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et amené les musicieDS à la prendre pour leur patronne. Notre tâche va devenir difficile, d'abord à cause du peu d'authenticité de certains traits relatifs à ses talents dans Tart musical, et surtout par la divergence d'opinion qui règne à cet égard. Nous allons néanmoins faire nos efforts pour mettre sous les yeux du lecteur les moyens d'apprécier par lui-même les documents historiques d'après lesquels, pour procéder par ordre, nous avons cru devoir fixer nos regards sur les deux points suivants:
1^ Rechercher quelle a été la participation de sainte Cécile à l'art musical ;
V Déterminer l'époque où les musiciens se sont placés sous sa protection.
Voyons d'abord ce que les annales ecclésiastiques nous apprennent sur les événements qui caractérisèrent et illustrèrent sa vie.
Sainte Cécile naquit d'une famille romaine distinguée par sa noblesse. Dès sa plus tendre enfance elle apprit à connaître et à pratiquer la religion chrétienne, dont les progrès, malgré les persécutions, commençaient à être éclatants. Parvenue à l'âge où la raison éclaire et dicte les résolutions, subjuguée par l'attrait de la vertu, Cécile fit vœu de virginité. Cependant ses parents l'ayant obligée à épouser un jeune seigneur nommé Valérien , la jeune
romaine se soumit avec docilité à leur volonté. Mais le feu de la grâce qui Tembrasait devait la faire triompher de l'obstacle qui se présentait à elle ; aussi, le jour de ses noces> non-seulement elle parvint à faire ratifier son vœu par son mari, mais encore elle le convertit à la religion de Jésus-Christ qui lui avait été inconnue jusqu'alors. Peu de temps après, son ardente charité et l'ascendant que lui donnait sa piété, obtinrent un nouveau succès en convertissant également à la foi Tiburce, son beau-frère, et un officier nommé Maxime. Ces trois conversions ayant fait sensation sur les ennemis des chrétiens, Valérien, Tiburce et Maxime furent arrêtés et scellèrent de leur sang les croyances qu'ils venaient d'embrasser. Quelques jours après, la jeune Cécile eut le même sort, et son front virginal fut orné de la couronne du martyre.
D'après les actes authentiques le martyre de ces trois néophytes et de la jeune vierge qui les avait gagnés au vrai Dieu, eut lieu en l'année 230, sous le pontificat du pape Urbain I".
La mémoire de sainte Cécile ne tarda pas à être vénérée parmi les chrétiens. Les églises s'élevant alors en grand nombre, plusieurs furent placées sous son invocation. La plus célèbre de toutes est celle qui fut bâtie à Rome dans la maison de Valérien, au quartier appelé in transtevere ou au delà du Tibrej et qui fut nommée Sancta Cedlia in transievere. C'est là que la sainte consomma son martyre. Les annales ecclésiastiques nous disent que ce lut
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dans cette église que le pape Symnaque tint on concile en 500. Le pape Paschal, vers Tan 1000, y institua un monastère en Thonneur de sainte Cécile et des trois autres martyrs convertis par elle k la foi, y fit transporter leurs reliques et orna l'église avec beaucoup de magnificence. Il y eut encore plus tard dans cette même ville deux autres églises qui lui furent également dédiées. Mais arrivons à la partie du sujet qui nous occupe.
Quelques auteurs ont cru trouver dans les actes qui ont trait à la vie et au martyre de sainte Cécile, rindication de l'emploi qu'elle avait dû faire de la musique dans ses exercices de piété ; ils ont donc écrit à cet égard, que cette sainte joignait souvent la musique instrumentale à la musique vocaie. Or, c'est ce passage, relatif à ses talents comme musicienne, qui se trouve très-sérieusement contesté par les écrivains qui n'ont voulu s'arrêter que sur des preuves certaines et n'admettre que des documents authentiques. Constatons que les recherches, pour éclairer ce point douteux de la légende de la vierge romaine, semblent avoir été fort nombreuses
D'abord, il parait certain que pendant longtemps les critiques et les liturgistes se sont également occupés de cette question, et qu'ils n'ont pas été entièrement satisfaits des preuves qu'ils ont pu recueillir. La signification des mots de Tantienne appropriée à cette vierge martyre, cantatibus organis, ne leur a point paru assez concluante.
