DE L'OFFICE DE LA SEMAINE SAINTE A LA CHAPELLE SIXTINE
Lorsque Tartiste voué au culte du beau, veut se livrer à de profondes études ou se procurer les plus nobles jouissances de Tart, c'est vers Tltalie et particulièrement vers Rome qu'il doit tourner ses regards. Qu'il soit peintre, musicien, architecte ou sculpteur, c'est dans la capitale de la chrétienté qu'il trouvera les plus parfaits modèles; c'est là qu'il verra réunies, beaucoup mieux que dans toute autre ville, les œuvres sanctionnées par l'admiration des siècles, les œuvres qui ont servi de type à l'art moderne, et qui peuvent encore lui révéler les éléments de l'idéal qu'il médite dans ses moments d'enthousiasme.
Quoique Paris soit, sans contredit, la métropole de l'art actuel, Rome n'en demeure pas moins la métropole de l'art des derniers siècles. Aussi, pour l'artiste musicien, pénétré de l'utilité d'un sage électisme, un séjour à la ville éternelle est le rêve qui le poursuit, le désir qui l'obsède sans relâche.
S08 LES CHANTS DE t'omCE
Il âara lu avec avidité la relation enthousiaste de quelque touriste (tous les artistes ne lisent pas, et ce fait sera significatif), il aura lu, disons-nous, rénumération des richesses des bibliothèques, la description et la splendeur des monuments; il aura été attentif au récit des solennités religieuses auxquelles assistent annuellement des fidèles fervents venus de toutes les parties du monde ; il se sera laissé transporter en esprit par le narrateur au milieu de ces pompes du christianisme; il aura écouté surtout les chants sacrés des maîtres de la grande école romaine, et, après avoir soupiré pour cette terre de promission, il se sera senti tressaillir aux accents de Tart chrétien, car tout artiste est religieux au fond de Tâme par les aspirations qui le reportent sans cesse vers l'unique source du beau, vers Dieu!
Cet état moral de l'adepte de l'art des sons est celui qui nous a été dépeint maintes fois oralement par plusieurs de nos anciens condisciples et amis du Conservatoire de Paris, aspirants au grand prix de Rome; c'est aussi ce que nous avons éprouvé nous-méme en lisant, plus tard, la relation que ces mêmes amis publiaient de l'auguste solennité de la Semaine Sainte à la chapelle Sixtine, à laquelle, plus heureux que nous, ils avaient eu le bonheur d'assister. Ah! s'il n'est pas toujours au pouvoir de l'artiste de maîtriser les circonstances, s'il ne lui appartient pas de réaliser tous les projets de pérégrination qu'il a formés, en un mot s'il est retenu