SON IMPORTANCE ACTUELLE
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DES PÉDALIERS (i).
Depuis quelque temps, nous sommes témoins d'un mouvement artistique qui marquera dans l'histoire de la musique religieuse et populaire. Les journaux, les revues périodiques ne cessent de nous entretenir d'inaugurations d'orgues et de concours orphéoniques : avant peu le plus petit village français aura son harmonimn et sa société chorale.
Si cette grande diffusion de l'art n'est point un signe certain de l'extension de la science musicale et des hautes études qui l'ont pour objet, elle témoigne du moins des progrès d'une idée qui, en caractérisant notre époque, restera à sa louange ; c'est l'idée d'épurer le goût du peuple, de la moraliser, de
(1) Cette étude a été écrite pour la méthode de pédale de J. Blanc, ancien organiste à Lons-le-Saunier, publiée à Paris par S. Richault. — Elle lui sert de préface.
9S HISTOIRE DE l'ORGUE.
Téclairer par Tattrait du chant et des jouissances intellectuelles. Et c'est là une conception toute récente; elle est contemporaine, car nous avons connu l'heureux artiste à qui nous la devons. Pour nous, humbles adeptes, mais auxiliaires pleins de zèle, notre mission est de propager cette idée, de travailler a son entière éclosion, et, jouissant du privilège de notre âge et de notre expérience, de dire à nos jeunes et intelligents successeurs ce qui nous semble mériter leur attention el leur préférence. C'est ce qui nous a fait prendre la plume et nous a guidé dans la collaboration a l'œuvre élémentaire a laquelle ces quelques lignes doivent servir de frontispice. Exposons brièvement le point de départ de la période musicale actuelle dont nous avons particulièremetit à nous occuper.
Dans les premières années de ce siècle, un jeune élève du collège de Juilly, dont les succès scolaires avaient été des plus brillants, se passionnait tout à coup pour la musique. Il résolut d'en faire une étude spéciale, approfondie, non-seulement pour sa satisfaction personnelle, mais surtout pour coopérer à son progrès dans la mesure de son intelligence et de ses forces. Dieu voulut que cette intelligence fût vaste et ces forces décuplées par un dévouement sans bornes. Choron, que le lecteur a déjà nommé, ne songea plus qu'à étendre ses connaissances par la lecture attentive de tous les traités didactiques et par l'analyse des œuvres religieuses et classiques des grands maîtres : fidèle à son plan de travail, il ne
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tarda point à reconnaître combien les études musicales en général étaient faibles, incomplètes, erronées; mais il entrevit aussi la grandeur de la tâche qui incombait à l'enseignement pour élever cet art au niveau qu'avaient atteint les autres sciences, aidées par le progrès philosophique du xviii* siècle.
Pénétré de la belle mission morale de la musique dans la société et témoin intelligent du fâcheux effet des fluctuations du goût en matière d'art, il sentit vivement le bienfait qui devait résulter d'un enseignement large, méthodique, sérieux, et s'appuyant sur les œuvres religieuses et classiques léguées par les grands maîtres des anciennes Ecoles. Il laissa au Conservatoire, qui venait d'être fondé, le soin de former des chanteurs et des instrumentistes^ destinés à la scène, aux concerts, aux réunions intimes ; il voulut, lui, s'occuper spécialement de l'instruction en quelque sorte populaire, et d'un genre de musique beaucoup trop délaissé depuis la disparition des anciennes maîtrises.
Dès ce moment, il se posa pour problème à résoudre : r Le progrès de la musique religieuse et classique au moyen de la propagation des chefs-d'œuvre des anciennes écoles ; V l'instruction musicale des masses et leur participation à l'exécution de ces chefs-d'œuvre. Tous les musiciens érudits savent que Choron dépensa la majeure partie de son patrimoine à la publication des ouvrages qu'il se proposait de faire connaître ; qu'il fonda l'école de musique religieuse et classique; qu'il fit entendre à Paris les com-
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positions de Palestrina^d'ÂIlegri, de Marcello, d'Haudel, etc., dans des conditions inconnues en France ; qu'il écrivit une méthode concertante pour Tétade simultanée de la musique vocale ; enfin, qu'il chercha également à faire participer la province à l'efficacité de ses travaux. Or, si de fâcheuses circonstances devaient arrêter l'essor de ces belles entreprises et priver leur auteur de jouir deleur heureux effet, toujours est-il que l'idée de progrès futur venait de jaillir et avec elle la preuve évidente qu'elle n'était point irréalisable. C'est donc à Choron que remonte le commencement de la période artistique actuelle , l»6riode unique dans l'histoire, manifestée, dans la musique religieuse, par la plus heureuse réaction et parle congrès spécial de Paris, de 1860, dans la musique populaire, par Wilhem et l'Orphéon.
