A PROPOS DU CREDO DE DOMINICIS PER ANNUM
Tous les voyageurs qui ont parcouru la ligne du chemin de fer appelé Grand Central, reliant Montauban à Rodez, ne cessent de manifester leur admiration pour les travaux d'art auxquels l'établissement .de cette voie a donné lieu. Ces gorges resserrées dans lesquelles coule l'Aveyron, ces roches abruptes, ces montagnes échelonnées par la nature, et presque superposées l'une à l'autre, comme pour arrêter le pas de l'homme, ont ouvert un passage au génie moderne et permis une communication facile entre des populations naguère séparées par tant d'obstacles, mais que le progrès destinait à se venir en aide par l'échange de leurs idées et de leur industrie. Par ce nouveau moyen de locomotion, il est également devenu plus aisé de se rendre aux eaux thermales de ces contrées, dont l'influence salutaire se montre de plus en plus évidente. De là, le grand mouvement qui s'établit tout d'abord sur toute cette nouvelle ligne, mouvement qui devait s'accroître d'année en année, surtout dans la saison d'été.
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Or, le 18 août 1862, uq pea par prindpe de santé et beaucoup plus comme distraction utile, nous partîmes de Montaubau eu famille pour aller passer quelques jours k Cransac.
Je n'essaierai point de décrire les vives émotions qu'il nous fut donné d'éprouver pendant cinq heures, à travers ces sites si pittoresques, ces ponts si nombreux, ces noirs tunnels qui s'ouvraient à chaque instant devant nous, comme autant d'antres dangereux, comme autant de noirs abîmes menaçants : c'est après un pareil voyage qu'on sent vivement la haute mission de l'homme dans la société, et ce que ce roi de la création doit à Dieu, le dispensateur suprême du génie.
Les propriétés manganésiennes des eaux de Cransac sont généralement appréciées ; aussi, dans les mois de juillet, août et septembre, ce modeste et noir village regorge-t-il d'étrangers, qui viennent boire à longs traits à ses sources et respirer l'air vivifiant de ses monts volcaniques. A Cransac, tout est feu, tout est charbon, tout est fumée, ce qui s'accorde peu, à la vérité, avec les goûts d'un certain monde qui veut , en toute occasion , et quoi qu'il en soit, étaler ses magnificences et montrer les fraîches toilettes adoptées par la mode, ou, pour mieux dire, par le caprice du jour. Il résulte naturellement de cela que la société que l'on y rencontre est uniforme , sérieuse , recherchant beaucoup plus l'utile que l'agréable. Ce n'est donc point là ni la physionomie, ni l'animation qu'on
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remarque à LuchoQ, à Arcachon, et dans d'autres stations thermales adoptées par la haute société, et où les figures souffrantes sont en grande minorité.
On conçoit aisément que ce n*est point à Cransac que Ton trouve ces plaisirs vifs et variés qui s'exilent des grandes villes, et surtout de la capitale, avec l'hiver, pour suivre les traces du monde élégant. Dans ce coin du département de FAveyron, point de spectacles ^ point de danses , point de concerts, point de cercles; après avoir visité les forges de Decazeville et d'Aubin, après une excursion faite jusqu'à Rodez, il faut bon gré mal gré s'en tenir à de petites promenades et à des causeries intimes avec les personnes dont une sympathie plus ou moins motivée vous fait adopter la société.
Sous ce rapport nous fûmes favorisés. La présence, a l'hôtel, de trois vénérables ecclésiastiques venus du diocèse de Bordeaux, nous offrit une société telle que nous pouvions la désirer en ces lieux : nous trouvâmes en eux politesse parfaite, douce gravité, instruction variée: nous fûmes bientôt, réciproquement, .les compagnons obligés de toutes nos excursions ; les frais ombrages du grand parc nous virent souvent réunis.
Pour des ecclésiastiques, et pour moi-même, artiste dans le domaine de l'art sacré, le dimanche, passé dans un diocèse qui n'était pas le nôtre, devait naturellement nous fournir quelques sujets d'observation. En effet, ce fut avec un certain sentiment de curiosité que je me rendis à la grand'messe, à
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