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grande résolution dans un si grand sujel de m*affliger fait que je commence à croire tout de bon que vous ne mentiez pas, lorsque vous me disiez que vous m'aviez donné votre coeur : car si je n'avois que le mien, je ne pourrois résister à tant de déplaisirs, et je sens bien qu'une force si extraordinaire ne vient pas de moi, et qu'il faut que ce soit de vous qu'elle me vienne. A dire le vrai, c'est une étrange aventure que celle qui m'est arrivée, d'avoir trouvé en une seule personne tout ce qu'il y a d'aimable au monde, Tavoir aimée aussitôt que je l'ai vue, et l'avoir perdue aussitôt que je l'ai aimée ; que mon bonheur se soit fait et se soit évanoui en un Instant; et qu'en si peu de temps j'aie eu autant de sujet de me réjouir et de me plaindre. Quoi qu'il en soit, je ne puis que tenir bienheureuse l'heure en la^ quelle je vous ai vue, et je ne donnerois pas l'image seule qui me reste de vous dans l'esprit pour tout ce qu'il y a de plus solides biens sur la terre. Je me con« .Armerai davantage dans cette opinion par la réponse que vous me ferez; et si elle m'est aussi favorable que les paroles que vous m'avez dites, je tiendrai pour bien employées toutes les peines que je souffrirai pour vous. Ne craignez donc point, je vous supplie, le péril que vous me disiez qu'il y avoit à écrire, et mettez-vous en quelque hasard pour me tirer de celui où je serai, si vous n'avez pas soin de moi. Considérez donc, je vous supplie, en m'écrivant, qu'il n'y a rien qui oblige tant une âme bien faite qu'une confiance entière, et qu'il est raisonnable que vous donniez quelque consolation à un homme qui n'en veut plus et qui n'en peut plus avoir que de vous.
LETTRES AMOURSUBBSi 831