‹ Œuvres littéraires-musicalesChapitre 66 sur 123 · ESTHÉTIQUE DES HUIT MODES DE PLAIN-CHANT · texte numérisé non relu

ESTHÉTIQUE DES HUIT MODES DE PLAIN-CHANT

plicatioD simple et rigoureuse de la prosodie du texte, tandis que le rhythme des mélodies des hymnes et des séquences présente, au contraire, une sorte de mesure et de phrase analogue a la division poétique des paroles, et cela au moyen de la combinaison des figures de valeur des notes double^ noire, brève, semùbrève, usitées dans la notation du plainchant. Quant au mouvement, c'est-à-dire au degré de vitesse et de lenteur à donner à l'exécution des pièces de ce genre, il n'est point déterminé et demeure en quelque sorte subordonné au goût, ou, pour parler plus exactement, à l'intelligence de l'exécutant, qui doit s'inspirer alors du sens du texte, du caractère de la mélodie et du degré de solennité de la fête.

Tels sont en substance les éléments qui nous paraissent concourir à l'effet esthétique des huit modes du plain-chant.

Ainsi, les paroles de saint Bernard que nous avons rapportées, et l'exposition sommaire que nous venons de faire de l'essence de chaque mode, nous semblent suffire pour démontrer qu'il faut nécessairement l'intelligence du texte et de la signification morale du chant à celui qui est appelé à exécuter ou à faire interpréter les mélodies liturgiques. Chanter les pièces des divers modes avec le même accent, avec le même mouvement, avec le même degré de force dans l'émission des sons, sans égard pour l'expression propre au sens des paroles et au caractère de la mélodie, c'est méconnaître ou négliger l'esprit de l'Eglise, fausser la destination des belles inspi-

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rations de saint Ambroise et de saint Grégoire ; c'est faire de la profonde science du plain-chant un assemblage de sons gothiques, sans but, sans agrément, sans portée, sans efficacité ; c'est s'exposer surtout a imposer aux fidèles la plus lourde et la plus fatigante monotonie, et à jeter la déconsidération sur l'une des parties les plus respectables et les plus importantes de l'art religieux.

Qu'il nous soit permis, en terminant, d'applaudir aux généreux efforts tentés depuis quelque temps pour la restauration du plain-chant et de la musique sacrée. Les idées utiles germent et fructifient tôt ou tard dans la société. L'oeuvre de Choron se continue avec courage et persévérance ; et s'il ne fut point donné à cet ardent apôtre de l'art religieux de jouir de son initiative, plus heureux que lui, ses disciples pourront sans doute saluer l'aurore du succès que le temps lui réservait.

Nous avons tout lieu d'espérer, du moins, qu'il en sera ainsi. Les importants travaux de MM. Fétis, Danjou, de la Fage, Nizard, Niedermeyer, d'Ortigue, Jouve, etc., ont mis en honneur la science du plainchant, naguère si délaissée, si méconnue, si dédaignée. L'épiscopat français, selon le vœu exprimé par le congrès spécial réuni à Paris en 1860, se préoccupe d'en établir l'enseignement dans les séminaires; or, c'est maintenant aux professeurs chargés de cet enseignement à se bien pénétrer d'une vérité , à savoir : que la seule étude superficielle de la pratique du plain-chant, telle qu'elle a été faite jusqu'ici , ne

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