mal que je m'en veux à moi-même de l'avoir fâché. Je ne res-

' Voiture, en diBcutant sur un point de Htiéralure ou d'buMirc

temble pas à ce Msevius d'Horace, qui se pardonnoit avec tant d*inâulgence les mêmes fautes qu'il reprenoit si aigrement dans ses amis :

Bgomet mi ignoico, Mœviut inquU.

Au contraire, il s'en faut bien que les vices des au* très me choquent et me déplaisent comme les miens propres; et quelque honte qu'on me fasse de mes sottises, elle n'égale point les reproches que j'en reçois de ma conscience. Je ne saurois vous dire, monsieur, comment je m'échauffai si fort hier au soir. Ordinairement mon pouls est aussi réglé à la fin de la dispute qu'au commencement; je n'en change ni de voix ni de couleur, et les contradictions éveillent mon esprit sans exciter ma colère. À n'en point men* tir, j'aime un peu plus la vérité quand c'est moi qui la trouve que quand c'est un autre qui me la montre; mais, quoi qu'il en soit, je cède et me rends tout aussitôt que je l'aperçois, et souvent, dans la chaleur de la contestation, je me suis arrêté tout court, me cou* tentant de remporter sur moi la victoire que je n'avois pu gagner sur l'opiniâtreté de mon adversaire. Depuis vingt ans que je me mêle de ce métier-là, je ne me souviens pas d'avoir hasardé une seule fois les bonnes grâces des personnes avec qui j'ai eu ces sortes de conférences. Pour ce coup, monsieur, j'ai

arec M. de ...., s'était fort échauffé, et avait usé peu modérément, à ce qu'il paraît, de ses avantages. Costar lui adressa à cet égard quelques remontrances fort justes et assez spirituellement exprimées. Voiture répond, et le regret i\\C\\ témoigne e»t nne «et» ▼elle preuve de la droiture et de la bonté de son caractère. Voye» Entretlentf p. 479.

1Ô6 LETTRES DE YOITUKE.

péché contre mes maximes, et j*en suis assez puni par le regret et la confusion qui m'en demeurent.

Je ne réponds pas aux railleries que vous faites de moi : elles seront une partie de ma pénitence, et je les souffrirai patiemment pour la réparation de ma faute. Si vous voyez M. de **% je vous prie de le préparer à recevoir bien mes excuses et mes satisfactions. J'attends ce bon office de vous, de qui j'en recois une infinité à toutes les heures.

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