RAPPORT
F'urr à la classe des Sciences physiques et mathémathiques de l’Institut impérial de France, sur les deux premiers paragraphes de l’'Ouvrage qui
s vrécède.
Le Secrétaire perpétuel pour les Sciences physiques certifie que ce qui suit est extrait du procès-verbal de la séance
du Jundi 9 septembre 1811,
LL classe nous ayant chargés, M. de Humboldt, M. Hallé et moi, de lui faire un rapport sur le Mémoire lu à la séance du 3 juin dernier par M. le docteur Legallois, concernant le principe des forces du cœur, et le siège de ce principe, nous allons lui en rendre un compte qui sera peutêtre aussi long que le Mémoire lui-même, parce qu'il exige des détails et des développemens sans lesquels il serait difficile d'apprécier tout le mérite de ce beau travail.
Ce ne fut qu'après la découverte de la circula-
tion dusans, telle que Harvée Pacheva et la pubha
RSC 07) | dans la première moitié du dix-septiéme siècle (1, que les physiologistes portérent leur attention sur la éause etle mécanisme des mouvemens du cœur, qui, dans la suite, ont enfanté tant de systèmes différens.
Nous ne parlerons pe de ceux de Descartes(1},
(a) L’acheva. — Aucun écrivain peut-être n’a pas parlé plus clairement de la circulation que Montana, médecin espagnol, un siècle avant Harvée.
(Songe du marg. de Mondejar. Voy. ses OEuvres. Val fadolid , 155r.) |
Un vétérinaire éspagnol, Francisco de la Reyna , n’en parla pas avec moins de clarté treize ans après. 1564. Voy. ses OEuvres ( Burgos ). |
André Césalpin avait alors quarante ans. Il ne révéla ” idées sur la circulation qu’en 1593. Il mourut en 1605.
Paul Sarpi naquit en 1552, après la publication de l’ouvrage de Montana.
Fab. d’Aquapendente naquit eh 1537, quatorze ans avant cette publication. Il n’est pas probable qu’à l’âge de quatorze ans il ait inspiré à Montana une si belle idée. L’4pe , le dieu , tout éloigné cette conjecture, |
Servet fut brûlé à Genève en 1553 ;
Il était de Villa-Nueva , en Arragon; il se peut qu il ait été lié avec Montana.
Colombus, mort en 1577 ;
Arantius , né en 1530, mort en 1589,
Ont entrevu la circulation pulmonaire. E,, P.
(1) L'homme de René Descartes et la formation du fœtus avec les remarques de Louis Lalorgue, Paris, 1677 , p. 4 et 106,
de Sylvius, de Le Boë (1), de Borelli (2) : ils sont trop absurdes et ne peuvent servir qu'à prouver combien ont été malheureuses les premières tentatives faites pour expliquer une des plus importantes fonctions de l’économie amimale. C’est par l'opinion de Willis qu'il faut commencer , c’est-àdire, par la distinction qu’il a établie , le premuer, entre les nerfs destinés aux mouvemens volontaires et ceux qui président aux fonctions indépendantes de la volonté. IL plaça l’origine de ceux-c1 dans le cervelet et celle des nerfs des mouvemens volontaires , dans le cerveau proprement dit, Il prétendit que siles mouvemens du cœur, amsique les autres foncuons vitales n’éprouvent, aucune interruplon ,
c’est parce que l’action du cervelet s’exerce sans relâche , et qu'au contraire , les mouvemens soumis à la volonté demandent 1 repos, parce que | acüon du cerveau n’est pas continue (3). Cette distincuon de Willis fut assez généralement admise, jusque vers le milieu du dernier siècle. Ce fut spéciale-
ment à l’occasion de ce système, qu’on pratiqua ,
TP
(1) Francisci de Le Boë, Sylvii, opera medica. Genevæ, 1681. p. 5,27, 28, 33, 475. |
(2) Joh. Alph. Borelli, de motu animalum. Hagæ Comitum, 1743. pag. 89-92.
(3) Th. Willis opera omnia, edente Ger. Balsio. Amstelodami , 1682. Tom. I; de cerebri anatom, cap. XV, p. 5o.
(219 ) dans diflérens pays ; la section des nerfs de la huiième paire dont on faisait provenir presque tous les nerfs cardiaques. On voulait prouver, par cette opération » que c’est du cervelet que le cœur üre tous ses mouvemens , et l’on disait que les anipaux n’en mouraieni que parce qu’elle rompait la communication entre ces deux organes. Mais, ontre qu'ils en meurent beaucoup plus-1 tard qu ils ne feraient s'ils périssaient par cette cause, : il a été bien prouvé dans ces derniers temps par plusieur s savans , et notamment par M. Legallois, dans un Mémoire dont la classe a ordonné l'insertion parmi | . ceux des savans étrangers (1) , que la mort reconnaît dans ces cas une toute autre cause. À la vérlié , 1l est arrivé quelquefois que Les animaux sont morts presque subitement après la section des nerfs dont il s’agit, et les partisans de VWVillis n’ont pas manqué de faire beaucoup valoir ces expériences : dont leurs adversaires ne pouvaient donner aucune explication satisfaisante. Mais M. Legallois a démontré, dans le Mémoire que nous venons de citer, que cette mort soudaine n’a lieu que dans certaines espèces d'animaux, et seulement encore lorsque ces animaux sont fort jeunes, et qu’elle est l’effet d’une asphyxie plus où moins complete occasionnée
par l’occlusion de la glotte. Il n’y a donc rien,
(1} Ce Mémoire est compris dans le troisième paragraphe ci-dessus, |
(15207) méme dans ces faits, qui prouve en faveur de Willis ; à quoi on peut ajouter que la huruème paire ne naît pas du cervelet, et que ce n’est pas à cette paire qu’appartiennent Ja plupart des nerfs du cœur. Fe
Bocrrhaave penñsa comme VWVillisÿ mais, outre l’action nerveuse , il admit deux autres causes de cesmouvemens et de leur rhyime, savoir : l’action du sang des artères coronaires sur les fibres du cœur , ét celle du sang veineux sur les surfaces internes des cavités cardiaques. C’était le concours de ces trois Causes qui déterminait la systole, et c'était l’interrupüon simultanée de leur action par l'effet méme de la systole, qui donnait lieu à la diastole, durant laquelle ces causes réprenaient leur action (1). Mais cette éuiologie, excepté pour ce qui regarde le stimulus du sang sur les surfaces internes du cœur, était démentie par les faits; ce qui ne l’empécha pas de régner dans les écoles, avec une autre erreur non moins célèbre.
