A LA BIBUOTHÈQUE DB SAINT-DIÉ
siècle jusqu^au milieu du XIV% période encore peu connue. Dans les œuvres de Francon de Cologne ces éléments paraissent n'avoir été que le rudiment de Tart moderne qui s'annonçait dans sa fleur, sur la tige même de l'art ancien : Marchetto de Padoue fut l'un des premiers qui écrivit dans ses motets l'harmonie à trois parties, car Francon de Cologne, son prédécesseur de deux siècles et demi, ne l'avait traitée qu'à deux voix. Jean de Mûris, dans son Spéculum musicœ, offrit un progrès relatif, eu égard aux préceptes émis dans le Luddarium de Marchetto de Padoue, et, à part quelques lacunes que le progrès ne tarda pas à combler, le traité de Jean de Mûris donne des règles logiques pour la composition musicale basée sur cette ancienne tonalité.
Ainsi que l'observe encore M. Grosjean, un intérêt tout particulier doit s'attacher au traité de Jean de Garlande^ dont les ouvrages sont demeurés inconnus. Jean de Garlande a dû être presque le contemporain de Francon de Cologne, puisque Jérôme de Moravie, qui mentionne ses ouvrages, vivait vers 1260 (1). Ce traité sera donc le trait-d'union entre Francon de Cologne et Adam de Lahale, que nous connaissons mieux, et qui fleurit vers la fin du XIII' siècle (1280). C'est vous dire, Monsieur, que le recueil découvert par l'organiste de Saint-Dié est d'un prix infini pour la science.
(I) M. Fétis pense que Garlande a dû vivre dans la première moitié du XII« siècle, mais il ne le donne pas pour certain.
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Je ferai seulement une remarque au sujet du Traité iascoustique, sans nom d'auteur; ce traité aurait-il été réellement écrit dans le manuscrit de Saint-Dié vers le temps que M. Grosjean croit pouvoir assigner à ce recueil, c'est-à-dire vers 1450? Ceci semble douteux, quand on songe que la science de l'acoustique ne nous a été révélée que par les travaux des savants mathématiciens du XVI^ siècle, Copernic, Descartes, Mersenne, Galilée, etc. On doit espérer que la publication de ce recueil ne se fera point attendre, et qu'elle sera suivie d'une appréciation sérieuse faite par des hommes compétents ; alors nous serons sans doute édifiés sur le point historique que je signale, comme sur l'importance réelle des autres traités, dont l'auteur n'est point indiqué.
Toutefois, reconnaissant d'ores et déjà que l'apparition de ce recueil vient fournir un complément utile à la découverte de l'antiphonaire de Montpellier, par M. Danjou, et au manuscrit contenant plusieurs messes de Dufay, trouvé aussi tout récemment par M. Fétis , à la bibliothèque de Bruxelles, dont il sera le jalon intermédiaire. Encore quelques efforts de musicographes, et il nous sera peut-être donné d'éclaircir bien des points historiques qui, faute de documents d'une authenticité bien reconnue, sont demeurés jusqu'ici à l'état hypothétique.
Veuillez agréer, etc.
Publié dans le Courrier de Tam^t'Garonne, avril iS5S.