‹ Œuvres littéraires-musicalesChapitre 96 sur 123 · DE LA BIBLIOTHÈQUE DE SAINT-DIÉ · texte numérisé non relu

DE LA BIBLIOTHÈQUE DE SAINT-DIÉ

Ce manuscrit, dont M. Grrosjean nous avait coqfidentiellemeût annoncé la découverte (août 1857), et qui fut, quelque temps après, le sujet d'une communication de notre part au Courrier de Tarn-et- Garonne, vient d'être apprécié par M. de Coussemacker, correspondant de l'Institut,

Chargé par M. le Ministre de l'instruction publique et des cultes d'examiner ces documents historiques, M. de Goûssemacker a rempli sa tâche avec distinction. Sa notice sur le Manuscrit mu^cal de la bibliothèque de Saint-Dié^ que nous eussions souhaité un peu plus développée dans certaines parties, se présente néanmoins comme le digne pendant de VHiêtoire de l'harmonie au moyen^âge et du Mémoire sur Hucbaldf œuvres remarquables du même auteur. Citer ces deux derniers ouvrages , c'est dire que dans l'étude du vieux livre découvert par M. Grosjean, M. de Coussemacker se trouvait sur un terrain déjà exploré par lui, et que ses décisions doivent

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être acceptées avec confiance. Aussi nous boroerons- Dous k donner simplement un résumé de sa notice, renvoyant le lecteur, pour plus amples détails, à la notice elle-même, insérée dans la Revue des Sociétés savantes.

Après avoir fait ressortir, dans une courte introduction, l'importance du Scripîoresàe Tabbé Gerbert, et indiqué aussi quelques-unes des lacunes de cette publication, M. de Coussemacker s'occupe exclusivement du manuscrit de Saint-Dié. c Ce volume, dit-il, haut de 25 centimètres, large de 17, se compose de 132 feuillets en papier, plus de 3 feuillets de garde en parchemin. Il porte pour titre : Luddarium Marcheto de Padud in arte musicœ planœ traaatus. Ce titre est celui qui appartient au premier traité contenu dans le manuscrit ; mais ce traité n'est pas le seul que renferme le volume, ainsi qu'on le verra plus loin.

€ Le manuscrit est du XIV* siècle : l'écriture en est nette, claire et bien lisible; les abréviations sont régulières. Il est à croire que ce volume a appartenu originairement a un monastère allemand, car il a été écrit par un moine de cette nation qui, à divers endroits du livre, s'appelle Frater Jordanus de Blankerburg. Au XVP siècle, il était la propriété de l'église de Saint-Dié , suivant une mention écrite, sur la garde antérieure, par une main de cette époque. Le copiste était musicien, car. les exemples sont généralement écrits d'une manière régulière et correcte; mais il ne paraît

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guère avoir été versé dans la langue latine : le texte fourmille de fautes grossières.

c Le manuscrit offre des lacunes assez nombreuses ; les feuillets qui sont disparus paraissent avoir été déchirés. Mais ce qu'il y a de plus regrettable, c'est que certaines de ces lacunes tombent à des endroits importants. »

A la suite de ces observations préliminaires reposant uniquement sur l'ensemble matériel du manuscrit et sur son origine probable, M. de Coussemacker passe à l'examen des divers traités qui s'y trouvent réunis, et qui sont au nombre de quinze. Voici, en substance, la nature de ces traités et la valeur artistique que ce savant leur attribue.

Folio 1 à 34.

LiÂcidarium Marcheti de Padua in arte Musice plcme.

c Ce traité, dit M. de Coussemacker, a été publié par l'abbé Gerbert, Scriptores, t. III, p. 65, d'après un manuscrit de la bibliothèque de Milan.

€ Le manuscrit de Saint-Dié offre peu de variantes dans le texte, mais les exemples y sont plus corrects que dans Çrerbert. Ils sont écrits en notation noire jusqu'au milieu du XP traité; à partir de là jusqu'à la fin du manuscrit, toute la musique est figurée en notes blanches, sans égard aux époques auxquelles appartiennent les ouvrages qu'il contient. >

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Folio 34 recto à 44 recto.

Traité de déchant anmyme.

c II commence ainsi : Gauderu breoitato modend, qukunque punctus qtiadratus^ etc., et finit par ces mots : et de discantu hic dicta stifficiata.