Il s’agit de Stahl et de son àme ou archée, qui, réglant tous les mouvemens.du corps vivant, et les subordonnant à la volonté ou les rendant indépendans d'elle, selon qu'ils sont simplement u Ules, ou absolument nécessaires à la vie, pr éside me A MOMNP Pn SFAÉRRS da CIRPRE 2020 RME Au
(1) Her. Boerrhaave, Instit. medicæ. $. 409.— Vanswieten in asphorismos ; etc. Lugduni Batav. 1745. Tom. Il;
pag. 19
(os) : RS sur-tout à ceux du cœur, et en assure, par le ministère des nerfs, la durée et la continuité ; “espèce de rêverie physiologique qui répugne aux véritables principes de la physiologie.
Après tout, où les Sthaliens placeraient-ils cet être simple et indivisible ? dans le cerveau sans doute. Mais alors, éomment se fait-il qu'un animal puisse vivre, et que les mouvemens de son cœur continuent quand on l’a décapité ? Lui assigneraient-1ls pour siége Le cœur lui-même ? Mais tous les animaux, et sur-tout ceux à sang froid, survivent plus où moins de temps à l’arrachement de cet organe (1). |
D’autres auteurs, tels qu'Abraham Ens 2) Stœhelin (3), etc., ont encore essayé d’expliquer les mouvemens du cœur; mais leurs systèmes, presque aussitôt oubliés que concus, ne méri-
tent pas que nous nous y arrétions.
Ceux de Boerrhaave et de Sthal régnaient à peu pres seuls, lorsqu’en 1752 Haller publia ses expériences sur l’irritabilité. Ces expériences , ainsi que
celles que ses sectateurs firent paraître ensuite,
Gi) Voyez, pour l'exposition et la réfutation de ce Systême, Haller, Element physiolog. Tom, I, pag. i8o- 8, et tom. ÎV, pag. 517-34.
2) Dissertatio physiol. de causä vices cordis alternas
producente. Lugd. Batav. 1745. ;
(3) Dissertatio de pulsibus, Basileæ, 1740.
tendent à prouver que la propriété de se contraetér appartient essenuellément à la fibre musculire. Cètté propriété que Haller désigne , tantôt sous le nom de wis insita, tantôt, d’après Glisson, sous celui d’irritabilité, ést la source de tous les mouvermens qui se font dans l'animal; mais elle ne peut les produire qu’autant que quelque cause, que quelque stimulus la détermine à agir. Ainsi, tout mouvement musculaire suppose toujours deux choses, l'irritabilné, qui produit la contracuon du muscle, ét un stimulus, qui détermine lirriwabilité à entrer en acüon. L'irritabilié est la même partout; elle ne varie qu’en intensité dans les différéns muscles, mais elle n’obéit pas aux mémes stimulus dans tous les muscles. La puissance nerveuse ést le stimulus naturel de tous ceux qui sont soumis à la volonté; et c’est en excitant, ou en suspendant l’action de cette puissance sur Virritabilité de tels ou télsmuscles, que la volonté . fait agir où met en repos telle ou telle partie : il n’en ést pas ainsi dans les muscles Involontaires. Ceux-ci reconnaissent des stimulus de différentes sortes , lesquels sont appropriés à leurs fonctions, et totalement étrangers à la puissance nerveuse. C’est le sang qui est le stimulus naturel de lirritabilité du cœur; ce sont les substances alimentaires qui stimulent celle du canal intesiimal, etc.