Choron travailla en même temps à la propagation de l'orgue. Il dota son enseignement d'une méthode élémentaire selon les principes des maîtres de l'école allemande. Cette méthode fut l'un des premiers jalons posés sur la nouvelle voie qu'attendaient les organistes français, demeurés généralement beaucoup trop dans l'ormière des vieilles traditions locales. A la vérité la classe d'orgue de notre Conservatoire de Paris , tenue avec tant de distinction par M. Benoist, formait annuellement quelques bons élèves, mais en trop petit nombre pour réagir suffisamment contre le mauvais goût et le style léger (on pourrait dire inconvenant), que l'ignorance et l'empirisme laissaient régner dans nos départements.
Et en fait de publications, que pouvaient contre ce fâcheux état de choses les quelques livraisons d'orgue de Beauvarlet-Charpentier et de quelques disciples de cette doctrine? Ce ne fut donc qu'après la mort de Choron que réclectisme se glissa peu à peu dans rétude de l'orgue et que les organistes français sentirent généralement les immenses avantages que leur offrait l'école allemande.
Deux points également se montraient dans la musique d'orgue et dans l'exécution des organistes d'Outre-Rhin : c'était d'abord le style lié et fugué, dont ils ne se départaient jamais ; c'était ensuite leur grande habileté à se servir de la pédale.
Il y a toujours corrélation entre l'instrument et la manière adoptée dans l'exécution par celui qui doit en faire usage ; c'est une vérité qui ressort de la forme du clavier des pédales des anciennes orgues allemandes, comparée à celle du clavier des anciennes orgues françaises. En effet, à la disposition des touches du pédalier allemand on comprend que l'organiste avait demandé au facteur le moyen de se servir avec facilité, non- seulement des deux pieds alternativement ou simultanément, mais encore de la pointe et du talon de chaque pied, selon l'occurence. Au contraire, dans les orgues de l'ancien système français, on reconnaît que les pédales étaient destinées à être touchées par un pied seulement, et presque toujours avec la pointe. Or, il est aisé de concevoir pourquoi le système allemand devait, tôt ou lard, prévaloir et se répandre en France, alors que
% HISTOIKB DE L*ORGDB.
le jeu lié et fugué, c'est-à-dire le vrai style de l'orgue y devenait définitivemeot en honneur.
Nous touchons au moment où le système du pédalier français sera entièrement abandonné.
Méthodiques et sérieux en tout, les Allemands, appréciant les excellents effets de la pédale dans la musique d'orgue^ en avaient fait depuis longtemps une étude toute particulière. Ainsi, pendant qu'on l'emnployait en France comme simple accessoire de sonorité ou comme remplissage d'harmonie, ils lui donnaient, eux, une importance égale à celle des claviers manuels. Ils avaient, pour l'étudier avec fruit, tes méthodes de Hering, de Jules André , d'Offenbach , de Rinck, etc. Ils adaptaient des pédaliers a leurs instruments d'étude, ce qui, par des exercices journaliers, les conduisait à exécuter admirablement les œuvres de J. J. Bach, de Handel, et toutes les compositions a quatre, cinq et six parties de leurs grands maîtres.