€ En tête des règles sur les modes , on lit : Modi secundum magistrum Franconem simt qmnque, etc., ce qui proure que ce traité est postérieur au mensuraliste de Cologne. Le traité se compose de deux parties : la première, relative à la notation proportionnelle, n'est pour ainsi dire qu'une copie de ce qui forme la seconde partie du cinquième document publié dans notre Histoire de Vharmome au moyen-âge, p. 265 et suivantes, d'après le manuscrit n"" 813, fonds Saint-Victor de la Bibliothèque impériale de Paris.

c Quant à la seconde partie, qui est relative au déchant, elle a beaucoup de rapport avec la doctrine de déchant du sixième document publié également dans notre Histoire de l'harmonie au moyen-^e^ p. 283 et suivantes, d'après le manuscrit n** 812 de la Bibliothèque impériale de Paris.

c Dans ces deux traités, ajoute M. de Coussemacker, l'enseignement porte sur le déchant envisagé comme partie supérieure et comme partie inférieure. Mais une différence essentielle consiste en ce que l'emploi des notes de passage, par degrés conjoints et disjoints, qui n'a lieu qu'accidentelle*

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ment et exceptionnellement dans le manuscrit n** 812, forme l'objet principal de renseignement dans le manuscrit de Saint-Dié. L'auteur, après avoir, dans chaque exemple, indiqué quelle est, dans le déchant, la note réelle qu'il convient d'appliquer au ténor ^ envisagé comme partie soit supérieure, soit inférieure, ajoute cinq, six et jusqu'à sept manières différentes de varier ce déchant dans la partie supérieure et dans la partie inférieure, par l'addition de notes accessoires ou de passage.

« Sous ce rapport, ce traité est très-important et évidemment postérieur au manuscrit de la Bibliothèque impériale de Paris. Il fait connaître plusieurs formules harmoniques qu'on ne trouve pas dans le traité de Francon , et qu'aucun autre traité de la même époque n'avait révélées. »

Folio 43 verso à 53 verso.

Ars mensurabilis musice doinini Framonis.

€ Ce traité commence ainsi : Ciim de plana miisica quidam philosophi, etc., et Cnit comme suit : Et de ipso organo suffidanl ibi dicta — ExpUcit magna ars mensurabilis musgce Reverendi viri, cujusdam Domini Franconis^ Capellani Domini Papp.^ nec non Preceptoris domus Coloniensium hospùalis Sanctis Johannis Jerosolimitani. »

Le texte qui précède donne lieu à M. de Coussemacker de mentionner la dissidence qui existe

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entre les historiens sur la patrie de Franeon de Cologne et le siècle où il a véco. On n'a pas encore résolu si c'est la fin du XP siècle ou bien la fia du XII* qui doit être assignée à Fauteur de YAt$ memurabUis. En attendant que ce point litigieux soit éclairci, suivons M. de Coussemacker dans soo appréciation de Toeuvre de Técolàtre de Liège.

c Malgré tout l'intérêt qui se rattache au traité de Franeon» dit-il, il n'en existe pas encore une bonne édition. Le texte du manuscrit de Saint-Dié est loin d'être toujours pur; néanmoins on y trouve des variantes utiles et des exemples qui serviront à rectifier ceux de l'édition de l'abbé Gerbert. »

Polio 54 recto à 58 verso.

Autre traité de déchatu anonyme.

tt II commence par ces mots: Gaudent brevUate modemi. Quandocunque nota quadrata^ et finit ainsi : Prêter uUima que débet esse in dyapason^ ut Me patet per exemplam.

€ Ce traité, comme le n^ II, décrit plus haut , est postérieur à Franeon. Il se compose de deux parties. La première est consacrée à la notation proportionnelle ; c'est une copie presque littérale de la première partie du n"" II. — Quant à la seconde, relative au déchant , elle n'est, en quelque sorte, que la répétition de la doctrine vulgaire publiée dans notre Histoire de l'harmonie au moyenne ,

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p. 247, d'après le traité de Jér6me de Moravie» etc. »

Folio 59 recto.

Dimio monoœrdi.

« Cette division du monocorde commence ainsi : MuUe quidem ae diverse sutU monocordi dimensUmes^ etc.; elle finit par ces mots : Eodem Emodo et reUquos invenire potes.

c Ce traité n'offre rien de particulier. »

Folio 60 recto à 67 verso.