On déduit facilement dé ces principes l’explica-
a (as)
tion des circonstances principales qu’on observe dans les mouvemens du cœur. Ainsi, ces mouve: mens ne sont pas SOunus à la volonté, parce qu’ils sont indépendans de la puissance nerveuse ; ils ont Leu sans interruption pendant toute la vie, parce que lirritabilné qui les produit appartient essenuellement aux fibres du cœur, et que le sang qui les détermine est sans cesse rapporté à eet 6rgane par les veines, à mesure qu'il s’en échappe par les artères. Les systoles et les diastoles se succèdent altérnativement et régulièrement, parce que le séimulus du sang occasionne toujours lasysiole, soit dans les oreïllettes, soit dans les ventricules , et que la systole, en évacuant le stimulus, donne lieu elle-même à la diastole, laquelle ramène la
systolé en permettant l’accès à de nouveau sang. Telle est sommairement la célèbre théorie de lirritabilité hallérienne. Cette théorie n’avait pas été imaginée dans Ile cabinet, comme les autres dont noùs avons parlé ; elle était fondée, comme nous l’avons dit, sur des expériences faites par aller lui-même, et par les plus distingués de ses disciples, lesquels occupaient déjà, où occupèrent par la suite, le premier rang parmi les anato- mustés et les médecins du siècle dernier. Ces expériéncés , répétées dans toute lPEurope, y trouvérent presque partout des approbateurs; mais elles y trouvérent aussi un certain nombre de cen-
$eurs d’une grande réputation. Le principal point
(:224.°) de ceue diversité d’opinion, celui sur lequel on a disputé jusqu’à ce jour, sans pouvoir s’accorder, | consiste à savoir si réellement les mouvemens du cœur sont qéRen dans de la puissance nerveuse. On peut réduire à trois chefs les faits d’après lesquels l’école de Haller a soutenu l’affirmative : 10. Si l’on interrompt toute communication entre le cœur et le cerveau, source unique de la puissance nerveuse, par la secuon des nerfs qui vont au cœur, par celle de la moëlle épinière au cou; ou même par la décapitauon, les mouvemens du cœur continuent comme auparavant. 20. 51 l’on excise le cœur dans un animal vivant, et qu’on le pose sur une table, cet organe continue de battre, etquelquefois pendant fortlong-temps. (M. de Humboldt nous a fait voir qu'il battait plus fort et plus long-temps quand on le tenait suspendu. ) 30. On produit toujours des convulsions, même quelque temps après la mort, dans les muscles des mouvemens volontaires, en irritant les nerfs de ces muscles, soit mécaniquement, soit de toute autre manière. Au contraire, l’irritauon des nerfs cardiaques ne cause aucun changement dans les mouvemens du cœur, et ne les rappelle pas quand ils ont cessé ; il en est de même de lirritation des moëlles allongée et épinière, laquelle OCCasLonne de fortes convulsions dans tout le corps, et ne produit : aucun effet sur le cœur.
Ces faits sont exacts, excepté peut-être ceux du
RU CAE ( 225 )
troisième chef, sur lesquels il y a quelque dissentiument. Mais, en les admettant, les adversaires de l’irritabilnié ont demandé pourquoi, si la puissance nerveuse n’a point d'action sur le cœur, cet organe recoit des nerf? et pourquoi il se montre si éminemment soumis à l'empire des passions ? Haller ne s’est jamais bien expliqué sur ces objections ; mais tout prouve qu'il en sentait imté- rieurement toute la force. S1 on lit avec attention tout ce qu'il a dit sur les mouvemens du cœur, dans ses Mémoires sur l'irritabilité (1), et surtout dans sa grande physiologie (2), on est frappé
des contradictions qu’on y rencontre, et qui en rendent la lecture fatigante, Partout son grand objet est de prouver que les mouvemens du cœur sont indépendans de la puissance nerveuse; tous les faits, toutes les expériences, toutes les observations qu'il cite, tendent:à ce but; et cependänt il me semble admettre, en plusieurs endroits, que les nerfstont de l’acuon sur le cœur : il est vrai que c’est avec l’air du doute qu’il l’admet, et en se bornant à dire qu'il est possible, qu'il n’est pas invraisemiblable que le cœur emprunte des nerfs
une force motrice (3). Cés contradictions, qui lui
: | jrs >
(1) Mémoires sur la nature sensible et irritable des parties, etc, Lausanne , 1756. — Opera minora , tom. I. (2) Element, physiol. lib. [V, sect. 5 et lib. XE, sect. 3. (3) Ibidem. lib. IV, sect. 5, pag. 493, et alibi passim. I" Partie, 19
( 226 ) | | ont été reprochées par plusieurs auteurs justement célèbres, entre autres par MM. Prochaska (1), Behrends (2) et Ernest Platner (5), etc., proviennent manifestement de ce qu’il ne pouvait pas concilier les résultats de ses expériences avec l'intervention de la puissance nerveuse dans les mouvemens du cœur , et de ce qu’en rejetant cette intervention, il ne pouväit rendre compte, ni de l’usage des nerfs cardiaques , ni de l'influence des passions sur le cœur ; car c’est là le véritable nœud de la difficulté dans la controverse dont il s’agit. Ceux qui, comme Fontana , ont rejeté formellement toute intervention de la puissance nerveuse, ont été forcés d'admettre que les nerfs destinés partout ailleurs à porter la vie, le sentiment et le mouvement, n'avaient dans le cœur aucun usage connu (4).
De pareilles conséquences décélaient évidemment l'insuffisance de la théorie de Haller : aussi plusieurs de ses partisans ont-ils reconnu la néces-
euros mans érmmensritemecammnennlnnnpemmenteaneneeemeneerenerenerneinemeetentennnéreretnntttinettter (bat teRnte re EE CRREE CE
(1) Opera minora. Viennæ, 1800. Tom. If, pag. 90.
(2) Tom. IH, pag. 4, de la collection de Ludwig, intitulé: Scriptores nevrolog. minores selecti. Lipsiæ, 1791-35, IV tom. in-4°. |
(3) Tom. IL, pag. 266 dela même collection.
(4). Mémoires sur les parties sensib. et irritab. tom. TT, pag. 334, Voy. aussi Caldani, ibidem, pag. 4715 et le Traité.
sur le venin de la vipère, tom. If, pag. 169-171.
