DE LÀ SEM4INE SAINTE
loin du foyer vivifiant de Tinspiration , qu'il lui soit du moins donné d'y ramener quelquefois sa pensée et de recourir à la seule compensation qui lui reste, la lecture et l'analyse des œuvres dont l'audition cause de si douces joies à ses émules. On nous pardonnera de le dire : placé dans cette dernière condition, nous nous. sommes fait un religieux devoir de consacrer tous les ans, à pareille époque, plusieurs heures à la méditation sérieuse du recueil de chants de la chapelle Sixtine, et c'est en partie le résultat de ces méditations que nous consignons ici. Il est vrai qu'en ne parlant presque que science musicale dans un sujet si poétique, c'est s'exposer à se faire taxer au moins d'indifférence ; mais puisque tant d'autres ont décrit si éloquemment la magnificence de ces cérémonies et les merveilleux effets de ces chants, qu'il nous soit permis, à nous, de demeurer dans notre spécialité, et de dire plus particulièrement par quels moyens ces effets sont obtenus (1).
(1) Le nombre des chanteurs de la chapelle 8ixline est ordinairement de trente-deux; il est actuellement de vingt-cinq. Ces chanteurs forment quatre parties, soprano, alto, tenore^ basso ; Us se divisent en deux chœurs lorsque Fœuvre musicale qu'ils exécutent l'exige. Ils chantent toujours sans accompagnement, car, à cet égard, la constitution et la tradition de la chapelle n'admet aucun instrument, pas même l'orgue. Ce qu'il y a de particulier dans cet ensemble vocal, c'est que la partie de soprano est chantée par des castrats, dont la voix, au diapason des voix de femme et de jeune garçon, a néanmoins plus de volume, et dont le timbre et l'accent sont infiniment plus pénétrants.
2<0 LES CHANTS DE l'oFFICE
Le caractère de la musique qu'on entend pendant la Semaine Sainte a la chapelle Sixtine a besoin d'être médité et bien compris pour en apprécier toute la beauté. Ces chants, ainsi que le remarque Joseph Mainzer, sont de trois sortes, ou de trois styles différents, présentant chacun un certain type parfaitement en rapport avec les cérémonies où ils sont employés. Dans les chants du premier style on exécute le plain-chant, cantm-firnuis, tel qu'il est noté dans le graduel et antiphonaire grégorien. Ce chant est dit d'abord à une seule partie; ensuite à deux parties en chœur, alors les sopranos et les ténors chantent la mélodie, tandis que les altos et les basses font entendre la tierce de cette mélodie, mais à l'octave grave, c'est-à-dire dans un diapason respectif.
La nature du mode, le scandé de l'échelle, l'absence de la note sensible, donnent à cette harmonie une teinte d'antiquité qui saisit l'auditeur. Une chose surtout concourt à l'effet de ces chants, c'est la manière de les terminer : toute la masse du chœur attaque avec force, sur la dernière note, l'accord parfait majeur, et cela quel que soit le mode constitutif de cette pièce de chant. C'est dans ce style qu'on exécute les introïts, graduels, offertoires, hymnesj et en général tous les chants adaptés à l'office particulier de chaque dimanche ou des fêtes ordinaires de l'année.
Dans les chants appartenant au second style, une mélodie est placée sur le texte liturgique, et les