Or, ce fut au moment où l'orgue construit selon le système allemand se généralisait en France, que, réfléchissant sur le vide de l'enseignement de cet instrument dans tous nos départements, un artiste sérieux et dévoué, M. J. Blanc, organiste k Lons-le- Saunier, conçut le projet d'établir un pédalier qui pût s'adapter , non-seulement aux petites orgues , aux harmoniums, mais encore à tous les pianos droits. Ainsi qu'on devait s'y attendre, cet essai eut l'entière approbation de plusieurs artistes compétents, Boëly, Lefébure, Hocmelle, qui en comprirent bien l'oppor-
HISTOWB DE L*ORGUB. 97
luQÎté. Pour démontrer l'utilité de son iarealion^ s'adressant alors particuliëreiaent aux pianistes qui désiraient s'oecuper de Vofgo^, M. Blanc leur disait : € La plupart des personnes qui touchent da Torgue n'ont souvent qu'un talent plus ou moins réel comme pianistes, et cependant le piano n'exige que l'étude do mécanisme des mains sur un seul clavier, tandis que l'orgue demande, non-seulement l'étude du mécanisme des mains sur plusieurs claviers, mais .encore celle du mécanisme des pieds sur le clavier des pédales; et les pédales, ceci est incontestable, forment le fond principal de l'orgue. Nous avons entendu plus d'une fois des musiciens et des musiciennes qui| ne faisant aucun usage du clavier des pédales, annihilaient ainsi la puissance d'orgues d'une trës-^ande dimension ; il nous semblait, en les écoutant, entendre un orchestre sans basses, chose toutà-fait contraire aux règles de l'art musical, n
Et plus tard, M. Blanc ajoutait : < Si nous avions à nous expliquer aujourd'hui sur le même sujet, mieux informé, nous pourrions corroborer ce qui précède par des considérations d'un ordre plus élevé, fournies par les plus respectables témoignages. » A cet égard, après avoir lu notre prospectus relatif au pédalier, un de nos éminents confrères nous écrivait ce qui suit : c Vous déplorez l'insuffisance des études < spéciales des artistes ou amateurs de pianos qui se € font organistes, vous, habitants privilégiés du nord € et de l'eèt de la France : que serait-ce si vous entendiez la plupart de nos organistes du midi? leur jeu
€ sautillaDt, leurs accompagnements plaqués, leur « harmonie tourmentée, leurs rhythmes dramatiques « vous révolteraient assurément ; et ce qu'il y a de plus « fâcheux pour l'art religieux , c'est qu'une pareille 4 aberration semble autorisée par l'exemple de pia- « nistes organistes revêtus d'un caractère sacré. »
Dans le prospectus relatif au pédalier dont il vient d'être parlé, l'organiste de Lons-le-Saunier avait promis une méthode pour l'étude de la pédale; il a réalisé aujourd'hui cette promesse. « Nous y avons été encouragé, dit-il, par plusieurs de nos honorables confrères qui, comme nous, avaient été frappés de l'insuffisance des ouvrages élémentaires destinés à l'orgue, dans un temps où un enseignement spécial dans chaque ville importante serait indispensable. » Pour ce dernier point de vue, notre pensée est en parfait accord avec celle de M. Blanc. Hélas! c'est avec raison qu'on entend répéter de toutes parts : « En France, on se hâte de construire des orgues, mais on ne songe point à former des organistes. »
Maintenant, disons un mot de l'œuvre élémentaire que M. Blanc destine à combler la lacune qu'il a signalée.
Cette méthode, pour le jeu de la pédale de l'orgue, a été calculée de façon que les difficultés de mouvement complexe et simultané des mains et des pieds fussent facilement surmontées. Après quelques exercices simples et séparés, on a réuni les mains et les pieds dans l'exécution des gammes des tons les plus usités, en variant l'accompagnement de chaque
HISTOIKE DE l'ORGUE. 99
gamme, ou, pour mieux dire, en introduisant graduellement de nouvelles combinaisons à la partie des pédales. On ne peut qu'approuver cette disposition, car cette variété de tons nous a semblé encore propre a fournir les éléments de l'étude de la transposition, étude, comme on sait, généralement essentielle pour l'organiste (1). Cette disposition présente donc un double objet parfaitement motivé.
Comme complément, l'auteur donne le moyen de faire l'application de ces divers exercices dans quelques pièces de musique disposées à cet effet.
Quant au genre et au caractère spécial d'exécution sur la pédale, ainsi que M. Blanc l'indique dans le corps de sa méthode, ce caractère doit être en tout conforme à celui de l'œuvre elle-même; ce qui signifie qu'il y a plusieurs manières d'attaquer et de quitter la note. A cet égard, voici comment nous envisageons, nous, cette partie de l'exécution sur l'orgue.
L'exécution sur l'orgue est liturgique ou symphonique. Dans l'un et l'jiutre cas, l'habileté dans l'emploi de la pédale nous semble absolument indispensable; voyez plutôt :
Dans l'exécution liturgique, c'est-a-dire dans les pièces d'orgue harmonisées qui ont le chant ecclésiastique pour base, et qui sont exécutées par l'orgue seul, ce chant est plus marqué, plus majestueux,
(1) L'adjonction récente aux instruments à clavier d'un transpositeur mécanique, est une atteinte portée aux bonnes études musicales et un fAcheux encouragement à l'ignorance.
s'il est placé à la base. Or, dans ce cas, la partie de pédale doublant habituellement une partie de la main gauche (1), doit, a l'imitation delà voix, lier et porter les sons, sans rudesse, sans bavure, sans lacune, en un mot chanter : le pourrait-on sans une certaine habileté sur la pédale?