(227 ) sité d’y apporter des modifications, et d'admettre la puissance nerveuse comme une dés conditions d’où dépend l'irritabilité. Dèslors ils ont pu rendre raison de l'usage des nerfs du cœur et de l'empire des passions sur cet organe. Mais quand ils ont voulu expliquer pourquoi l’interception de toute commumication entre le cerveau et le cœur, n’arrête pas les mouveméns de ce dernier , 1ls ont été -obligésd’abandonner l'opinion généralement recue, qui regarde le cerveau comme le centre et la source uhique de la puissance nerveuse; et ils ont admis, sans preuves directes , que celte puissance est engendrée dans toute l’étendue du système nervetix, et Jusque dans les plus petits nerfs, et qu’ellé peut exister indépendamment du cerveau, pendant un certain temps ; dans les nerfs de chaque partie. Parmi les auteurs de cette dernière opinion, le sa: vant professeur Prochaska est un de ceux qui l'ont le mieux développée (1). Mais lorsqu'il en fait l'application aux mouvemens du cœur, et qu'il veut expliquer pourquoi ils sont indépendans de la volonté, et soumis à l’empire des passions, scn opinion ne paraît pas bien décidée : c’est aux ganglions qu'il à recours, et il hésite encore sur la a QG) Commentatio de functionibus systematis nervosi publiée en 1784 dan$ le troisième fascicule des Adnota-
éiones academ. de cet auteur , et réimprimée dans ses Opera minor, Viennæ, 1800.
:( 326) fonetion qu’il dou leur attribuer. T'antôt il les considère comme des nœuds, comme: des ligatures assez serrées pour interceépler toute communication entre le cœur et le sensorium commune , dans l’état calme et paisible ; mais pas assez pour empêcher le sensorium: de réagir plus ou moins vivement sur le cœur, dans le trouble des passions (1); tantôt 1l semble croire que l’intercepuon est compl£te et constante, et que c’est par les nerfs de la huitième paire que l'effet des passions se fait senur sur.le-cœur (2) ; et‘il paraît adopter opinion de Vinslow (3), renouvelée par VVinterl:(4), ‘par Jonhstone (5), par Unzer (6), par Leear (7); par Peffinger (8), etc., que les ganglions sont comme autant de petits cerveaux. FH admiet-en méme temps que les nerfs du sentiment sont distincts de ceux du mouvément, en sorte:que le cœur ne peut se
contracter qu'autant que l'impression du stimulus À A 2e ARR RL LE URL CNT UP ALL Ra Soeurs te
S ) Opera minor. Tom, IF, pag. 165.
(>) Thidem , pag. 167.
(3) Exposition anatom. Traité des nerfs. $. 36422
(4) Nova inflam. therria. Viennæ ; 1767. cap. 5, p. 154. . (5) Essay on the use of the ganglions. 17712.
(6) Cité par Prochaska, oper. minor. Tom. IL, pag. 169. (7) Traité de l'existence, de la nature et des propriétés du fluide nerveux. Berlin, 1765. pag. 225.
(6). De structura nervorum. Argentorati. 1782, sect. f,
6-34, sur la fin. Insérée dans la collection de Ludwig Tom. I. | (9
sur ses cavités est transmise aux ganglions par les nerfs du sentiment, et réfléchie de là sur les fibres par les nerfs du mouvement (1). Mais outre que ioute cette opinion n’est, de l’aveu même de l'auteur ; qu une conjecture, ellesuppose, d’une part, que Ja carculation continuerait apres la destruction ce la moëlle épinière ; et de l’autre, que le cœur cesserait de battre à l’instant où sa communication avec les ganglions et les plexus serait inlerrompue : or, ces deux suppositions sontdémenties par les faits,
Ces efforts infructuenx pour modifier la théorie de lirritabilité par l'intervention de la puissance nerveuse, n’ont fait qu'augmenter le zèle de quelques auteurs pour maintenir cette théorie dans sa pureté primitive, et comme l’usage des nerfs du du cœur était un des points les plus embarassans de cette théorie, MM. Sæmmerring , un des plus | profonds anatomustes de l'Allemagne , et de Behrends, un de ses disciples les plus distingués , ont soutenu , €n-1792, que le cœur n’a point de nerfs et que tous ceux qui paraissent s'y rendre se perdent dans les iuniques des artères coromaires, sans. que.ses propres fibres en recoivent un seul
fileu (2): opinion qui, loin de lever toutes les dif-
(1) Opera minor. Tom. pag 169 (2) Behrends , dissertatio quà demonstratur :cor nervis carere., Moguntiæ”, 1702. Insérée dans'le tom. III de la col. (e) * ? ; # *} 144 rs ANDY .
lection de Ludwig.
ficultés, ne ferait que rendre plus inexplicable encore l'influence des passions sur les mouvemens du cœur. Ces deux auteurs prétendent que les nerfs cardiaques servent à entretenir et à augmenter l’irsitabilité des artères coronaires; mais l’existence de l’irritabilité dans les artères est encore douteuse ; et y füt-elle démontrée , 1l serait bien étrange qu’elle dépendit de la puissance nerveuse dans les artères, et que dans le cœur, le plus irritable de ious les organes, elle en füt entièrement -indépendante,
Au reste, la science n’a qu’à s’applaudir des doutes proposés par M. Behrends, mais sans preuves, sur les nerfs cardiaques, puisqu'ils ont déterminé le savant Scarpa à descendre à son tour dans l’arène , et qu'ils nous ont valu le bel ouvrage sur les nerfs du eœur (1). M. Scarpa prouve , dans cet ouvrage, que les nerfs sont aussi nombreux, et qu’ils se distribuent de la même manière dans le cœur que dans les autres muscles. Il admet, comme M. Prochaska, que la sensibilité et l’irritabilité sont essenuellement umies, et que la puissance nerveuse est engendrée dans toute l’étendue des nerfs; mais il n’admet pas que les ganglions soient autant de petits cerveaux (2); 1l paraît croire que la puissance
(1) Tabulæ nevrologicæ ad illustrandunt historiam anato-
micam cardiacorum nervorum, etc. Ticini, 1794.
(2) Ibid. $. 30.
