‹ Œuvres littéraires-musicalesChapitre 71 sur 123 · DE LA SEMAINE SAINTE. S · texte numérisé non relu

DE LA SEMAINE SAINTE. S

plus effrayantes, à demi éclairées par la pâle lueur des derniers cierges qui restent allumés. Lorsque le Miserere est sur le point de finir , le maître de chapelle, qui bat la mesure, la ralentit insensiblement, les chanteurs diminuent le volume de leurs voix, l'harmonie s'éteint peu à peu, et le pécheur, confondu devant la majesté de son Dieu, semble attendre en silence la voix qui va le juger.

La tradition a appris aux chanteurs pontificaux certaines manières de porter la voix, qui sont du plus grand effet, et qu'il est impossible d'exprimer par des notes. Leur chant remplit au plus haut point la condition qui rend la musique touchante. On répète la même mélodie sur tous les versets du psaume; mais cette musique, semblable par les masses, n'est point exactement la même dans les détails. Ainsi, elle est facilement comprise, et cependant elle évite ce qui pourrait ennuyer. L'usage de la chapelle Sixtine est d'accélérer ou de ralentir la mesure sur certains mots, de renfler ou de diminuer les sons suivant le sens des paroles, et de chanter quelques versets entiers plus vivement que d'autres.

Le Stabat de Palestrina est également chanté une fois pendant la Semaine Sainte, le dimanche des Rameaux. Cette belle et large composition est encore à deux chœurs alternatifs ; cependant ici le dialogue entre les deux chœurs est beaucoup plus serré et le tissu infiniment plus riche. Dans ce Stabat on retrouve l'auteur de la messe du pape

SI 6 LES CHANTS DE l'oPHCE

Marcel. Il n'y a que Palestrina qui puisse traiter une grande composition vocale avec cette pureté de style, cette liberté de mouvement, cette abondance de motifs, cette élégance de détails, et enfin cette magnificence d'ensemble. A la lecture d'une telle œuvre on en pressent l'effet.

Les improperia (reproches), qui font partie de roffîce du vendredi saint, présentent encore un ensemble composé d'un chœur k quatre parties et de quatre voix récitantes. Quelle douceur dans cette harmonie ! quelle tendre résignation dans ces accents plaintifs ! C'est bien la voix de l'innocence persécutée, mais la voix prête à prononcer le pardon. Il est difficile, nous dit Mainzer, de rien entendre de plus touchant et de plus riche que ces reproches. C'est le chœur qui commence ; il demande avec des accents brefs et entrecoupés : « Mon peuple, en quoi t'ai-je fait souffrir, et comment t'ai-je affligé? » Les voix solos s'écrient : « Ne t'ai-je pas amené d'Egypte € dans la terre bénite? » — « Toi, en récompense « tu as préparé le supplice de la croix. » Les chanteurs de la chapelle Sixtine se montrent ici d'un pathétique entraînant. Conçu dans le style aliacapella^ le chant 0 crux^ ave, spes unica, produit également la plus profonde sensation.

D'autres grands maîtres ont /ourni aussi leurs compositions à la chapelle Sixtine, et nous devons dire que le Miserere de Bel ou Bai, celui de Léo, et tout récemment celui de Baini, ont souvent alterné avec celui d'AUegri. Le mercredi saint, le Miserere se

Page 1