AU MÊME
A Paris Le 27 [ou i7} avril 1$4&.
Monseigneur, si vous eussiez été ici, vqus auri§2 retranché une partie de ces vers, et vous in*gurje^ f^\i corriger l'autre ; aussi je ne vops les envoie qug pgyr vous faire voir conibien je sui§ destitué de ^011^ bon conseil et même de tout bon esprit, quand je n'ai p§^ l'honneur d'être auprès de vous. Jugeg sur cela, Jg vpuç supplie, monseigneur, combien je spubait§ vptr^ retour, moi qui ne prendç pas trpp ^e plaisir à §tr^ sot, ni 4 le paroître, et si je n'ai pas gr^nd intérêt de désirer que vous ne demeppiez p^s longtemps en Lfan^ guedpc. Celles dont vou^ avçz emporté le coeur n6 perdent pas t^nt fin^ nioî à yptre ab^ençç, et nf- vpys attendent pas avec plgs d'infip^tiisnçe que j§ fais, Jp connois pourtant une personne qui, en tous lieux et eu toutes rencontres, me fait voir des »rei|¥f^s |n$rveilleuses d'une extrême amour ppyr youg; maiS| fn^-
seigneur, vous m'avez si bien déniaisé et m'avez rendu si défiant , que nonobstant toutes ces belles apparences, je crois que je suis la personne du monde qui vous aime le mieux, et pour corriger cette liberté de parler, qui suis avec plus de respect et de zèle, monseigneur, votre, etc.
179. — A MONSIEUR d'ëMERY, Cootrôlear général des fiDanoes '.
Monsieur, quand vous ne voudriez pas que je parlasse de vos autres lettres, vous me permettrez, au moins, de louer celle que vous avez écrite à M. d'Arles sur mon sujet, et de vous dire qu'il n'y a guère que vous en France qui en puissiez écrire une pareille. Particulièrement l'endroit où vous dites que, pour accourcir mon affaire, vous voulez avancer votre argent, me semble une des plus belles choses que j'aie jamais lues, et quelque modeste que vous soyez, vous m'avouerez que c'est une noî)le façon de parler, que d'offrir vingt-huit mille francs pour un de ses amis, et qu'il y a bien peu de gens qui sachent se servir de ce style-là, et qui se puissent exprimer de la sorte. Du moins, monsieur, je vous assure que, entre tant que nous sommes de beaux esprits dans l'Académie, nous ne nous serions jamais avisés d'écrire ainsi, et que parmi tant de belles pensées que nous trouvons, il ne nous en vient point de pareilles à celle-là. C'en est, à parler
. ' Mss, de Conrart, p. 905.
' 11 s'agit vraisemblablement d'un brevet de charge ou de gratification accordé à Voiture.
A MONSIEUR d'ÉMERY (t645). 17
sérieusement, une très-belle et très-haute,, [et pourvu qu'elle eût été avec un peu plus de choix, et qu'elle fût employée en une personne qui valût mieux que moi, il n'y a point d'honnête homme qui ne se dût estimer davantage de l'avoir eue. Je vous assure , monsieur, qu'elle a fait naître en moi toutes celles qui y doivent être, c'est-à-dire que, comme vous avez tous les sentiments d'une âme très-libérale, j'ai tous ceux que doit avoir un cœur bien reconnoissant, et que je puis dire que je reçois ce bienfait aussi généreusement que vous le faites. Il m'a mis dans l'esprit tant de désirs et d'ardeur de me rendre digne de l'amitié que vous me témoignez, et y a imprimé tant de respects et d'amour pour votre générosité, qu'à en juger sainement, il n'y a point plus d'honneur à faire un plaisir comme vous l'avez fait, qu'à le reconnoître comme je le reconnois, et que, hors que vous exercez une vertu plus éclatante, vous n'avez en cela guère d'avantage sur moi. Cependant, ne pouvant pas m'acquitter autrement de l'obligation que je vous ai, je vous assure, au moins, que je la saurai bien raconter, et il vous doit revenir tant d'honneur d'une action comme celle-là, qu'il me semble que c'est vous la payer en quelque sorte, que de la dire. Vous croirez bien que je n'ai pas oublié d'en parler en un lieu que vous savez. Si on peut juger quelque chose des sentiments du cœur par les mouvements du visage, je vous assure qu'il y a une personne qui en a eu autant de joie que moi ; au moins, elle rougit en m'en entendant parler, et il me sembla que je voyois en elle une secrète satisfaction d'être aimée d'un homme qui valût tant et qui étoit
18 ' LIÇTTUËS ^ VpiTfJftÇ.
si fçrt Ipyé 4# toii9 c^w qui s# trouvèrent là, HmÙ» i dfre je vrai, il n'y a ppint â*4ine gépéreus§ qpç ces sprte§ d§ phose§ ne doivçfît ioucb^r; et quand v^iis ^urie^ fait p^ur un jiutre ce qu# vpus avei fa\\, ppiir moi, j'§n aurois le n)ên|§ re^ptiment quç j'ep ^, al eela seul n^'pbligerpit ^ étr§ U>Uto ipa Yie, çooune je le * suis, votre, etc.]
liO. <«-A MONSIEUR ra eHANTBLOU*.