(297 ) nerveuse, telle qu’elle existe dans tous les nerfs, est suffisante par elle-même pour l'exercice des diverses foncuons , et qu’elle n’a besoin que de stimulus qui la déterminent à l’action. C’est du cer- . veau que part le stimulus des muscles soumis à la volonté, et dans l’état ordinaire, c’est le sang qui est le stimulus du cœur; mais dans les vives émoons de l’âme le cerveau devient aussi le stimulus de cet organe (1). |
Suivant cette opimon, le cœur devrait baitre de la même manière , et avec la même force après la décapitation , après la destruction de la moëlle épinière, et après qu'il a été excisé. M. Scarpa lui-même assimile les battemens qui ont lieu dans lapoplexie, à ceux qu’on observe lorsque le cœur ne communique plus avec le cerveau, ni avec la imoëlle épinière (2); mais nous verrons par la suite qu'il s’en faut bien qu’il en soit ainsi. Du reste, nous ne devons pas omettre une remarque fort importante de cet auteur, et qu'il est surprenant qu'on nait pas faite plutôt: c’est au sujet de l’impassibilité du cœur, quand on irrite la moëlle épinière et les nerfs cardiaques. M. Scarpa observe que cette impassibilité dont on a tant parlé et qu’on a regardée comme une préuve démonstrative que les mouvemens du cœur ne dépendent pas des nerfs,
(1) Tabulæ nevrologicæ, $, 22, 24, 25,26 ,27 ; 29. (2) Ibid, 6, 25. ; |
Cor)
prouve seulement que les nerfs du cœur ne sont pas du même ordre que ceux des muscles volon- taires, et que la puissance nerveuse ne s’y comporte pas de la même manière (1). Cette réflexion est fort judicieuse, sans doute, et c’est par une erreur de logique expérimentale qu’on a été étonné de ne pas obtenir les mêmes effets de l’irritation de deux ordres de nerfs entièremens différens.
L'ouvrage de M. Scarpa n’a pas fait changer d’opinion au docteur Sœmmerrimg (2); 1l n’a pas non plus empéché Bichat de nier que la puissance nerveuse ait aucune part aux mouvemens du cœur (3). Ce dernier auteur, en reconnaissant une vie ani= male et une vie organique, disunctes l’une de l’autre , a admis un système nerveux pour chacune de ces deux vies. Le système des ganglions qu’il considère de même que les auteurs cités plus haut, comme de peuts cerveaux, appartient à la vie organique , et le système cérébral à la vie animale (4). Pour être conséquent avec lui-même , Bichat aurait
dû admettre, comme M. Prochaska , que le cœur,
(1) Tabulæ nevrologicæ , 6. 2
(2) Th. Sœmmerring, de corporis humani fabricà. Trajecti ad Mænum, 17096. Tom III, pag. 30, 43, 46, 50. et ibid, 1800. Tom. V, pag. 45.
(3) Recherches physiol, sur la vie et la mort. Paris, an 8 (1800). part. IE, art, 12, 6. 1.
(4) Ibid. part, E, art. 6, 6. 4.
centre de la vie organique (1); puise, dans les ganghons , le principe de ses mouveémens ; mais il ne l’a pas fait : ce sont pr incipalement les expériences galvaniques qui l’ont jeté dans cette inconséquence , parce qu'il avait essayé en vain de produire des contractions dans le cœur, en galvanisant les nerfs
cardiaques , expériences dont MM. Sœmmerri ing et Behrends avaient aussi cher ché à étayer leur opinion. Toutefois ces expériences peuvent réussir, ainsi que l’ont éprouvé l’un de nous, en 1797 (2), et trois ans auparavant M. Fowler (3).
Tel est l'exposé suceinct, mais fidèle, des prin- cipaux systèmes à l’aide desquels on a essayé, depuis la découverte de la circulation jusqu’à ce jour, d’expliquer les mouvemens du cœur. En reportant un coup-d’œil général sur ces systèmes, on remarque
que dans tous ceux imaginés avant Haller (4); la puissance nerveuse est toujours considérée , tantôt sous un rapport, laniôt sous un autre , comme une des conditions essentielles à la production des mou-
vemens du cœur, et c’est constamment et unique-
(1) Recherch. physiol., ‘art. T,'$. 29 ; 2) M. de Humboldt , expériences sur irritation de la fibre nerveuse et musculaire, publiées en 1797 , et traduites en français deux ans après. Tom. 1 » Chap. 9. (3) Exper iment on animal electricity, 1794. -By Richard Fowler.
(4) Et démême dans ceux de Ens, de Stéhelin , et autres dont nous n’avons pas. parlé,
ment dans le cerveau qu’on en place le siége. Les nerfs cardiaques avaient donc un usage déterminé dans tous ces systèmes, et l’on concevait facilement comment le cœur est soumis à l’empire des passions ; mais on ne pouvait pas expliquer pourquoi Ja circulation conunue dans les acéphales, ni pourquoi dans les expériences sur les animaux, l’interception de toute communication entre le cerveau et le cœur, n’arrête pas les mouvemens de ce dermer. Depuis Haller, l’irritabilité a été la base de tous les systèmes. En regardant cette propriété comme essentielle à la fibre et comme indépendante de la puissance nerveuse, la circulation dans les acéphales et les divers phénomènes qu’on observe dans les expériences dont nous venons de parler, n'avaient plus rien d’embarrassant; mais l’usage des nerfs du cœur et l’influence des passions sur cet organe devenaient inexplicables. La nécessité de lever ces difficultés a produit deux sectes parmi les parüsans de l’irritabilué. Les uns, fauteurs zélés de l’irritabilité pure, ont appelé à leur secours les hypothèses les plus invraisemblables , et tous leurs efforts n’ont servi qu’à prouver combien la cause qu’ils ont embrassée est difficile à déféndre. Les autres ont fait imtervenir la puissance nerveuse dans lirritabilité qu'ils ont considérée comme une des foncuons de cette puissance ; mais il leur à fallu admettre, soit par rapport au siége , soit par rapport à la manière d’être de la puissance nerveuse,
des conditions qui ; de leur propre aveu, sont loin d’être démontrées, sur lesquelles ils ne sont point : d'accord entre eux, et qui, dans application qu'ils en font aux mouvemens du cœur, ou ne lèvent pas entièrement les anciennes difficultés, ou en font naître de nouvelles.