Indpit brevis compilatio magistri Marcheti de Padua^ in arte musice mensurale pro rudibm et moderms.

c Le traité commence ainsi : Quoniam omms cantus mensuratus dicitur eo quod tempore mensuratur, etc., il finit par ces mots: Item sic dicat de décima et XI It respecta superioris et inferioris. — Et de reguUs contrapuncte seu discantus dicta suffierunt.

c Ce traité est certainement un des plus intéressants du manuscrit. Malheureusement il offre des lacunes : une de trois feuillets, dont la place était entre le folio 60 et 61 de la pagination actuelle, et une autre d'un feuillet qui devait se trouver entre les folios 66 et 67.

< C'est, comme l'annonce le titre, une compila-

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tion d'un des ouvrages de Marcheto de Padoae. On y trouve presque tout son Pomerium mmce menstprabilis. Mais le compilateur n'a pas conservé la division par traités et par chapitres, adoptée par l'auteur. Il a, enj outre, bouleversé Tordre des matières*

c Malgré les lacunes regrettables que nous venons de signaler, malgré l'espèce de désordre qui règne dans le texte, par suite de la suppression des divisions et subdivisions adoptées par Marchetto, ce traité offre un véritable intérêt qu'il tire : T des exemples qui y sont généralement exacts et bien écrits (ceux de l'édition de Gerbert sont remplis de fautes qui les rendent souvent inintelligibles, même avec le texte en regard) ; T de quelques développements et explications qui ne se trouvent pas dans Gerbert, sur la différence qui existait à la fin du XIIP siècle entra la doctrine de musique mesurée en usage en Italie, et celle pratiquée par les maîtres français. Sous ces deux rapports, cette compilation sera d'un grand secours pour une nouvelle édition des œuvres du mensuraliste de Padoue, etc. »

vn.

Folio 68 rocto à 82 recto.

IndpU introductio mmce plane et eciam mensurabUis secundum magistrum Joannem de Galandia musice sapientissimum.

€ Ce traité commence ainsi : Introductiones in

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arte musice primo videndum^ etc., et finit par ces mots : lUtd edam no$a quod octavus tonus b moUe iiUerdum reâpit^ septimus aiUem rejidt.

€ L'abbé Gerbert a inséré dans son Scriptores, t. II, p. 277, d'après un manuscrit de la Bibliothèque impériale de Vienne, quelques fragments attribués à un Gerland. La compilation de Jérôme de Moravie contient un traité de musique mesurée d'un Jean de Garlande, et nous avons fait voir dans notre Histoire de V harmonie au moyen-âge , p. 47, que le traité anonyme du manuscrit 5315 de la bibliothèque du Vatican est également d'un Jean de Garlande. Dans le préambule du traité reproduit par Jérôme de Moravie, on voit que Jean de Garlande avait composé aussi un traité de plain-chant. C'est peut-être celui du manuscrit de Saint-Dié dont on vient de transcrire le titre, etc.»

Après avoir commenté quelques documents et disserté pour arriver à connaître le véritable auteur du traité n* VII qui se trouve dans le manuscrit qui nous occupe, entrant dans le fond de l'œuvre elle-même, M. de Coussemacker continue ainsi :

c Le traité attribué à maître de Garlande, dans le manuscrit de Saint-Dié, contient un exposé clair et précis de ce qui formait à cette époque l'enseignement du plain-chant. La constitution des modes, leurs caractères distinctifs, ie système des nuances, les intervalles sont les matières auxquelles il donne le plus de développement.

€ Nous y avons remarqué une particularité qui

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mérite d'être signalée : Tauteur dit que le bémol n'a pas toujours besoin d'être marqué pour devoir être exécuté. Dans sa pensée, il n'est question que du si bémol.

€ Nous avons a déplorer ici, comme ailleurs, plusieurs lacunes provenant de la lacération de divers feuillets. »

Folio 83 recto à 106 verso.

IncipU inUmarium a domino Octone abbate diligenter examinatum et orcUncuum, a Guidone sdentissimo monachOy optimo tntisico, prohatum^ légitime approbcUum et auterUiccUum^ tanquam opus ad cantorum peridam necessarium.

c Le traité commence par ces mots : Ideo autem sic vocatur, et finit ainsi : et de disposiUonibus vocum hi duo modi regularum suffidant. Il est placé à la suite de celui de maître de Garlande, sans indication sépàrative entre la fin de l'un et le commencement de l'autre ; mais c'est bien un ouvrage distinct. Il est d'une grande importance par le nom de l'auteur auquel il est attribué et par la mention préliminaire que nous venons de transcrire. Il en résulte, en effet, que ce tonaire serait l'œuvre d'Odon de Cluny, et qu'il aurait été approuvé et adopté par Gui d'Arezzo.

