A LA MÊME
J'espérois tirer cet avantage de la solitude où vous m'aviez laissé , que je n'y serois diverti de personne, et qu'étant en un lieu où je n'ai point du tout de connoissance, j'aurois loisir de vous mander quelqu'une de mes pensées. Mais voilà qu'à peine me donne-t-on le temps de vous rien dire pour m*emmener à Fontainebleau, et la fortune me présente une occasion importante d'y aller exprès, comme je crois, pour m'ôter le contentement de vous écrire. Au moins quelque beau semblant qu'elle me puisse faire, j'ai trop de sujet de me défier d'elle, après en avoir reçu
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de si mauvais offices, et je ne pense pas qu'elle voulût plus se remettre bien avec un homme à qui elle a fait tant de mal. Toutefois, m' ayant conservé jusqu'ici au milieu de tant de maux, je pourrois espérer, si je n'avois perdu tout courage , qu'elle me réserve à quelque chose de grand , et que peut-être elle veut faire voir en moi quelques-uns de ses miracles, puis^ que déjà elle y en a fait un si étrange en me sauvant la vie. Mais la dernière faveur qu'elle m'a faite est beaucoup plus grande que celle-là, et je lui suis plus redevable de m'avoir fait retrouver, par le plus grand bonheur du monde, la première lettre qu'il vous a plu m'écrire, après avoir été deux jours égarée. Je ne sais si je vous le devois avoir mandé : mais dès l'heure qu'elle fut entre mes mains , je reconnus que je puis encore recevoir quelque joie, lorsque je ne vous vois point ; et tant que j'ai été à la lire, je doute si j'ai été affligé de votre absence. Ne croyez pas que cela soit peu de temps : car c'est presque tout celui qui a passé depuis que je l'ai reçue, et c'est la seule occasion où mes yeux m'aient servi avec plaisir depuis que je ne vous vois plus. Je vous jure que je vous dis ceci avec vérité, quoique j'aie vu plus d'une fois vos deux bonnes amies, et que je n'aie rien trouvé d'agréable dans le ton de la voix de l'une, ni dans l'action de l'autre. Toutes les fois que j'ai été chez celle avec qui je vous laissai , les vers du Tasse que je la priai de lire, ont fait la moitié de son discours, et ses gestes l'autre : et quoique ce soit deux choses excellentes en leurs espèces, cela pouitant n'a pu empêcher que je n aie été aussi triste que la première fois que vous
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m'y avez vu ; et je n'ai riea trouvé en elle qoi m me doive consoler de l'avis que vous me donnes, que je n'en saurois jamais être aimé* Toutefois, son amitié me pQurroit être plus uUle que vous ne pense* » et je la devrois. rechercher avec plus de peine que je ne fais pas, puisqu'elle est assea résolue pour tuer oeux qu'elle aime, quand ils sont si malheureux que moi, liais je vois bien qu'elle ne m'accorderoit paa cette faveur, sans connoissance de cause , et que devant que de me faire mourir, elle me voudroit mettre à U question. Au moins , elle commença à me la donner )e dernier jour que je l'ai vue, et me fit beaucoup de demandes touchant la cause de mon transisaement qui dure encore. Mais un homme qui sait supporter votre absence, saura bien endurer la gène; et il n'est pas a croire que les tourments me fassent rien dire, puisque je suis tant accoutumé à souifrir, et qu'ayant déjà confessé une fois, je n'ai pas vu que pour cela on ait en rien diminué les miens. C'est à vous à qui je fais ce reproche, et de qui , ce me semble, je me dois plaindre: que vous ayant avoué mon crime, vous ne soyez pas assez juste pour me faire mourir, ni asseis bonne pour me laisser vivre. Je vous demande l'un ou l'autre de toute mon aifection, et si je ne puis e8«pérer de vos faveurs, au moins faitesrmoi justice. Hais quoi que vous ordonniez , je vous supplie que je l'en^ tende de votre bouche , et il m'importe peu que ce soit la vie ou la mort, pourvu que j'aie l'une des deux en votre présence. Il n'y a point d'entreprise hasar*deuse dont je ne vienne à bout, ni de châteaux encbaiiiés pu je n'entre sous votre conduite. Que si 1^
ençhaatements qui empêchent qu'on ne nous voie doivent être achevés par le plus fidèle ou le plus amoureui^ homme du monde, je vous assure que je les dois mettre à fin et que cette aventure ne P9ut être due à un autre qu*à moi. Mais voilà que M. de B. . . , avec qui je m'en vais, m'envoie dire qu'il eftt prêt de partir, et je n'oserois le faire attendre, car je l'honore beaucoup. Il a une maison au M.**, où il doit aller dans quinze jours. Il me faut plus de loisir que je n'en ai pour répondre à des lettres qui ont besoin de commentaire. Vous me donnerez donc , s'il vous plaît, du temps pour cela : car jusqu'ici, à peine en ai-je eu assez pour les bien entendre.