IL est facile de voir à quoi tient qu’on ait fait si peu de progres dans cette grande et longue question. Si on examine tout ce qui a été dit sur ce sujet depuis Haller , on reconnait que ce sont à peu près toujours les mêmes faits , toujours les mêmes expériences, toujours les mêmes raisonnemens mis en avant de part et d'autre. Les seules expériences nouvelles sont Les applications du galvanisme pour stimuler les nerfs cardiaques : encore ne le sontelles qu’en apparence, puisque, dès le temps de Haller, on avait employé l'électricité dans la même vue (1). Il est évident qu'il n’y avait plus rien à espérer pour les progrès de la science, en continuant de suivre des sentiers battus par tant d’hommes célèbres, depuis près de soixante ans. [ fallait ouvrir de nouvelles routes ; il fallait trouver, ou inventer de nouvellés méthodes pour interroger la pature ; il fallait sur-tout introduire dans les expériences physiologiques cette précision et cetté logique sévères, auxquelles les autres sciences phy-
(1) Voyez, entre autres, Mém. ‘sur les parties sensib. et
if LE
irritab. Tom. EIT, pag. 214.
(356: } siques. ont dû, de nos jours, de si grands: progres ; c’est ce qu'a exécuté l’auteur du Mémoire que noùs examinons.
M. Legallois ne s'était, nullement proposé de rechercher les causes des mouvémens du cœur; 1l s’en tenait à la théorie de Haller, lorsque des expériences entreprises dans des vues toutes différentes le conduisirent à ce résultat singulier; qu'il ne pouvait plus rien comprendre à ses propres ex-, périences, à moins qu'il ne constatât si et, comment la puissance nerveuse intervient dans les fonctions du cœur. Pour mieux faire connaître son travaik, nous rapporterons à quelle occasion, et par quel enchaînement de faits et de raisonnemens, il s’est trouvé engagé dans cette recherche.
Un cas d’accouchement particulier Jui donna, il y a quelques années; le désir de connaître combien de temps un fœtus à terme peut vivre ; Sans respirer, à dater du moment où, par une cause quelconque, 1l a cessé de communiquer avec sa mere. Cette question, curieuse en elle-même et sur-tout d’un grand intérêt pour la pratique des accouchemens et pour la médecine légale , avait à peine été effleurée par les auteurs. M. Legallois entreprit de la résoudre par des expériences direëtes sur. les animaux ; el pour que la solution eût ne certaine généralité, et qu’elle pût s'étendre au plus-grand:nombre de cas possible, 1l plaça les fœtus des animaux dans les diverses conditions qui
simulaient les prmcipaux accidens qui peuvent sur: venir au fœtus humain , en même temps qu’il cesse de communiquer avec sa mère. Parmi ces acci- dens, il en est un quin’est arrivé que trop souvent; c’est la décollation dans l’accouchement arüficiel par les pieds. L'auteur voulut savoir ce que devient le fœtus dans ce cas, s’il périt à l'instant même de la décollation et à quel genre de’ mort il succombe. Il reconnut que le’ tronc demeure vivant, et qu’en prévenant l’hémorragie par la ligature des vaisseaux du ‘cou , il ne meurt qu'au bout du même temps et avec les mêines :phéno- mènes que &i, sans avoir été décollé ; la respiration avait été complètement interceptée ; ét ce qui acheva de lui démontrer quel animal décapité n’est réellement qu’asphitié ; c’est qu’on peutà volonté prolonger son éxisténcé en suppléant ? à la respira-
uon naturelle par l insufflation:: pulmonaire, | M. Legallois conclut de ‘ces faits que la décollation ne fat qu” arrêter lés mouvemens inspiraioires, et que ‘bar conséquent le principe: de tous ces mouvemens est dans le cerveau ; mais que celui de la vie du tronc est dansile tronc même: Cherchant ensuite quel est le siége immédiat de chacun de ces deux principes, il découvrit que le‘prinçipe des mouvemensinspiratoires réside dans cet endroit de la moëlle allongée qui donne naissance aux nerfs de la huitième paire’; etque celui de la vie du-tronc a sa source dans la moëlle épinière. Ge n’est pas par
( 236 ) toute cette moëlle que chaque partie du corps est animée ; mais seulement par la portion dont elle récoit ses nerfs ; en sorte qu’en nedétruüisant qu’une portion de la moëlle épinièré, on ne frappe de mort que les parties du corps qui correspondent à cette porüon. De plus, si l’on intercepte la circulation du. sang dans une poruon de la moëlle épimère, la vie s’affablit et s’éteint bientôt entierement dans toutes les parties qui reçoivent leurs nerfs de cette porüon de moëlle. Il ya done deux moyens de:faire cesser la vie dans telle ou telle partie du corps d’un animal ; l’un en détruisant la moëllé dont cette parue reçoit ses nérfs, l’autre en y interceptant la Gireulauon du sang.
IL résultat de là que l’entreuen de la vie dans une partie quelconque du corps ; dépendait essentiellement de deux conditions, savoir : intégrité de la portion de moëlle épimière correspondante, et la circulation du sang ; et par conséquent , qu’il serait possible de furé vivre telle parue qu’on voudrait d’un animal, “aussi long - temps qu’on pourräit y faire subsister ces deux conditions ; que l’on pourrait, par exemple, faire vivre toutes seules les parues antérieures , après avoir fra ppé de mort les postérieures par la destruetion de la moëile épinière correspondante , où bien les postérieures , après avoir frappé de mort les antérieurés.
