‹ uvresChapitre 17 sur 45 · DES AVENTURES DE TÉLÉMAQUE · texte numérisé non relu

DES AVENTURES DE TÉLÉMAQUE

Je chante ce héros , dont l'œil de la sagesse Au milieu des écueils éclaira la jeunesse ;

' Ce fragment se trouve dans les Considérations sur le poème épique ou j4nalyse raisonnée du. traité du P. le Bossu sur cette matière , qui fait partie du Génie de f^irgile, publié en 1810 par M. Miger. Malfilàtre a donné cette imitation du Télémaque pour complaire au P. Le Bossu, qui veut absolument qu'une invocation dans les formes soit une partie essentielle de l'épopée , parce que Homère et Virgile ne manquent pas d'invoquer leur muse en commençant un poème. « Ceux qui regardent ïélémaque comme un poème épique , dit notre poète , cbarmé de pouvoir faire l'éloge de son auteur favori , ne sont pas aussi difficiles que le P. Le Bossu, et ils lui donnent sans façon ce beau titre , quoiqu'on n'y trouve aucune espèce d'invocation , ni même de proposition. Je me rangerais volontiers de leur côté , si je n'étais retenu que par cette minutie. La proposition s'y trouve d'ailleurs dans la bouche de Télémaque , lorsqu'il dit à Calypso : O vous , qui que vous soyez, mortelle ou déesse (^quoiqu'à vous voir, on ne puisse vous prendre que pour une divinité) , seriez'vous insensible au malheur d'un

Qui de vingt nations vit les moeurs et les lois ■

■fils qui , cherchant son père à la merci des vents et desjlots , a vu briser son navire contre vos rochers ? Quel est donc votre ptre que vous cherchez? reprit la déesse. Il se nomme Ulysse , dit Téléiuaque , c'est un des

rois qui, etc Je cours toutes les mers auec les mêmes dangers que lui

pour apprendre oh. il est Si vous savez , ô déesse , ce que les destinées

ontfait pour sauver oupour perdre Ulysse , daignez en instruire sonjils Télémaque. L'auteur, dans son récit , avait déjà dit que Calypso avait compris que l'un des deux hommes qui avaient échoué auprès de son île était Télémaque 5 mais que, quoique les dieux surpassent de loin en connaissance tous les hommes, elle ne put découvrir qui était cet homme vénérable dont Télémaque était accompagné. C'est que les dieux supérieurs cachent aux inférieurs tout ce qu'il leur plaît ,• et Minerve , qui accompagnait Téléniaque sous lajigure de Mentor , ne voulait pas être connue de Calypso.

« Rien de si adroit que cette exposition du sujet faite en action. Si le P. Le Bossu l'eût trouvée dans Homère, il nous aurait dit : La proposition se trouve quelquefois dans P invocation, comme on le voit dans /'Odyssée et dans /'Iliade 5 quelquefois elle en est séparée / de sorte que la proposition se trouve la première , et l'invocation ensuite : p^irgile est mon garant dans /'Enéide. On peut, au reste, se passer d'invocation , comme dans le Télémaque , poème composé aussi par Homère ; et , quant à la proposition , la mettre en forme d'exposition , faite en partie par le poète\ et en partie par le héros , ainsi qu'il paraît par le même poème. Il aurait , d'après cet exemple , multiplié les règles 5 mais comme , par malheur , le Télémaque est un ouvrage moderne , on n'en peut rien conclure qui ait force de loi , quand même il aurait toutes les parties qui constituent un poème : s'il les avait cependant, et qu'il ne tînt qu'à une proposition et une invocation pour qu'il eût toutes les qualités que demande le poème épique , il serait aise de satisfaire le P. Le Bossu, et de commencer ainsi :

Je chante ce héros , dont Vœ\\ de la sagesse Au milieu des e'cueils éclaira la jeunesse

' Malfilàtre , en ajoutant une invocation et une proposition au Té-

Et par ses malheurs même apprit l'art des grands rois '.

Toi , génie éternel , qui dirigeais sa route ,

Inspire-moi, du haut delà céleste voûte,

Ou descends dans mon sein pour animer mes chants 5

Les accens de ma voix en seront plus touchans.

La vertu , dont le joug paraissait trop austère ,

A l'homipe , dans mes vers , sera sûre de plaire:

Pour la faire goûter on doit l'aimer d'abord ',

Et l'esprit parle mieux quand le cœur est d'accord.

Ulysse était parti. Calypso consternée * Au plus tendres regrets était abandonnée ;

lémaque , imite le début simple et modeste qu'Horace donne pour modèle :

Die mihi , musa , virum

Qui mores hominum multorum vidit et urbes.

ArS POETIliA.

' Ce Ters a quelque analogie avec celui-ci :

Qui par ses malheurs même apprit à gouverner.

VoLTiiRE , Henriade , chant I.

» On se rappelle les deux vers de VArt poétique de Boileau , dont le poète suit ici le pre'cepte :

Aimez donc la vertu , que toujours vos écrits Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix.

3 Avant que ce fragment fût connu , un des amis de Malfilàtrc as-

Elle avait en horreur la lumière des cieux ,

Et demandait la mort comme un bienfait des dieux.

Inutiles souhaits ! la mort fuyait loin d'elle ,

Et pour combler ses maux , elle était immortelle.

Les échos étonnés se taisaient dans les bois ,

Et ne répondaient plus aux doux sons de sa voix :

Seulsment, au milieu d'un silence farouche ,

Le nom d'Ulysse encore échappait de sa bouche.

Témoins de ses chagrins , mais sans la consoler ,

Ses nymphes la servaient et n'osaient lui parler.

Seule , elle allait souvent porter sa rêverie.

Sur le gazon naissant de son île fleurie ;

Mais, loin de modérer le trouble de son cœur,

Ces beaux lieux ne faisaient qu'irriter sa douleur ,

Et lui parlant toujours de son amant volage ,

De ses plaisirs passés lui rappelaient l'image.

Immobile souvent sur ses rochers déserts ,

Elle arrosait de pleurs le rivage des mers.

La , des eaux tristement parcourant la surface ,

Ses avides regards cherchaient encor la trace

De ce vaisseau jaloux , qui, fuyant sur les flots.

Pour jamais à ses yeux enleva son héros.

Soudain elle aperçut sur les plaines profondes

surait que la traduction en vers du Télémaque , qu'il avait entreprise, commençait par ces deux vers :

Ulysse était parti ; Calypso gémissante

Se livrait aux transports de sa douleur naissante.

Les débris d'un navire abîmé dans les ondes , Un gouvernail, ijnmât, des cordages flotlans....

Cependant, sur le sable, au loin dans l'étendue , Deux hommes différons s'offrirent à sa vue ; L'un marchait à pas lents, et semblait déjà vieux ; L'autre jeune , brillant, semblable aux demi-dieux.

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