Les auteurs musiciens, particulièrement intéressés
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à découvrir la vérité sur ce poiut litigieux , ont cherché à Téclairer d'un nouveau jour. Au siècle dernier (1 732), un anonyme examina attentivement, dans un écrit inséré au Mercure; quels pouvaient être les motifs qui avaient engagé les musiciens a se placer sous la protection de sainte Cécile, au préjudice de saint Julien et saint Genest, qui, comme nous le verrons, avaient été les patrons des membres de la ménestrandie depuis sa fondation. Les recherches de cet érudit n'amenèrent d'autre résultat que de faire ressortir le vague du texte et rinsuffisance des preuves.
De nos jours, et tout récemment, un savant musicien-littérateur, M. Adrien de Lafage, a traité ce même sujet; et, après avoir parlé des diverses circonstances de la vie de cette vierge martyre, après avoir médité le sens du texte qui a donné lieu k la considérer comme musicienne, il a démontré que ce document avait été l'objet d'une fausse interprétation. Voici ce texte : t Venit dies in quo thalamus collocalus est, et cantatibus organis, illa in corde suo 8o!i Domino decantabat, dicens : Fiat cor meum et corpus meum immacula tum, ut non confundar; et, biduanis et triduanis jejuniis orans, commendabat Domino quoi timebat. Invitabat angelos precibus, lacrymis interpellabât apostolos, etc. Le moment vint [de placer le lit nuptial, et tandis que les instruments résonnaient, Cécile dans son cœur chantait pour Dieu seul, en disant : Puisse mon cœur et mon corps se conserver sans tache, afin que je ne sois pas confondue ! Et,
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accompagnant ses prières de jeûnes de deux et trois jours, elle mettait ses craintes sous la protection du Seigneur. Elle invoquait les anges par ses supplications, elle s'adressait aux apôtres en versant des larmes, etc. »
Comme le fait remarquer Adrien de Lafage, c'est sans doute ce texte seul qui a pu décider les musiciens à se placer sous l'invocation de sainte Cécile. Mais ce texte n'est-il pas, en effet, mal interprété ? Ne renferme-t^il pas quelques parties sujettes à controverse? N'est-ce pas à la musique faite par les musiciens engagés à l'occasion de la célébration du mariage pour en rehausser l'éclat et pour chanter l'épithalame, que les paroles cantoltb««s organis s'adressent? Essayons encore de compléter la pensée de ce savant historien.
L'histoire nous dit que la musique fut peu cultivée à Rome sous les premiers Rois et pendant les premiers temps de la République; cet art n'y fut employé d'abord que dans les cérémonies du culte et dans les fêtes de triomphe décernées aux héros par l'enthousiasme et la reconnaissance publique. Mais plus tard, c'est-à-dire au VP siècle de l'ère de Rome, lorsque les victoires de Paul-Emile, à Pydna, et de Metellus, à Scarphé, eurenl amené l'incorporation des provinces grecques au territoire de la République romaine, il y reçut une autre destination, et son application y devint toute mondaine. Attirés par le luxe, par les richesses qu'on importait de toutes parts dans la ville de Romulus , les artistes étrangers y
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abondèrent bientôt, et de ce moment la musique fut appelée à célébrer les naissances, les mariages, les funérailles, et toutes les circonstances importantes de la vie des familles patriciennes. Cet usage était donc en plein exercice au temps où vécut sainte Cécile. Les grands de Rome, chez qui le goût du luxe, Tamour des plaisirs alla, à l'époque dont nous parlons , jusqu'à la frénésie , nouveaux sybarites , eurent des musiciens pour embellir leur fêtes particulières, et disons plus, pour exciter leurs appétits sensuels. Nous avons démontré, dans une de nos études historiques, la part immense que cette fausse application de la musique avait eue sur la corruption des mœurs et par suite dans la ruine du vaste empire romain. Ce n'est certainement pas à cette musique efféminée et lascive que prend part l'âme de Cécile. Elle est au contraire, d'après les paroles du texte qui lui est particulier, l'objet de ses gémissements. Une inspiration d'en haut lui a fait confier à Dieu sa virginité. Elle fortifie par la prière sa foi en la divine assistance. Si Cécile fait de la musique en ce moment, c'est avec les anges dans le ciel. Tout semble donc nous porter a conclure que la patronne des musiciens fut étrangère à l'exercice de cet art ; mais , si elle ne l'a pas cultivé pendant sa vie, elle l'a élevé et ennobli : apprenant à ceux qui s'y adonnent à chercher leurs inspirations dans la foi, dans la pureté, pour chanter l'héroïsme des vertus chrétiennes. C'est là l'influence toute morale que Cécile exerce sur la musique.