Dans Texécution symphonique les effets de la pédale sont encore plus variés et plus difficiles à obtenir. Ce n'est point seulement dans les tutti et dans quelques tenus à la basse que la pédale est appelée maintenant à participer; elle est presque toujours partie concertante et obligée. La musique d'orgue des grands maîtres de l'école allemande, musique type vers laquelle notre éclectisme nous ramène, est constamment écrite à trois, quatre ou cinq parties réelles et parsemée de dessins canoniques. C'est un dialogue presque continuel, où chaque interlocuteur doit intervenir à son tour. L'effet de l'ensemble et le mérite d'exécution dans ces œuvres repose sur le relief successif donné à tous ces dessins : or la partie de basse y acquiert, par cela même, une importance réelle, puisqu'elle devient en quelque sorte comme le violoncelle du quatuor ou du quintette, que l'orgue reproduit. Ajoutons que si l'instrument est bon, la pédale, dans certains cas, en a toute la douceur et
(1) Ce que nous disons ici de l'exécution du chant liturgique pour l'orgue seul n'implique nullement notre opinion sur l'accompagnement du plain-chant destiné aux voix; dans cet accompagnement nous avons toujours placé le chant liturgique au-dessus.
HISTOIRB DI L'ORGOS. 'ft)4
toute kl mysticité. Ceci nous conduit à dire quelques mots sur la modification que nécessite parfois la pédale, car les jeux qui appartiennent au clavier des pieds dans les grandes orgues, comme ceux des claviers manuels, demandent leur Régistration.
Ordinairement dans les grandes orgues à plusieurs claviers, on destine à la pédale des jeux de quatre, de hiiit et de seize pieds, en jeu^x doux et en jeux d'anches. Mais, dans les morceaux d'ensemble où la pédale est appelée à dialoguer, il est bon de ne lui donner que les jeux dont le diapason correspond le mieux avec celui des autres parties ; ces jeux sont ceux de huit pieds. Les jeux de seize pieds, si graves, seraient trop distants des parties aigiîes et trop lents dans leurs mouvements. Cette distinction nous paraît nécessaire, car il n'est point rare d'entendre de jeunes organistes qui s'en préoccupent assez peu : pour beaucoup d'entre eux, les extrêmes ont toujours de l'attrait : dans le grand jeu, ils voudraient sans cesse la Bombarde; dans les jeux doux, la BaUe à exprèssion.
Nous terminerons par quelques considérations pleines de sens et d'à-propos empruntées à M. Blanc, lui-môme, sur l'esprit et la convenance que l'on doit toujours apporter dans la musique d'orgue et dans son exécution : t Le style de l'orgue, nous dit cet honorable confrère, doit diÏÏérer totalement du âtyle adopté au théâtre et dans les concerts ; il doit être lai^e, sévère et majestueux. L'organiste doit être l'interprète de l'office divin ; son exécution doit être
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toujours en rapport avec l'expression des paroles que Ton chante au chœur; que, par cela même, il rejette les airs d'opéra, les variations, fantaisies, quadrilles, valses, polkas, romances, et toutes les futilités qui ne conviennent qu'au piano ; enfin, l'organiste doit bien se pénétrer que ce n'est que par l'étude approfondie de la musique des grands maîtres anciens et modernes, dans cette spécialité, qu'il peut se rendre digne de sa mission et acquérir le talent nécessaire pour occuper honorablement l'emploi qui lui est confié • »
LES PÉDALIERS:
Nous avons dit, dans la préface de cette méthode, quelle était l'importance de la pédale dans l'exécution sur l'orgue ; qu'il devait en être fait une étude spéciale, et que c'était dans ce but que M. Blanc avait écrit et publié son œuvre. Nous pensons que notre appréciation , quoique très-sommaire , aura donné une idée des qualités sérieuses qui forment le fond de cette publication. Mais il convient de faire remarquer ici que le résultat obtenu par cette méthode sera toujours subordonné à l'emploi plus ou
(1) Ce travail sur les pédaliers forme le chapitre VIII de la métbode.
