A LA MÊME
Depuis* que vous nous avez laissés, il n*a point coulé de moment qui n'ait ajouté quelques nouveaui^ déplaisirs aux miens, et je n'ai point passé d'heure que je n'estimasse être celle de ma mort. Mais je vois bien que mon âme, sous la tristesse qui l'accable, n'a pas seulement la force de sortir, et que, si elle se tient encore dans mon corps, c'est comme ces Paresses des Indes dont l'on vous parloit, il y a, ce me semble, plus de cent ans, qui ne se peuvent résoudre de quitter l'arbre où il n'y a plus de quoi les nourrir, et qui aiment mieux mourir en langueur que d'avoir la peinQ de changer de demeure. Je vous assure que je n'en* chéris rien dessus la vérité , et ce grand esprit, qui vous fait imaginer si facilement toutes choses, ne vous sauroit faire comprendre la moitié de mes ennuis. Je passe les jours entiers sans ouvrir les yeux, et la plus grande partie de la nuit sans les fermer : et ce qui
' Mss, de €ourari , p. 498. — Jointe à la précédente daag la
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doit VOUS étonner davantage, ces mauvaises heures d'impatience et de désespoir, et ces nuits que la crainte de vous avoir déplu me faisoient veiller avec tant de mortelles inquiétudes, je les regrette à cette heure comme des joies perdues et des douceurs de ma vie passée. Voilà le châtiment que méritoit la plus grande folie qui fût jamais, et les peines qu'il faut que je souffre pour vous avoir su trop bien connoltre. Mais au milieu de toutes ces afflictions , quoique je voie bien qu'il n'y a autre issue que celle de ma vie, et que toutes les faveurs du ciel et de la fortune sont trop foibles pour m'en tirer, je crois encore, sans que je me puisse imaginer comment, qu'il ne vous seroit pas impossible de me faire mourir bienheureux, et que tout ce que le reste du monde ne pourroit pas, vous le pourriez toute seule.