A JULES ANTOINE
Jaloux du vol sublime où s'élève Pindare , Quiconque à son exemple ose fendre les airs , De sa chute fameuse , ira , nouvel Icare , Epouvanter les mers.
Semblable à ce torrent , qui voit grossir son onde Des tributs par l'hiver apportés sur ses bords , Pindare , à flots pressés , de sa verve féconde Epanche les trésors.
> M. Gautier, nouvel éditeur des Poésies de M alfilâtre, s'est enrichi de cette pièce , qu'il nous apprend , dans usie note , avoir été' publiée en i8i4 , sans désigner la source où il l'a puisée. La traduction de cette ode est bien supérieure à toutes celles qui ont paru jusqu'à ce jour.
Aux lauriers d'Apollon sa muse doit prétendre , Soit que , d'accords nouveaux favorisant le choix. Un Dithyrambe heureux sur son luth fasse entendre Des sons exempts de lois;
Soit qu'il chante les Dieux ou les rois de leur race , Par qui de la Chimère^ont expiré les feux , Qui du Centaure altier surent punir l'audace Et les perfides jeux :
Soitqu'aux nobles exploits d'un vainqueur indomptable, Que la palme olympique égale aux immortels, Il consacre ses vers, monument plus durable Qu'un temple et des autels.
Quelquefois aux douleurs d'une épouse plaintive , Prêtant de ses accords le charme gracieux , Il arrache un héros à l'infernale rive, Et le conduit aux cieux.
Au vaste sein des airs une immortelle haleine , Du cygne de Dircé seconde le transport ; Pour moi , comme l'abeille , à caresser la plaine Je borne mon essor.
Comme elle , de Tibur dépouillant les rivages, Parcourant les bosquets , les vallons écartés , A force de travail , j'assure à mes ouvrages Quelques faibles beautés.
Tu sauras de César mieux célébrer la gloire , Quand , d'un juste laurier par nos mains couronné , 11 traînera dans Rome à son char de victoire , Le Sicarabre enchaîné.
Tu diras les exploits, tu diras le courage De ce prince , des Dieux le plus rare bienfait, Le plus beau de leurs dons, quand l'or du premier âge Ici bas renaîtrait.
Tu chanteras les jeux , les fêtes, les spectacles. De retour avec lui dans nos murs fortunés, Et du barreau muet les ténébreux oracles Au repos condamnés.
Alors , peut-être alors de son charme étonnée , Ma voix à tes concerts osera prendre part : O le beau jour ! dirai-je ; ô l'heureuse journée Qui ramène César !
Je verrai s'avancer la pompe redoutable Aux cris d'un peuple entier je mêlerai mes cris, Et l'encens fumera sur l'autel équitable De nos Dieux attendris.
Dix taureaux immolés , dix superbes génisses Du serment que tu fis dégageront les nœuds; C onformes à mon sort , de moindres sacrifices Acquitteront mes vœux.
D'un veau, qu'appelle encor sa mère gémissante, Et dont le jeune front est orné d'un croissant, Pour honorer ce jour, ma main reconnaissante Fera couler le sang.