A MADEMOISELLE [dE V... A BLOIS
Mademoiselle, la plus grande joie que j*aie eue de ma vie est celle de vous avoir vue , et le plus grand déplaisir celui de ne vous voir plus. Que je meure, si mes yeux ont pu rien trouver d'agréable depuis que je vous ai quittée! J'ai laissé à Blois tous les plaisirs quej'avois accoutumé de trouver ici, et j'ai à Paris plus d'ennui que je n'en ai jamais eu en lieu du monde. Je serois pourtant bien marri d'être moins affligé, et j'aime ma tristesse quand je songe qu'elle vous plairoit, si vous la voyiez. Il est juste, sans mentir, qu'une si bonne fortune que celle de vous avoir trouvée me coûte quelque chose, et quand j'en devrois perdre le repos de toute ma vie, je ne croirois pas Tavoir achetée à trop haut prix. Le moindre souvenir, ou le souvenir d'une de vos moindres actions, ou de quelqu'une de vos paroles, me donne plus de satisfaction que toutes les sortes de malheurs du monde ne me peuvent donner de peine, et au même temps que je souffre, que je ne vous vois point, et que je suis en doute si vous m'aimez, je ne voudrois pas avoir changé de place avec ceux qui sont les plus heureux, et qui voient et qui jouissent. Une si
' Mss,de Conrartf p. 617.