Le 6 juillet 164b.
|loi)^ieur, e*est en effet be^uçoyp d* affaires à la fpî^ qu'une maîtresse et un procès. M^is s'il vous cjjt plu prendre le soin (lu procès, et me laisser la maîtresse ^ servir, quoique tous yps çoipmandeinents me ^iept infiniment agréables, je vpus pvoue que j'eu§se r^çp celui-là plus volontiers. J*aifait p^^ler à votre r^ppor- Heur, et il a promis qu'il ne r^pporteroii point votrp affaire de ce parlement. Je prétends, monsieur, vous avoir donné en cela la plus grande marc|ue que jg vpu3 saurois jamais rendre de mon obéissance : car, délirant passionnément d* avoir Thonneur de vous rpvpir et étpnt extrêmement jalouj( de la dapie qui vous retient, vous ne pouviez riei) désirer de moi où j'eusse tant de répugnance, que d'ordonner qup je vous procurasse moi-même les pioyens d'être plu^ longtenops éloigné d'ici et de demeurer encore deux mois auprès d'elle. Vous ayant obéi en cela, vpus ne sauriez jamais douter que je ne sois ep toutes rencontres, monsieur, votre, etc.
* |Ç« billtt pi IfiB lieui »Mtp#i, ai) mime (p. 9S «i 14). «9 te Iftuveiit pas daRs la j^reroière édiUoii.
AU MARÉCHAL DE ^HOHBEflG (1645). 19
4$l.f-^A MdNSBIftNIUR LB MABÉCHAL BE ^HOMIBM*
A Paris, les d'aoÂtl645<.
Monseigneur, vous m'ayez fait l'honneur de m'éerire de §i obligeantes et de si Celles paroles, qqe je n*ai pu jusqu'à cette heure me résoudre k J répondrCi Ae peur de me faire voir indigne de vos louanges, ou dç vous en donner qui ne fussent pas dignes de vous. Toiit ce que je vous puis diye de votre dernière lettre, c'est que, si j'avois tant soit peu moin3 de passion pour vous, vous seriez Thomme du monde qui pie feriez le pli}s4e dépit. Mais je prends tant de p^rt h tout ce qui vous regarde, que la vanité que vous m*ôtez de mes lettres, je la reprends des vôtres, ^i ja me glorifia dai choses que vous écrivez, comme si e'étoit mpi qui les eusse faites. Au reste, monseigneur, quand vous doutez si Je me fiiiuviandpai de orifiorç^ pu si j'approuverai y^ roues , vous vous déQez U'op de mft niémpire et de mon jugement. SeQi rneqtir, le proverbe, que toiitee eemp^raisons sont odiauseï, e$it bien fau# an vouSf II n*y a rien de si indénieuK ni de si ftgréable que (Pllt#P celles que vous imagines, al voufs qui en reneoslraK sur toute&sortas de sujet», vou« ne leufiei riep treu^ver que vous pui^iep comparer aux vôtrep. Naiit comme les belles ebosee yous eeOtapt peu, veus HP les sauriez estimer ce qu'elles valent. Nous qiii lei faisons venir de loin, et qyi pelestraiivpni qu'avec beaucoup de travail, nPUK lei seuripQi priser bien duv^ntage, et npus nous (iandrî§na ri^bip dei biens dont
vous ne faites pas de compte , et que vous êtes prêt
' Far. 1646 (première édiUon).
20 LETTRES DE VOITIRE.
de désavouer. En vérité, c'a été une bonne fortune pour nous autres, qui faisons les beaux esprits, que le vôtre ait été employé jusqu'à cette heure à commander des armées et à conduire des provinces, et que votre naissance vous destine à une plus haute gloire qu'à celle de bien écrire. Vous nous auriez bien embarrassés, nous qui ne savons faire autre chose, et qui ne pouvons avoir de plus hautes visées. J'ai écouté avec étonnement, avec peur et avec joie ce que vous avez fait dans Montpellier* . Il me sembloit que je voyois Rodomont au milieu de Paris : car il vous souvient, monseigneur, qu'il résista seul à tant de peuple.
JVo» foffo, merlOj trave, areo, o baUêtrùf Ne cià che sopra il Sarradn pereote , Pwmno allenlar la valoroia destra.
Pour vous dire la vérité, hors qu'il n'avoit pas les pieds si bien faits que vous, je vous trouve assez de son air, et quand vous avez l'épée à la main, je crois que vous lui ressemblez encore davantage. Mais, monseigneur, peut-être qu'à l'heure que vous lisez ceci, vous avez encore quelque autre chose aussi importante à faire et je vous arrête ici par une trop longue lettre. Je vous supplie très-humblement de me faire l'honneur de me mander, si enfin l'affaire du Pont- Saint-Esprit est achevée, ce qu'il faut que mon neveu fasse, quand il partira, où il ira, à qui il s'adressera. Doralice * me cherche partout et m'envoie quérir tous les jours pour me parler de vous. Je la nomme
' 11 y avait eu une révolte dans le Languedoc. ' Amante de Rodomont, dans le Roland furieux.
AU DUC d'ENGHIEN (1645). 21
Doralice sans mauvais augure, et sans imaginer aucun Mandricard '. Je suis, monseigneur, volrc, etc.