M. Legallois , dont la méthode a constamment été de chercher dans des expériences directes, la
( 299 ) confirmation des conséquences qu’il avait déduites d’expériences précédentes, voulut savoir s’il serait en effet possible de faire vivre ainsi toute seule telle ou telle portion d’un animal, après avoir frappé de mort le reste du corps. Ce fut un lapin âgé de vingt jours qu’il soumit d’abord à ces recherches , en détruisant, sur ce lapin, toute la portion lombaire de la moëlle épinière. Cette opération ne portant aucune atteinte immédiate au reste de la moëlle et la circulation ne devant pas en étre affectée, suivant la théorie de Haller, il y avait tout lieu de s'attendre, en raisonnant d’après les expériences précédentes, que l’animal y aurait survéen un assez long espace de temps, et qu’il ne serait mort qu’à la suite des symptômes que devait amener une lésion aussi grave; mais la respiration s’arréta entre ne et deux minutes, et en moins de quatre minutes, il ne donnait plus aucun signe de vie. La même expérience répétée plusieurs fois eut toujours le même résultat, sans qu'il fût possible de le prévenir; et 1l demeura constant qu’un lapin de vingt Jours ne peut pas survivre à la perte de sa moëlle lombaire ; ce qui était d’autant plus surprenant , que les lapins de cet âge peuvent très -bien conti- .nuer de vivre après la décapitaion, c’est-à-dire , : après la perte entiere du cerveau. C’est ce fait que l’auteur ne pouvait concilieravec ses précédentes expériences , etqui l’a conduit à découvrir que le principe des forces du cœur réside dans la moëlle épiniére.
M. Legallois s’assura d’abord que la destruction de:chacune des deux portions dorsale et cervicale de la moëlle était mortelle pour-les lapins de vingt jours , de même que celle de la poruon lombaire, et même dans un temps plus court d’environ deux minutes ; 1] reconnut ensuite que les mêmes expériences répétées sur des lapins de différens âges ne donnaient:pas les mêmes résultats. En général, la desiruction de la moëlle lombaire n’est pas subitement mortelle pour ces animaux avant l’âge de dix jours ; plusieurs y survivent même encore à l’âge de quinze jours ; au - dela de vingt jours leffet en est le même qu’à vingt jours: Les très-jeunes lapins peuvent de même continuer de vivre après la destrucüon ; soit de la moëlle dorsale , soit de la cervicale, mais moins long-temps et dans un plus peut nombre de cas après la destrucuon de celle-ct qu'a près celle de la dorsale. Aucun ne peut survivre ni à l’une n1 à l’autre, passé l’âge de quinze'jours.
Dans toutes ces destructions parüelles ; lors même que la mort est subite, elle n’est jamaisinstantanée que dans les parties qui recoivent leurs nerfs. de la moëlle détruite, et elle n'arrive dans le reste du corps, qu'au bout d’un certain temps, mais déterminé et qu'aucun!moyen ne peut pro-. Jonger. Ge temps, qui est lé même dansles animaux de même espèce et de méme âge, est d'autant plus long que les animaux $ont plus voisins de l’époque de leur naissance: Par éxemple ; lorsqu'on détruit
fe) la moëlle cervicale dans les lapins, la vie est anéantie . à l'instant dans tont le col; mais elle continue dans la tête, ce qu’on reconnaît aux bâillemens qu’elle ” excite. Elle continue de même dans les parties posiérieurés, depuis les épaules, comme le témoignent le sentiment et le mouvement volontaire qui s’ ÿ conservent. Dans le premier jour de la naissance, les bällemens durent environ vingt minutes ; la sensibilité et les mouvemens du reste du corps, quinze minutes. À l’âge de quinze jours, la durée des bâillemens n’excède pas trois minutes, ni celle de la sensisibilité et des mouvemens , deux minutes et demie. Enfin , à l’âge de trente jours, les büllemens cessent entre uneetune minute demie , et la sensibilité à une minute. Apres la destruction de la moëlle dorsale, c’est la poitrine et non le col qui se trouve frappée de mort: du reste, mêmes phénomènes et mêmes durées. Si l’on détruit simultanément les trois portions de la moëlle , les bâillemens, seuls signes de vie qui subsistent alors, ont encore, aux différens âges, les durées que nous venons d'indiquer.
