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GENIE DE VIRGILE

Le Génie de Virgile a été publié par M. Miger en 1810. Cet ouvrage posthume de Malfjlatre resta long-temps entre les mains de Lacombe, libraire, qui en avait acquis la propriété ; on voit par une note de la préface des éditeurs du poème de Narcisse , 1 768, que ce libraire se proposait de le mettre au jour. Nous ignorons quels motifs l'ont déterminé à cacher si long-temps au public le travail de Malfilatre , dont on ne connaissait que quelques passages, insérés dans les Observations critiques de Clément et le journal de Palissot. Après la mort de Lacombe , arrivée en 1 8o5 , M. Auger réunit des fragmens en vers du Génie de Virgile , à la nouvelle édition de Malfilatre , qui parut sous ses auspices , la même année. Un de nos poètes les plus dignes

d' associer leur talent à celui de Malfilâtre ^ dit M. Miger dans sa notice, s^ était chargé de mettre en ordre et de publier le Génie de Virgile ou plutôt l'esquisse de cet ouvrage , dont les manuscrits lui avaient été confiés ; mais de hautes fonctions l'obligèrent de l'abandonner. M. Miger, homme de lettres érudit et laborieux , mit tous ses soins à rendre ce dernier devoir à la mémoire d'un poète dont l'héritage appartenait à la postérité. Nous lui devons des éloges et de la reconnaissance pour la manière dont il s'est acquitté de cette tâche délicate et difficile. Le Génie de /^Yr^//e cependant, quoique digne d'estime sous plus d'un rapport, n'a pas rempli, à son apparition , les espérances que le nom de l'auteur avait fait naître.

L'idée de traduire Virgile , partie en prose, partie en vers , ri est pas d'un profond littérateur ^ comme le pense M. Miger ; d'ailleurs est-il certain que Mal- FiLATRE ait adopté un plan si contraire à la poésie dont il possédait tous les secrets ; il est vrai que le discours préliminaire annonce positivement ce dessein ; mais n'est-il pas probable que la nécessité de se procurer promptement quelques secours péciinaires , l'ait décidé à ajourner la traduction complète en vers qu'il avait commencée , et à suivre un mode de travail beaucoup plus rapide et offrant moins de difficultés. Les citations de tous genres qui forment

plus de la moitié des quatre volumes attestent assez que l'intention de Malfilatre , était d'augmenter à peu de frais un ouvrage dont chaque cahier lui rapportait une modique somme. Si Malfilatre a employé la prose comme un auxiliaire utile qui sert à amener et à lier ensemble les beaux morceaux propres à faire connaître le Génie de Virgile et auxquels il devait prêter les charmes de notre poésie , pourquoi a-t-il répandu une si grande quantité de vers blancs, pourquoi a-t-il versifié des morceaux assez médiocres , tandis que les plus admirables inspirations de Virgile ont perdu leurs beautés dans une prose faible et sans couleur ? Un poète ne doit être traduit qu'en vers ; c'est un aveu qui échappe à notre auteur dans son Génie de Virgile , que la faim l'a forcé d'entreprendre. Si la mort ne l'eût pas enlevé au milieu de ses travaux , il eût disputé peut-être avec avantage à Delille la gloire de reproduire Virgile en vers français ; notre opinion est confirmée par le témoignage des amis de Malfilatre et surtout par la lecture du Génie de Virgile.

Les vers qui y sont dispersés peuvent souvent entrer en comparaison avec le poète latin , et l'emportent sur les autres traductions. Toutes les images sont fidèlement conservées; Malfilatre s'est emparé des couleurs riches et variées de Virgile ; on ne

voit pas qu'il ait cherché à imiter la concision du latin; le génie des deux langues n'étant pas le même, il n'a pas cru qu'il fût nécessaire qu'une traduction opposât un nombre égal de vers à l'original. Nous parlons seulement des plus longs morceaux qui peuvent passer pour entièrement achevés , tels que tous les vers qui se trouvent dans le premier livre des Géorgiques. On doit regarder les vers imparfaits et les versblancs que l'on rencontre dans lecoursdel'ouvrage, comme le premier jet de l'inspiration. Les vers blancs qu'il eût fait disparaître , s'il eût vécu plus long-temps, nous apprennent sa manière de composer. Nous présumons, d'après des fragmens dont quelques vers seulement demandent une rime , que notre poète écrivait ses vers tels qu'ils coulaient de sa veine facile , attendant que le feu de la composition fût refroidi, pour les remettre sur le métier et les polir à loisir. La prose , toujours correcte , ne porte pas le cachet du poète. Virgile y paraît froid et languissant. La traduction des Eglogues, que l'éditeur a soigneusement retouchée , a pourtant la simplicité et les grâces qui conviennent au genre; celle des Géorgiques n'offre qu'une analyse assez ennuyeuse ; l'Énéïde dont la prose, au dire de M. Miger, était achevée, à l'exception d'un grand nombre de morceaux que Malfilatre comptait traduire en vers, est loin de présenter un ensemble satisfaisant.

C'est là surtout que le poète avait besoin de tous ses moyens pour lutter avec le chef-d'œuvre de l'antiquité. M. Miger croit-il avoir fait beaucoup pour la gloire de Malfilatre , en jetant au milieu d'une prose pâle et commune, les meilleurs morceaux des différens traducteurs de Virgile. Au résultat, le Génie de Virgile , qui ferait beaucoup d'honneur à tout autre écrivain , ne peut rien ajouter à la réputation de Malfilatre.

Le discours préliminaire ^ dégagé d'une multitude de citations inutiles, prouve que Malfilatre ne réussissait pas moins en prose qu'en vers. Un style irréprochable , les aperçus ingénieux qui y sont renfermés , nous ont décidé à l'admettre dans cette édition. Il donnera une haute opinion du goût de Malfilatre. La dissertation intitulée, Considérations sur le poème épique , où l'on a délayé le long traité du P. Lebossu , sur cette matière , est intéressante, en ce qu'elle ngus fait foi que Malfilatre s'occupait d'une épopée sur la découverte de l'Amérique , et d'une imitation du Télémaque en vers français. Ce morceau, où sont noyées des observations pleines de finesse et d'originalité , annonce les excellens principes de l'auteur , en littérature. Nous porterons à peu près le même jugement à l'égard des réflexions sur les Bucoliques et les Géorgiques ; il répète , il est vrai , ce qui avait été dit souvent avant lui ; mais

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