DE LA SEMAINE SAINTE. SI
compose, ainsi que le lendemain, de versets alternés de Bai et de Baini ; le vendredi saint, on exécute celui d'Allegri. Nous avons dit ailleurs notre opinion sur le mérite de ces œuvres, et nous craindrions de donner trop d'étendue à cette simple esquisse en renouvelant ici cette analyse.
L'intelligence parfaite de ces divers styles présente de grandes difficultés, et cependant il est essentiel d'en bien saisir le caractère, car ce n'est qu'à cette condition que ces chants produisent tout leur effet. Nous en avons une preuve évidente dans la déception arrivée à l'empereur d'Autriche Léopold V', à l'occasion du Miserere d'Allegri, dont, par une faveur spéciale, il avait obtenu une copie, et que ses chanteurs ne comprirent pas. Eh bien, ces difficultés, un artiste français, dont le nom apparaît toutes les fois qu'on agite une question de chant religieux, était parvenu à les surmonter. Choron avait pénétré ce secret de tradition de l'école romaine ; Choron était arrivé à faire exécuter par ses élèves à Paris ces œuvres sublimes avec la plus grande perfection.
Artiste d'un dévouement sans bornes, c'est encore lui qui a voulu doter la France de ces œuvres pour qu'elle y puisât le goût du grand et du beau. Ouvrez la première page de ce précieux recueil, et vous y lirez le témoignage de sa sollicitude pour cet art, auquel il sacrifia son temps, son patrimoine et sa vie. Cette page nous fournit les indications précises qui doivent nous initier à la manière de rendre ces compositions. Nous ne rapporterons pas ici le texte des
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préceptes tracés par ce géûie révélateur, mais nous dirons que l'essence de ces préceptes, d'accord avec les données que nous avons exposées sur les chants objets de cette notice, présente la mise de voix comme la pierre angulaire du talent du chanteur. En effet, une grande habileté dans les procédés pratiques, une bonne mise de voix, quelques connaissances littéraires, de Tintelligence et de Tâme, voilà le chanteur accompli. Procédant de l'unité au nombre, de l'individu à l'être collectif qui est le chœur, Choron démontre que, pour arriver à un bon résultat choral, il faut que le directeur s'occupe sérieusement et constamment, d'abord de l'étude élémentaire de la musique, s'il y a lieu, ensuite du choix des voix, de l'accord de ces voix pour les faire arriver à la plus rigoureuse justesse, de l'émission et de la modification du son dans toutes ses nuances, de la prononciation et de l'articulation, du phrasé, du sentiment collectif. On conçoit qu'une semblable étude demande du temps, beaucoup de temps, mais voilà cependant le seul moyen d'amener un grand chœur à une exécution vraiment belle, et de le rendre capable de bien exprimer la musique qui nous occupe.
Quelques critiques, peut-être un peu trop pessimistes, ont voulu nous effrayer de la décadence du chant à la chapelle Sixtine. Espérons, toutefois, que leur sinistre prédiction ne s'accomplira pas, et que l'amour du beau et le génie artistique ne feront point défaut sur cette terre classique du chant.