HISTOIRE DE l'ORGUE. 403
moins intelligent, plus on moins persévérant qui en sera fait. Néanmoins» dans tous les cas, pour l'appliquer avec fruit, il est absolument indispensable d'avoir UD pédalier à son entière disposition. On sait qu'il n*est guère possible d'aller journellement étudier sur l'orgue de l'église ; cela n'est pas convenable, à cause de la sainteté du lieu et du dérangement que les sons de l'orgue peuvent occasionner aux fidèles qui viennent y prier ou méditer dans le silence.
Il est donc bien plus facile, nous dirons même plus efficace, de travailler chez soi, sur un piano ou sur un harmonium muni d'un pédalier: pour bien étudier, il faut s'appartenir exclusivement et ôtre libre de recommencer ses exercices à l'heure et au moment où l'on se sent disposé.
Il existe plusieurs systèmes de pédaliers , entre lesquels il sera permis de choisir selon ses vues, et selon l'instrument auquel on se propose de l'adapter.
On a vu que l'auteur de cette méthode, M. Blanc, avait imaginé , il y a quelque temps , un pédalier qui s'adaptait parfaitement aux pianos droits. Au moment de sa découverte, il eut même le soin de prendre un brevet d'invention ; mais aujourd'hui son âge et ses infirmités ne lui promettent plus de recueillir les avantages de son brevet. Toutefois , par amour de l'art, cet honorable artiste se fait un plaisir de communiquer son procédé à ceux qui en font la demande.
Préoccupé de la même idée, M. Jeanpierre, facteur d'orgues à Rambervillers (Vosges), a aussi inventé un
1t)4 HisTOiiœ iMB l'orgue.
système de pédalier fort simple et peu coûteux, destiné à être adjoint aux pianos droits. Son procédé a reçu ^assentiment d'un bon nombre d'artistes trèscompétents. Il en est de même des pédaliers faits par M. George, facteur d'orgues et de pianos à Besançon, et de ceux de quelques autres facteurs de Paris et de la province.
La plupart des pédaliers destinés à dtre adaptés aux pianos, présentent l'effet du clavier de pédales des anciennes petites orgues, claviers dits a Tirasse, dans lesquels les ndtes confiées à l'action des pieds ^nt les mêmes que les notes les plus ^aves du clavier manuel, ce qui, parfois, peut amener une sorte de double emploi. Aujourd'hui, nous devons en excepter cependant le pédalier inventé et mis «en usage par la maison Pleyel-Wolf, de Paris, dont le clavier est entièrement indépendant du clavier des mains , et qui, par cela même, mférite ici une mention toute partixîulière. Yoici la description qui a été faite de ce pédalier, en 1857, par le très-regrettable Niedermeyer. Tîous transcrivons (1) :
< Un musicien distingué, M. Wolff, chef de ta maison Pleyel, vient, à son tour, de créer un pédaUBr tout à fait indépendaTit, ayant ses cordes et ses marteaux aussi bien que son mécanisme particulier. Cet instrument n'est pas volumineux, et peut-être in<tro^ duit dans les plus modestes appartemeuls. -C'est une espèce d'armoire adossée à un mur, L'exécutant^'a»-
(1) Journal La Maîtrise^ 15 décembre 1857, n* 9, l'* année.
HISTOIRE DE l'ORGOI. 405
gied sur un banc fixé sur le devant, qui s'élève ou s'abaisse à volonté ; les pédales se trouvent sous ses pieds, et il place devant lui un piano quelconque, droit, carré ou à queue. La hauteur du buffet, qui permet de donner aux cordes une longueur et une épaisseur inusitées, et la largeur de la table d'harmonie, relativement fort grande pour un instrument qui ne contient que deux octaves et demie, prêtent aux sons une beauté et une puissance tout-à-fait particulières. Dans les meilleurs pianos à queue, la dernière octave, et surtout la dernière quinte, donne des notes aussi peu agréables que peu distinctes , dans le pédalier de M. Wolff, le dernier en est aussi pur et aussi plein que celui des meilleurs tuyaux de flûte de 16 pieds. Ainsi que dans l'orgue, où l'on ajoute toujours un jeu de 8 pieds à un 16 pieds, M. Wolff, pour tempérer la gravité des grosses cordes de son instrument, a eu l'heureuse idée d'y joindre des cordes plus fines, qui produisent en même temps l'octave supérieur. La vibration des sons se prolonge avec une plénitude remarquable (1). »
Les principaux facteurs d'harmoniums , de Paris, BIM. Debain, Alexandre père et fils, Alphonse, Rodolphe, Alexandre Rousseaux, Baudet, Fourneaux, etc., ont adapté depuis des pédaliers séparés ou indépendants à leurs harmoniums. Ces pédaliers, qui ont ordinairement trois jeux de 8 et 16 pieds, font un bon effet et imitent assez bien les pédales d'un grand
(1) Journal la Maîtrise, n* 9, 1'* année, 15 décembre 1857.
