DISSBOTATION MUSICALI, A PROPOS DU
laquelle je donnai la préférence sur une messe basse. Il ne s'agissait point pour moi d'examiner la forme, la disposition, Tornementation du monument : Tarchéologie architecturale m'occupe fort peu ; mais j'étais désireux de recueillir quelques observations sur le chant liturgique, objet de mes études constantes. Ce que j'entendis, ce que j'observai ne fut point dépourvu d'intérêt, puisque, en m'offrant un élément inattendu à ajouter aux causes d'altération déjà connus du chant grégorien, je devais trouver là l'occasion et le thème de la petite dissertation musicale que je transcris en ce moment.
Donc, dans une toute petite église, sans espace, sans élévation, sans jour, sans air» et au milieu d'une assistance compacte à étouffer, j'entendis le chant de la messe des simples dimanches de Domnids per annum, chantée par deux chœurs alternatifs, sans aucun instrument d'accompagnement. L'un de ces chœurs, les solistes, se tenait au lutrin, dans le sanctuaire; l'autre, formé de toutes les voix d'hommes recrutées parmi les fidèles ayant quelque aptitude pour le chant, était placé dans une tribune au-dessus du portail d'entrée.
Le chant du Kyrie y du Gloria in Eaxelsis^ du Credo, du Sanctus^ de VAgnus Dei, et de toutes les parties de la messe fut rendu par les deux chœurs alternativement. Je ne dirai rien de leur manière d'émettre le son, de leur prononciation, de leur valeur musicale, de leur unisson, j'observerai seulement que cette manière de faire intervenir les
CREDO DB DOMINiaS PIR ANNDM. 337
fidèles le plus possible dans l'exécution du chant de l'office divin me parut digne d'éloge et entièrement conforme à l'esprit de la primitive Eglise. Quant au chant en lui-même, je saisis aisément le sens mélodique de la plupart des pièces qu'on exécutait, mais j'eus beaucoup de peine à reconnaître le chant du Credo de Dominids per annum^ ou Credo simple, que je vis cependant noté comme dans notre Graduel Romain du diocèse de Montauban, édition de Dijon. Il me fallut un certain temps pour me rendre compte de l'étrangeté de ce que j'entendais. Enfin, après une attention très-soutenue, je fis les remarques suivantes :
Le chant du Credo, tel que les deux chœurs le faisaient entendre, reproduisait bien nominativement les notes indiquées dans le Graduel, mais, par l'altération continuelle qui était faite à deux de ses notes, au si et au /a, la mélodie changeait complètement de caractère. Ce Credo est indiqué comme appartenant au quatrième mode, mi tonique la dominante, et ses périodes mélodiques sont établies sur le tétracorde mi, fa^ sol, la, parcouru diatoniquement, dont les deux notes extrêmes sont le principal élément. Dans la composition du chant de ce Credo, procédant selon la tonalité du plain-chant, on rencontre toujours le demi-ton de mi à fa. Or, on a dû baisser le si d'un demi-ton toutes les fois qu'il se présentait en rapport direct avec le fa inférieur, puisque le si naturel produisait un Triton, intervalle antimélodique et rejeté avec raison par tous