€ L'existence de ce traité est restée complètement inconnue. Il n'a aucun rapport avec celui que l'abbé Gerbert a inséré dans son Scriptores, t. I, p. 248.

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SOUS le titre de Proemium tonariiy Gerbert n'assure pas d'ailleurs que celui-ci soit Yéritablement d'Odon. Le titre que nous avons reproduit plus haut permet d'avoir plus de confiance dans l'attribution d'auteur qui y est faite. Quoi qu'il en soit, qu'il appartienne à Odon ou à un autre, ce tonaire^est précieux. »

FoUo 107 recto à 117 recto.

Theorica mmica secundum Johannem de Mûris.

€ Ce traité a été publié par l'abbé Gerbert, Scriptores, t. III, p. 256. Le manuscrit de Saint- Dié contient quelques variantes, mais de peu d'importance. >

Folio 117 verso à 118 verso.

Divisio monocordi Boecii in tribus divisi scilicet diatonico, chromatico et enharmonico.

< Cette division du monocorde n'offre rien de particulier. »

Folio 119 recto à 120 verso.

Tractatus proportionum.

< Ce petit traité des proportions mathématiques des sons commence ainsi : Proportio est habitude duorum terminorum^ etc., et finit par ces mots: et hoc

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3Si U MANUSCRIT MUSICAL

de proportionibus dicta suffmant studere eokntitm. Il est presque la copie de celui que Gerbert a inséré dans son Scriptoresy t. III, p. 286, et qui est attribué à Jean de Mûris. »

Folio. 121 recto à 129 recto.

Traité de musique mesurée.

< Ce traité de musique mesurée est du commencement du XIY* siècle, mais il est incomplet. Il commence par ces mots : Musica est triplexj sdlicet naluraliSy instrumentalis et moralis^ etc., et finit ainsi: de quadrata in b molle sol re. On y invoque l'autorité de Philippe de Vitry et d'un Philippe de Paris.

< Après la période franconienne, la musique mesurée est entrée dans une nouvelle phase ; Philippe de Vitry en est considéré comme le chef d'école. Pour distinguer la doctrine de Francon de celle de Philippe de Vitry, on a donné à celle-ci le nom des ars nova ou musica nova. Deux points essentiels caractérisent la différence qui existe entre la musica nova et la doctrine de Francon, appelée ars antiqua; ce sont : 1 "" l'emploi de la musique binaire ; V l'usage de notes subdivisionnaires de la semi-brève, sous le de minimes et semi^minimes^ etc. >

XIÏI.

Folio 120 recto à 130 recto.

Incipit ars magistri Johannis de Mûris musice mensurate. c Ce traité commence ainsi : QuUibet in arle pr<nr^

DB Là BIBUOTHàQDB DB SAINT-DIÉ. 3S5

Hca memur^Mi» cantus, ete., et finit par ces ifiots: edam si aUqua esset caudata a parte inferiori ml^ odo mimmas.

€ Le manuscrit de Saint-Dié ne contient phis que trois pages dé ce traité, qui primitivement, suivant la signature des feuillets, devait en avoir douze. Il est de nouveau à regretter que cette lacuue tombe sur un ouvrage de inmica mm. Malgré le titre qui attribue cet opuscule à Jean de Mûris, il résulte clairement d'un passage du commencement qu'il n'est qu'une compilation de ce célèbre maître. >

Folio 130 recto à 130 verso.

Dwisia monocordi. -

« Cette division du monocorde offre de l'intérêt en ce qu'elle fait connaître la construction même de l'instrument. »

Folio 131 recto à 132 recto.

IncipU ars proporcionum secundum magistrum Franconem.

c Ce traité commence par ces mots: Vemrabilis dominià propordones^ etc., et finit ainsi: quia ipsa per...

« Ces derniers mots font voir qu'il est incomplet. C'est à tort qu'il est attribué à Francon ; la doctrine qui y est enseignée appartient à une époque

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