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AÎDsi, les commentatears ont commencé roeavre, les effets magiques de la peinture sont yenus la compléter.
Quel sujet plus artistique, plus poétique» plus idéal que celui offert par cette jeune viei^e tout entière à ses saintes aspirations vers le Créateur» que ce chef-d'œuvre de pureté, de grâce, de perfection humaine, se détachant de toutes les affections terrestres, pour s'élever en esprit vers les célestes régions, que cet ange incarné rêvant, au banquet de ses noces, des délices de la virginité et des joies du ciel; distraite des accords qui résonnent autour d'elle par sa participation intime au chant de Tétemel hosannah!... Comment Thomme de génie aurait-il pu demeurer froid devant un pareil sujet ? Aussi nous art-il valu plusieurs productions immortelles, vivifiées du feu sacré qui les inspira.
Qui n'a entendu parler de l'admirable tableau de Raphaël représentant notre sainte patronne au moment de cette extase ; toile ravissante que possède le musée de Bologne ? Nous ne résistons pas au plaisir de transcrire ici la description brillante qu'en a faite un grand artiste, que nos concitoyens eurent naguère le bonheur d'entendre et d'applaudir. Voici ce que Listz écrivait à ce sujet à un de ses amis pendant l'un de ses voyages en Italie.
c En arrivant à Bologne, dit-il, je courus au musée ; je traversai sans m'arrèter trois salles remplies de tableaux du Guide, de Guerchin, des Carrache, du Dominiquin, etc.. j'avais bâte de voir la
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sainte Cécile. Il me serait difficile, impossible môme de vous faire comprendre ce que j'éprouvai en me trouvant tout-à-coup en présence de cette magnifique toile, où le génie de Raphaël nous apparaît dans toute sa splendeur. Je connaissais les chefsd'œuvre de Técole Vénitienne; je venais de voir les Van-Dyck de Gênes, les Corrége de Parme, et à Milan la Madona del vélo, l'une des plus sublimes créations de Raphaël, mais tout en admirant la hardiesse, l'éclat, la vérité, la suavité de ces peintures, je sentais que je n'étais entré dans le sens intime d'aucune ; j'étais toujours resté spectateur ; aucune de ces belles compositions ne s'était emparée de moi, si je puis m'exprimer ainsi, à l'égal de la sainte Cécile. Je ne sais par quelle secrète magie ce tableau se présenta soudain à mon esprit sous un double aspect: d'abord, sous une ravissante expression de la forme humaine; dans ce qu'elle a de plus noble, de plus idéal, comme un prodige de grâce, de pureté, d'harmonie ; puis, au même instant, et sans aucun effort d'imagination, je crus y reconnaître un symbolisme admirable et complet de l'art auquel nous avons voué notre vie. La poésie et la philosophie de l'œuvre se montrèrent à moi aussi visiblement que l'ordonnance de ses lignes , et sa beauté idéelle me saisit aussi fortement que sa beauté plastique.
€ Le peintre a choisi le moment où sainte Cécile s'apprête à chanter une hymne au Dieu tout-puissant. Elle va célébrer la gloire du Très-Haut, l'attente