L'auteur, qui avait pratiqué tant de fois la décapiation sur les lapins de différens âges , avait constamment remarqué que la tête séparée du corps continue de bâller, et pendant un, iemps déterminé pour chaque âge. Ce temps était sensiblement le même qu'après les destructions de la
moëlle épinière, Or, il est évident qu'après la dé- Te Partie. Me
( 242 ) capitation 1l ne peut y avoir de cireulation dans la tête , et que les bäillemens qui ont lieu dans ce cas , ne continuent que le temps durant lequel la vie subsiste dans le cerveau , après la cessation totale de la circulation. Ce fut là le premier indice qu’cut M. Legallois, que, lorsque la destruction paruelle de la moëlle épinière fait cesser la vie dans tout le reste du corps, c’est parce qu’elle arrétesubitement la circulation. Pour s’en assurer ; il excisa le cœur à la base des gros vaisseaux, sur des lapins de cinq en cinq jours, depuis le moment de leur naissance jusqu’à l’âge d’un mois; et, ayant noté avec soin les durées des différens signes de vie , à dater du moment où la circulauon avait été arrêtée par ce moyen ; il trouva que ces durées étaient précisément les mêmes que celles qu’il avait observées après les destructions de la moëlle épinière. Il aurait pu considérer ce rapprochement comme suffisant pour décider la question ; mais 1} voulut constater, d’une manière plusdirecte, si réellement la circulation s'arrête à l’instant même où la moëlle vient d’être détruite. L’absence de Fhémorragie et la vacuité des artères étaient les siones les plus évidens qu'il pûten avoir ; et 1l reconnut qu’en effet , aussitôt après cette opération , les carotdes sont vides , et que l’amputation des membres ne fournit point dé sang, quoique faite fort près du corps, et avant que Ja vie soit éteinte dans
les parties dont la moëlle n’a pas été détruite. En
( 245 ) nn mot, tous less signes qui peuvent s servir à faire connaître l’état de la circulation , lui démontrèrent que toutes les fois que la destruction d’une poruon quelconque de la moëlle épinière cause subitement la mort dans le reste du corps, c’est en arrétant cette fonction. Ce dernier effet 4 lieu , non pas parce que les mouvemens du cœur cessent ioui-à-coup , mais parce qu'ils perdent toutes leurs forces au point de ne pouvoir pousser le sang jusque dans les carotides.
Il résulte de là que c est dans la moëlle Épi- - mère que le cœur puise le principe de ses forces, et dans cette moëlle toute entière , puisque la destrucuon de l’une quelconque de ses trois portions peut arrêter la circulauon. Il en résulte encore
que chaque portuon de moëlle épimiere exerce sur
la vie deux modes d'action bien distincts : l’un par .
lequel elle la constitue essentiellement dans toutes les parties qui en recoivént leurs nerfs; l’autre par lequel elle sert à l’entretenir dans tout le COTPS ; en contribuant à fournir dans tous les organes qui recôivent des filets du grand sympathique > et n0tarmment au cœur, le principe de force et de vie dont 1ls ont besoin pour remplir leurs fonctions. On voit donc que, pour faire vivre seules les paiues antérieures ou les postérieures d’un animal, après avoir frappé de mort le reste du corps par la destruction de la moëlle qu y correspond, 1} faudrait pouvoir empêcher que cetie destruction 16%.
n’arrétèt la circulation. Or, c’est ce qu’on peut obtenir facilement en diminuant la somme des forces que le cœur doit dépenser pour entretenir la cireulation, à mesure qu’on diminue celle des forces qu'il reçoit de la moëlle épinière ; 1} suffit pour cela de diminuer , par des ligatures faites aux artères, l'étendue des parties auxquelles le cœur doit distribuer lé sang. Nous avons vu, par exemple, que la destruction de la moëlle Ilombaire est promptement mortelle pour les lapins qui ont atteint où passé l’âge de vingt jours ; mais ils n’en meurent pas, si, avant de la pratiquer , on commence par lier l'aorte ventrale entre les artères cœliaque et mésentérique antérieure.
L’applicauion de ce principe à d’autres parues
du corps, conduit à un cas en apparence fort sin-
gulier, c'est que pour pouvoir entretenir la vie
dans des lapins d’un certain âge, aprés leur avoir détruit la moëlle cervicale, 1l faut commencer par leur couper la tête; ils sont morts sans retour, si l’on détruit d’abord cette moëlle sans les
décapiter. Ce fait cesse de surprendre, lorsqu'on
fait attenuon que, par la décapitation, on retranche
toute la tête du domaine de la circulation, et que pr là, le cœur ayant besoin de moins de forces pour continuer sa fonction, on peut l’affablir par la destruction de la moëlle cervicale sans qu'il cesse de la remplir.
On concoit de même facilement que toute autre
FES COM | opération capable de suspendre ou de ralentir considérablement la cireulation dans une certaine étendue du corps d’un amimal, doit produire un effet semblable, et donner pareillement la faculté d’attaquer impunément telle portion de moëlle épiniere dont la destruction eût été mortelle sans cette opération préliminaire : c’est ce qu’on obuent par l’effet même de la destruction de la moëlle. Cetic destruction a deux effets sur la circulation : par Jun, elle affablit la circulauon générale en privant le cœur du contingent de forces qu’il recevait de la moëlle détruite; par l’autre, sans arrêter entièrement la circulation dans les parties frappées de mort , elle Py diminue à un trés-haut degré, ce qui équivaut jusqu’à un certain point à Ja ligature des artères de ces parties ; mais cet effet n'est bien marqué que plusieurs minutes après la destruction de la moëlle. Il arrive de là que la destruction d’une première portion de moëlle épimère donne la faculté d’en détruire une seconde ; celle-c1 une troisième , et ainsi de suite. Par exemple, lorqu’en décapitant un lapin, on s’est mis à portée de détruire la moëlle cervicale, la destruction de cette moëlle donne, au bout d’un certain nombre de minutes, la faculté de détruire un quart de la moëlle dorsale; et, en continuant d’o- - pérer ainsi par intervalles sur des longueurs semblables de cetie même moëlle, on arrive à la dé-
truire tout enüére sans arrêter la circulauon,
( 246 ) laquelle n’est alors entretenue que par Ja moëélle lombaire.
On peut recueillir, de ce que nous venons de dire, que, dans les lapins, une portion quelconqué de la moëlle épinière fourmt au cœur des forces suffisantes pour entretenir la circulauon dans toutes les parties qui correspondent à cette porüon; et par conséquent ; qu’en coupant un lapin transversalement par tronçons, il serait possible de faire vivre isolement et indéfiniment chaque ironcon , si les poumons et le cœur, nécessaires à
la formation et à la circulation du sang artériel ,
. pouvaient en faire parue. Mais ils ne peuvent faire