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106 HISTOIRE DE l'ORGUE.
orgue à tuyaux, mais ils sont moins commodes pour l'étude que ceux basés sur la percussion des cordes, puisqu'ils mettent l'exécutant dans l'impossibilité de souffler lui-même.
C'est ici le lieu d'insister de nouveau sur l'avantage qu'offre la forme du pédalier allemand sur celle du pédalier de l'ancien système français. D'ores et déjk on peut même certifier que le pédalier français ne figurera désormais que dans quelques orgues abandonnées à leur vétusté, et seulement comme spécimen de l'ancienne facture. Un fait récent vient nous confirmer dans cette opinion : c'est la décision prise en faveur du pédalier allemand par les savants organistes et facteurs d'orgues, français, italiens, anglais, allemands, elc, réunis au congrès de musique religieuse tenu k Malines en 1864.
Dans cette réunion de vastes intelligences et d'hommes spéciaux dévoués au progrès, on s'est préoccupé, non-seulement de l'inconvénient amené par la diversité de forme du pédalier, mais encore par la variété des dimensions que l'on y rencontrait. A ce sujet, après mûre délibération, on a adopté un pédalier normal.
Ce pédalier type, k la forme allemande, a été ainsi
réglé :
40 Nombre de notes du pédalier :
( pour les orgues ordinaires 27.
) pour les grandes orgues 30.
2^ Distance des notes naturelles d'axe en axe, 65 millimètres.
HISTOIRE DB L'ORGOB. 407
Etendue totale d'un clavier de 27 notes, 97 1/2 centimètres.
3*> Longueur des rehausses des diôzes, 43 centimètres.
i*" Hauteur des rehausses des diôzes, 5 centimètres, dépassant la note naturelle de 25 millimètres.
5<> Longueur apparente des touches» 60 centimètres, non compris les extrémités cachées sous le buffet ou sous le châssis.
6<> Inclinaison des touches vers la pointe du pied, 2 pour 60, ou environ 4 pour 400.
70 Le pédalier, ainsi construit, sera placé delà manière suivante :
« 40 Le deuxième ut du clavier de pédale sera perpendi* culaire au troisième ut du clavier à main, quel que soit le Tiombre de notes du pédalier ou du manuale (Il y a exception pour le pédalier appliqué au piano; alors le deuxième ut de la pédale doit se trouver perpendiculairement au-dessous du quatrième ut du piano, c'est-à-dire vis-à-vis le j^^^i^ ut de la clef de sol).
« 2^ Le devant des dièzes du premier clavier à main sera placé sur une ligne perpendiculaire avec le devant des rehausses du pédalier, quel que soit le nombre des claviers à main.
« 3^ La distance entre le plancher sur lequel pose le pédalier, et le dessous du premier clavier à main sera de 80 centimètreSy quel que soit le nornbre des claviers. »
Ainsi, revenant à l'application pratique du pédalier comme élément d'une bonne exécution sur Torgue^ nous dirons qu'au moyen de la méthode de pédales de M. Blanc et d'un pédalier bien choisi, sans sortir
408 HISTOIRE DE l'ORGCB.
de chez lui, et sans auxiliaire, le jeune artiste peut faire une étude spéciale et complète de la musique d'orgue des grands maîtres où la partie de pédale se trouve obligée (1); qu'il peut également, par un travail persévérant et bien entendu, acquérir l'habileté de mécanisme nécessaire pour tirer tous les effets de l'orgue sur lequel il doit se faire entendre à l'église. Alors familiarisé de longue main avec les œuvres fortes, substantielles et vraiment religieuses, il ne lui en coûtera nullement de rompre avec cette musique futile et inadmissible, que l'ancien organiste de Lons-le-Saunier a flétrie avec juste raison ; alors il sentira lui-même, de plus en plus, combien ces futilités, au point de vue de l'art, seraient de nature à le retenir au-dessous du niveau où doit tendre tout organiste un peu jaloux de sa réputation.
(1) Tels que Rinck, Boêly, J.-S. Bach, dont les œuvres se trouvent chez l'éditeur Simon Richault, à Paris.